PC chinois, ennemi des Droits de l’Homme, nouvel ami de la France

samedi 31/10/2009 - mis à jour le 31/10/2009 à 16h59

En signant un protocole avec le Parti Communiste Chinois, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, bafoue les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy sur les Droits de l’Homme.

« Notre fierté repose enfin sur la vocation particulière de la France dans le monde […] Je ne transigerai pas avec les valeurs de notre pays, son indépendance et ses alliances. […] Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux droits de l’homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les droits de l’homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes. » C’est sur ces promesses que finit le programme du candidat aux élections présidentielles de 2007, Nicolas Sarkozy.

Deux ans et demi plus tard, le 24 octobre 2009, on apprend que lors d’une visite en Chine, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a signé avec le Parti communiste chinois (PCC), un protocole axé sur l’environnement et la sortie de crise économique. « Ce protocole veut dire une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d’échange avec la Chine », a t-il déclaré à la sortie de son entretien avec Jia Qinglin, président du Comité national de la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC). En revanche ce protocole passe sous silence des questions fondamentales, comme les droits de l’Homme, la liberté de la presse et la situation du Tibet, qui pourraient bien déranger le nouvel ami de la France : la Chine.

En effet, Amnesty International nous rappelle, dans son rapport de 2009 sur la situation des droits humains dans le monde, qu’en Chine « la torture et les mauvais traitements demeurent très répandus. La circulation des informations est toujours rigoureusement contrôlée : de nombreux sites Internet ont été bloqués et des journalistes ainsi que des internautes ont été harcelés et placés en détention pour avoir exprimé leurs opinions, pourtant de manière pacifique ». En ce qui concerne les condamnations, la Chine n’est pas mal lotie, l’ONG nous informe qu’« au moins 7 000 condamnations à mort auraient été prononcées et […] au moins 1 700 exécutions auraient eu lieu en 2008 ».

Mais si Christian Estrosi, premier conseiller politique de l’UMP défend le projet de Xavier Bertrand en affirmant qu’il s’agit « d’ une bonne initiative, qui répond à une demande du parti communiste chinois qui sait que notre mouvement ne transige jamais sur le respect des droits humains », beaucoup de voix au sein de la majorité s’inquiètent de ce rapprochement. Dominique Tian, député de la 2ème circonscription des Bouches du Rhône et maire des 6ème et 8ème arrondissements de Marseille, ironise : « pourquoi n’a-t-on pas des relations avec le parti au pouvoir en Corée du Nord ou à Cuba ? »

Cette question mériterait d’être posée. En effet, ce n’est pas la première fois que le gouvernement français se compromet en s’affichant avec des régimes peu recommandables. Alors qu’Amnesty International présente la Libye comme un pays où « la liberté d’expression, d’association et de réunion est toujours fortement restreinte, dans un climat caractérisé par la répression de la dissidence et l’absence d’ONG indépendantes de défense des droits humains ». On se souvient du tapis rouge déroulé par Nicolas Sarkozy en décembre 2007 au président libyen Mouammar Kadhafi, au nom d’une diplomatie de la réconciliation. On se rappelle aussi du rapprochement entre la France et l’Arabie Saoudite en mars 2008 dans le cadre d’une coopération entre des organismes de recherche français et leurs homologues saoudiens au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. En 2008, en Arabie Saoudite, « des militants des droits humains et des détracteurs pacifiques du gouvernement ont été arrêtés ou maintenus en détention ; certains étaient des prisonniers d’opinion. La liberté d’expression, de religion, d’association et de réunion était toujours fortement restreinte. […] La peine de mort continuait d’être fréquemment utilisée et elle était infligée de manière discriminatoire aux travailleurs étrangers originaires de pays en voie de développement, ainsi qu’aux femmes et aux pauvres. Au moins 102 personnes ont été exécutées », nous indique de nouveau Amnesty International.

Pour répondre à la question de Dominique Tian, on pourrait dire qu’il ne serait pas surprenant qu’une collaboration entre la France et la Corée du Nord se fasse d’ici peu.

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2 réactions

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    Vous soulevez la question,mais déjà lors des jeux olympiques la France et une grande partie du monde à ont été touche par une crise d’amnsie collective.
    L’argent , les affaires ,le pouvoir occultent beaucoups d’atteintes aux droits de l’homme(...)

  • repondre message

    Bientôt le drapeau rouge sur le parvis de l’Élysée ? Ou la svastika, c’est au choix.

    Sans parler des faits immondes (privation des libertés personnelles, publiques, exécutions sommaires précédées de procès moscovites...) ayant cours en Chine, ne doit-on pas voir dans cette "alliance" un pacte classique entre deux organisations politiques prônant le libéralisme économique ? (le PC chinois n’ayant plus, vous en conviendrez, de communiste que le nom) Ou alors un simple avatar de la mondialisation, qui rapproche les puissances économiques ? Ou encore une manœuvre électorale pour ratisser un peu plus à l’extrême gauche française (quoique je doute que les adhérents ou sympathisants du PC, du FG ou du NPA voient majoritairement la dictature chinoise comme modèle) ?

    De même, des accords sur l’environnement avaient été passés entre les États-Unis et la Chine (Cf. http://www.chinauseealliance.org/) qui ne sont en fait rien de plus qu’une alliance commerciale pour effectuer du transfert de technologie. D’ailleurs, Areva vient de décrocher un contrat avec Pékin (http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLS71851320091028).

    Quoi qu’il en soit, le signal est fort, trop fort même dans l’esprit d’un républicain.
    Bel article.

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