Lecteur exigeant cherche nouveautés à son goût

vendredi 26/11/2010

741 sorties littéraires pour la rentrée 2010 : un labyrinthe de papier qui donne le tournis. Malgré son appétit insatiable pour la nouveauté, le lecteur n’a pas envie de se perdre. Sauramps, l’une des plus grandes librairies indépendantes de France, se plie en quatre pour guider sa clientèle montpelliéraine. Visite d’une enseigne pas comme les autres.

Pousser les portes de Sauramps, c’est entrer dans un autre univers. Ici, pas question de rire aux éclats, le chuchotement est de mise. Il ne faudrait pas déranger les habitués du livre dans leur quête de la perle rare. « En fouillant, on tombe sur de belles surprises, confie Béatrice. Ma dernière en date, le livre de Blandine Le Callet, sorti en septembre. »

Si les bibliophiles ne trouvent pas leur bonheur au rez-de-chaussée, direction les étages supérieurs. Sauramps est une grosse machine organisée en petites librairies. Chaque “cube” est consacré à un domaine spécifique : policier, bandes dessinées, art, littérature étrangère… C’est là que le parcours du combattant commence. Après avoir enjambé les lecteurs amassés sur les marches, il faut se faufiler dans les couloirs de livres exigus. Tout est fait pour ralentir le périple, mais sans décourager les passionnés.

Certains apprécient d’ailleurs de flâner dans les allées, feuilleter les bouquins, voire passer l’après-midi dans la librairie. « Je suis étudiante en lettres et j’aime traîner à Sauramps pour trouver des œuvres non imposées, témoigne Marie. Quand je viens ici, je prends mon temps pour dénicher les dernières parutions. » Paul Godard pourrait errer dans le magasin pendant des heures. « La lecture, c’est ma vie, déclare ce poète montpelliérain. Je m’intéresse aux nouveaux recueils étrangers et cette enseigne propose un large rayon poésie. D’où ma fidélité ! »

Stratégies pour attirer le client

Ce n’est pas pour autant que Sauramps néglige les grosses productions. Difficile d’échapper aux têtes d’affiche. Goncourt, Médicis et autres prix littéraires partagent la vedette avec les derniers Jean d’Ormesson, Samuel Benchetrit et Saphia Azzeddine. « On est obligé de proposer les grands noms, même si ce n’est pas forcément de la qualité », avoue Alain Monge, libraire référent. Les éditeurs nous vendent quelquefois du rêve, annonçant des ouvrages incontournables qui se révèlent être en réalité des bides. »

Le choix des nouveautés n’est donc pas le fruit du hasard. Les libraires sélectionnent les œuvres en fonction de leur connaissance du marché, de la clientèle et de l’actualité. « Villepin fait un carton, et “hop !” on le ressort de l’arrière boutique pour le mettre en avant », ajoute Alain Monge. L’idée : attirer une large clientèle. Comme beaucoup, Fabienne se fie aux choix des jurys littéraires. « Je lis le Goncourt chaque année, qu’il soit bon ou mauvais », admet cette lectrice passionnée. D’autres suivent les critiques : « Certains arrivent avec la sélection Télérama ou cherchent la nouveauté du jour choisie par France Inter », déclare une responsable.

Sinon, c’est l’agenda qui décide. D’un côté, les fêtes de fin d’année font ressortir les indispensables : Albert Cohen, Proust ou Boris Vian, récemment publié dans La Pléiade. De l’autre, certains fans se ruent à la librairie dès que leur auteur fétiche sort un nouvel opus. « Je suis venu exprès aujourd’hui pour acheter le tome 51 de Naruto », raconte Julien, qui a déjà les cinquante premiers chez lui.

La confiance du lecteur en son libraire

Mais tous les lecteurs ne succombent pas aux appels des exigences commerciales. « Je fais partie d’un club de lecture et je cherche l’inattendu, explique Patricia. Pas question de me laisser faire par la publicité. » Afin de satisfaire ce genre de lectorat, Sauramps parie sur la sélection des libraires. Chaque responsable a un espace de liberté.

« A côté de Thorgal et Largo Winch, je propose des dessinateurs indépendants, annonce Géraldine Despaty, semi-responsable du rayon bandes dessinées. Pour moi, il est important de présenter un maximum d’auteurs, ne serait-ce que par respect pour le travail fourni. Mais la plupart du temps, les bédéphiles savent ce qu’ils cherchent. » En d’autres termes, les adeptes de Dragon Ball Z iront rarement vers une BD comme Black Sad. Pourtant, ce polar animalier est l’une des plus grosses ventes d’octobre.

Qu’ils soient flâneurs ou experts, les lecteurs de Sauramps font confiance à leurs libraires. Il faut dire qu’ils ont le “chic” pour révéler les auteurs talentueux. En 2009, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates a ainsi atteint des sommets inespérés. Cette année, le Goncourt n’a pas créé la surprise puisque La Carte et le territoire se vendait bien avant d’être primé. À un mois de Noël, la cuvée 2010 attend toujours son millésime. Mesdames et messieurs les écrivains, il y a des cœurs à conquérir et des pieds de sapin à garnir.

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