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Le mariage gay n’a pas la foi

samedi 10/11/2012

Adopté mercredi par le Conseil des ministres, le projet de loi ouvrant le mariage civil et l’adoption aux homosexuels n’en finit pas d’inquiéter une partie des Français. Et tout particulièrement les croyants. Alors que le premier mariage homosexuel serait célébré à Montpellier - selon le ministre et porte-parole du Gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem - Hautcourant est parti à la rencontre de fidèles montpelliérains.

Sur le parvis de l’église Saint-Roch, après s’être recueillies devant la Sainte Vierge, deux femmes d’une soixante d’années livrent leur opinion. La première, Maryse, catholique pratiquante, rejoint la seconde, Liliane, sur le refus du projet de loi, et notamment de l’adoption homoparentale : « On est peut-être rétrogrades, mais on est contre l’adoption car l’enfant a besoin d’un père et d’une mère pour son éducation ». Elles battent en brèche également la question du mariage : « le PACS suffit ».

Le Frère Bergeray, prêtre au couvent des dominicains, expose librement mais avec quelques réticences son point de vue « je suis un humaniste, j’ai croisé beaucoup d’homosexuels dans ma vie et j’ai toujours eu des débats constructifs avec eux, ces problématiques m’interpellent ». Il ajoute : « l’influence de cette minorité me dérange, elle essaie d’institutionnaliser son statut grâce au mariage. Symboliquement, c’est contre nature ».

Au sortir de la mosquée de Figuerolles ce mardi soir, le sujet gêne plus qu’il ne révolte. La plupart des fidèles affichent leur réserve comme si l’interdit religieux de l’homosexualité s’étendait au débat. En l’absence de l’imam, Kamel, 41 ans, accepte de discuter. « Le premier devoir d’un musulman est d’agrandir la communauté, d’avoir une femme et des enfants, alors l’homosexualité est ‘‘haram’’ (pêché). Le mariage gay n’a pas de sens pour nous ».

Pour Paola 20 ans, «  nous vivons dans une société qui évolue et l’homosexualité quitte progressivement son statut de sujet tabou. En tant que jeune musulmane je les respecte car chaque être humain a de la valeur. Je conçois qu’à un moment donné de notre vie de couple, on souhaite officialiser cette relation pour être reconnu autant juridiquement qu’aux yeux de la société. Le mariage a une symbolique forte. Pour moi, c’est la représentation de l’union d’un homme et d’une femme dans le but de former une famille ; hors, par définition, un couple gay ne peut enfanter. Donc si c’est une reconnaissance que recherchent les personnes homosexuelles, le PACS a cette fonction-là »

Même constat à la synagogue Mazal Tov, au quartier des Beaux-arts. Un fidèle qui souhaite rester anonyme rappelle que selon la Torah : «  Dieu a créé l’homme et la femme, ce n’est pas pour que deux hommes ou deux femmes se mettent ensemble ». Deux femmes se joignent à la conversation : « on a rien contre les homosexuels, mais on considère que pour la construction de l’enfant, ce n’est pas bien l’adoption ».

Une question qui dépasse les clivages habituels

Des opinions attendues, tant ce débat semble s’être construit dans une opposition “croyants-hétéros” contre “laïcs-homos”. Mais l’identité homosexuelle exclue-t-elle la foi et inversement ?

Ilias est marocain, musulman et homosexuel. À 26 ans il assume. «  Mon homosexualité et ma foi ne me posent plus problème, j’ai la conscience tranquille ». Pour ce jeune adulte, rejeté par sa famille et son pays à cause de sa sexualité, l’équation n’est pas toujours simple à résoudre. « Des fois j’ai peur, j’ai l’impression de trahir les préceptes de ma religion, mais c’est inné, c’est en moi, c’est comme ça ». Aidé par l’association Le Refuge, il n’en démord pas : «  quand je vois certains musulmans, qui prient cinq fois par jour, mais fument, boivent, et vendent de la drogue, je me dis qu’au moins, moi, je ne fais de mal à personne ». Concernant le mariage gay, il est tout aussi prolixe : « c’est une bonne chose, en France vous avez la chance de pouvoir en débattre publiquement ».

Xavier Bongibault, homosexuel aussi, est quant à lui contre le projet de loi. Il a même créé une association à l’échelle nationale, au titre explicite : « Plus gay sans mariage ». Selon lui, peu d’homosexuels revendiquent le mariage et l’adoption. Et en règle générale, il estime « qu’un enfant a besoin de l’équilibre homme-femme ». Athée, et membre de l’UMP, Xavier Bongibault est un profil atypique, démontrant ainsi la complexité de la question du mariage et de l’adoption ouverts à tous.

Loin des clivages habituels, le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels touchent d’abord à l’interprétation personnelle de tout un chacun. Reste qu’une majorité de fidèles avoue ouvertement être opposée au projet de loi. Ces-derniers vont donc tout tenter pour faire infléchir le débat avant son entrée à l’Assemblée nationale.

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