Les Enfants de Don Quichotte, des images et des maux.

samedi 24/10/2009 - mis à jour le 16/02/2010 à 13h48

Dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère, le 13 octobre, et des 25 ans de la Banque Alimentaire, la Mairie de Montpellier a souhaité sensibiliser ses riverains par le biais d’une exposition des photos de Daniel Bodin consacrées aux Enfants de Don Quichotte. Des clichés tirés des quelques jours qu’il a partagé avec les plus démunis : des visages abimés par la vie, des moments d’intimité, des instants de solitude et de solidarité…

Petit flash-back. C’est le printemps. Les Montpelliérains se baladent attendant les beaux jours. Au détour d’une rue, ils s’aperçoivent que la Place de la Comédie est devenu le théâtre d’un nouvel acte et a été investie par des acteurs un peu particuliers. Une tragédie se joue sous leurs yeux : dans des petites tentes vertes inconfortables, des hommes et des femmes n’ayant aucun logement fixe, ont vu leur destin basculer. Les Enfants de Don Quichotte tombent le masque sous l’œil attentif du photographe Daniel Bodin qui les suivra ensuite au Peyrou jusqu’à la fin de leur épopée.

Retour dans le présent. Dans le Hall feutré de l’Hôtel de Ville, Daniel Bodin expose les clichés de ces quelques jours partagés avec les plus démunis : des visages abimés par la vie, des moments d’intimité, des instants de solitude et de solidarité… Dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère, le 13 octobre, et des 25 ans de la Banque Alimentaire, la Mairie de Montpellier a souhaité sensibiliser ses riverains par le biais de cette exposition.
Selon les chiffres de l’association les Enfants de Don Quichotte, la France compte plus de 100 000 personnes sans logis, près de 500 000 personnes privées de domicile personnel ou vivant dans des abris inadaptés, et près de 3 500 000 personnes souffrant de « mal logement », dont des centaines de milliers d’enfants. Soulignons qu’il n’existe pas de mineurs sans domicile fixe. Ils sont protégés par la loi. Si leurs parents perdent leur logement, ils sont conduits dans des foyers ou des familles d’accueil. A leur majorité, ils peuvent, par contre, se retrouver à la rue. La non-domiciliation fixe peut avoir des origines multiples, sachant qu’un tiers des sans-abris travaille et a une fiche de paie. Pour autant leur salaire ne leur permet pas de se payer un toit. De nombreux jeunes sont mis à la rue et sont livrés à eux-mêmes. « Ils font face à une jungle » souligne Michel Henry, un des organisateurs du collectif des Enfants de Don Quichotte de Montpellier. Mentionnons également les hommes revenant du front. Notamment du Tchad ou d’Afghanistan. « Dans le village montpelliérain, nous avions trois de ces anciens soldats » ajoute M. Henry. Sans oublier les divorcés qui ne remontent pas la pente ou les licenciés économiques. Les causes de la misère sont nombreuses. La crise économique n’a pas arrangé les choses et a aggravé la situation de précarité de nombreuses familles. Selon les dires de Michel Henry : « 60 % des Français ont peur de se retrouver à la rue. La crise du logement amène les personnes à toucher leur point de rupture. C’est une source de dangers extrêmement grave qui peut conduire au suicide ».

Créée en octobre 2006, l’association des Enfants de Don Quichotte s’est depuis investie dans la défense des droits des sans domicile fixe et des mal-logés. Elle s’est fait connaître du grand public par son campement installé le long du Canal St Martin à Paris. Depuis, divers collectifs sont nés ailleurs que dans la capitale. Celui de Montpellier s’est créé sur la demande des Enfants de Don Quichotte de Paris qui souhaitaient qu’un village de tentes officie dans chaque ville de France au printemps. Pour que ce projet voit le jour, les quelques organisateurs ont dû obtenir l’autorisation de la Mairie de Montpellier. Ici, les effectifs ont été plus importants que dans les autres villes selon les dires de Michel Henry. Pour ce dernier, cette réussite est due à une politique différente des Enfants de Don Quichotte de Montpellier qui ne tiennent pas à faire du misérabilisme et souhaitent montrer que les sans-abris sont des citoyens comme les autres : « A Paris comme dans la plupart des villes de France, ils font des opérations coup-de-poing. Ils installent leurs tentes où ça gêne le plus les gens et ensuite ils se font virer. Comme ça, à la télévision, le porte-parole peut dire “Regardez ces pauvres malheureux comment ils sont traités”. Au contraire, nous voulons que les gens comprennent que les SDF sont des citoyens, des gens comme eux, et qui n’ont juste pas eu de chance. Ce ne sont pas des animaux de cirque, ce sont des gens qui ont autant de dignité que n’importe qui d’autre. » L’objectif est donc de rappeler à la population la crise du logement, de l’amener à ne plus avoir peur des SDF, de briser les clichés et les tabous. Dans le même esprit que le collectif montpelliérain, le photographe Daniel Bodin n’a pas souhaité stigmatiser ses sujets à travers des sujets récurrents comme l’alcoolisme ou la dégradation. Ainsi, pour faire passer un message positif, le collectif de Montpellier doit se montrer exemplaire et avoir l’accord de la ville. La Mairie a notamment mis en place un dispositif de sécurité la nuit, mené par la police municipale. Ainsi, une relation de proximité s’est établie entre les agents de la Ville et les sans logis : les uns se sont rendu compte que les SDF n’étaient pas « des bêtes sauvages » souligne Michel Henry, et les autres se sont aperçus que la police était là pour les protéger. La municipalité a également ouvert un robinet d’eau, des toilettes et un compteur électrique pour le collectif. Cependant, outre cette petite participation de la ville et une aide d’Emmaus, les moyens dont dispose l’association sont quasi-inexistants. Par exemple, le collectif n’a bénéficié d’aucune réduction, selon Michel Henry, pour l’achat des tentes.

La représentation de l’antenne montpelliéraine des Enfants de Don Quichotte dans les médias régionaux est plutôt bonne. Les répercussions de la présence du village à Montpellier sont positives : signature de la pétition, réinsertion de quelques personnes ou relogement de certains, même s’il n’est que provisoire. Ce grâce à des réseaux de solidarité. Le collectif de Montpellier a quelques nouveaux projets. Pourquoi ne pas utiliser une péniche la prochaine fois ?

Portfolio

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  • Les Enfants de Don Quichotte, des images et des maux.

    24 octobre 2009 23:53, par Eliette

    repondre message

    Article très soigné et travaillé. Photos montrant simplement la dure réalité.
    Titre bien trouvé : des images et des maux.
    Bonne continuation. Au plaisir de vous relire.

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