Le parc Charpark : un terrain presque vague

samedi 15/03/2014

Le parc Charpak est au cœur du nouveau poumon vert de la ville de Montpellier : Port Marianne, véritable éco-quartier qui vise à poursuivre l’expansion de la capitale héraultaise. « Il faut une périphérie forte, pour avoir un centre fort. Tout ce qui est de nature à rehausser la notoriété et à favoriser l’essor de la ville, est nécessaire » confirme une source de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI). Pourtant, lancer de beaux projets est-il suffisant ?

8 hectares de terrain, 555 arbres déjà plantés, une sculpture de 9 lettres de bronze formant le mot « Tolérance » : sur le papier, le parc Charpak a tout pour faire rêver. Dans les faits, c’est autre chose. Inauguré le 6 juillet 2013, le parc Georges Charpak a d’ores et déjà des faux airs de terrain vague. L’herbe y est quasi-sauvage, le sol boueux et les fleurs rares. Un état presque critique contre lequel s’alarme certains riverains, comme Fabien, 33 ans : « Je viens ici principalement pour promener mes chiens. D’ailleurs, quand je les promène je mets de vieilles chaussures et un jogging parce que c’est souvent boueux et les herbes sont hautes ! ». Selon Philippe Thinès, 7ème adjoint à la mairie et délégué à la qualité de l’espace public « Cette impression d’abandon s’explique par une gestion semi-sauvage du parc, basée sur la biodiversité ».
Pourtant on peut penser que l’emplacement y est aussi pour quelque chose. Situé sur un ancien bassin de rétention d’eau, un panneau explicite ne trompe personne :
« Zone inondable ». Un parc avec parfois « 1m d’eau voire plus ! » confie Bastien, 24 ans, résident de Port-Marianne depuis un an et demi. Si la saison hivernale n’embellie pas le parc, quelques heures de pluie rendent l’endroit marécageux.
PNG

Un beau projet laissé inabouti

« Pour le coin, c’est bien. C’est bien aussi pour les enfants » assure Françoise, 71 ans, qui après 4 ans passés dans le quartier, est satisfaite d’avoir un petit coin de verdure où promener ses deux chiens. Sentiment partagé par Bastien : « C’est un parc sympa. Tout se prête pour en faire quelque chose de vraiment bien ». En réalité, Françoise avoue aussi « cet endroit, ça fout le cafard ! ». Le principal souci ? Un aménagement peu propice à la détente et à la flânerie caractéristique des parcs. Ici, les gens ne sont que de passage : ils sortent pour les besoins du chien, traversent pour atteindre l’école Chengdu située en face ou rejoignent le parking juste derrière. On est bien loin de la véritable bouffée d’air frais voulue par la mairie. La faute à l’hiver, dira-t-on.
«  L’été, en revanche, il y a plus de monde » affirme Roselaine, qui promène aussi ses chiens ce jour-là. Mais été comme hiver, dès la nuit tombée, le parc, elle l’évite « la nuit, c’est dangereux. C’est tout désert, il n’y a pas de lumières ». Par deux fois elle a vu « un mec avec un couteau », une nuit de juillet elle est même tombée nez à nez avec « des gens en plein acte sexuel ».
Les usagers sont unanimes : le soir, le parc prend une dimension peu rassurante. On parle de trafic de drogue, de seringues parfois retrouvées au petit matin. Philippe Thinès confirme « l’éclairage du parc, comme pour beaucoup d’autres, s’éteint à 22h » afin
« que la faune nocturne puisse se développer » justifie-t-il. L’entretien du parc n’est peu, voire pas assuré pour les mêmes raisons. « Nous faisons moins de fauchage qu’habituellement, pour laisser à la nature le temps de se faire elle-même, nous ne sommes plus dans une gestion des parcs comme il y a dix ans, les grands parcs à la française !  » continue l’adjoint à la mairie, qui voit en la communication un « talon d’Achille » de la municipalité : « Elle devrait plus communiquer sur la volonté de biodiversité, dans un respect de la faune et de la flore ».

Un parc plein de contradictions

Seulement le respect de la nature, ça passe aussi par ramasser les crottes de chien qui jonchent l’herbe du parc. « Il manque des poubelles, c’est évident. J’ai déjà vu plusieurs fois les poubelles complètement déborder. Il manque aussi de quoi ramasser les excréments des chiens, il y en a partout ! » conteste Roselaine qui se balade, elle, avec une banane remplie de sacs en plastique.
Un poteau de béton en plein milieu du parc, des tuyaux rouges qui sortent du sol, une passerelle en bois qui n’aboutit nulle part, pas sûr que cela contribue réellement à la biodiversité du parc dont l’entretien laisse à désirer. Roselaine ajoute à juste titre « je n’ai vu qu’une ou deux fois des gens venir couper l’herbe », pourtant, elle foule le sol du parc Charpak trois fois par jour. Un élément que déplore également Françoise, et qu’elle compare avec l’entretien du bassin voisin « c’est comme le bassin Jacques Coeur, c’était quand même mieux quand c’était bien entretenu ! ».

PNG - 407.4 ko

Le paradoxe ultime : la sculpture « T.O.L.E.R.A.N.C.E. » qui n’a coûté pas moins de 450 000 euros à la ville. L’œuvre de Guy Ferrer a d’ailleurs été inaugurée deux mois avant le parc...Comme si l’on installait le meuble de la télé avant de poser la moquette, en somme. Ces statues sont « incohérentes. Leur emplacement est aberrant. Il n’y a aucune perspective de l’autre côté de la butte » juge Françoise. Un avis que partage Fabien, « Ce qui m’a vraiment surpris c’est l’emplacement, il faut être sur le miroir d’eau pour la voir, et quand on est dans le parc on ne la voit vraiment pas bien non plus ».

Entre lieu de passage et de promenade pour les chiens, le parc Georges Charpak semble être l’un de ces projets que la mairie n’arrive pas à faire aboutir. Une belle promesse, sans engagement derrière...la Cité du corps humain, qui devrait prendre ses quartiers sur les hauteurs du parc viendra-t-elle changer la donne ?

Portfolio

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

Région //

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter