Les Halles des Quatre Saisons : entre produits populaires et gestion impopulaire.

lundi 03/01/2011

Situé dans le quartier populaire de la Paillade, à trente minutes du centre de Montpellier, ce marché nous emmène pourtant beaucoup plus loin. Riche des produits exotiques et variés qu’il propose, il pourrait encore mieux se porter selon les commerçants.

Trente huit hommes et femmes proposent une large palette de produits : viande (halal ou non), épices, fruits et légumes, fromages, pizzas, nourriture asiatique, café… Tout est bon pour satisfaire les clients à la recherche de produits exotiques ! Les odeurs et les couleurs s’emparent de nos sens et l’ambiance est au rendez-vous. À l’image de ses clients, le marché est chaleureux, diversifié et riche.

Un espace « cosmopolite » et de « convivialité »

Odette, une mamie dynamique de 73 ans et habituée des lieux, rend parfaitement compte de cette atmosphère. Cette globe-trotteuse recherche le contact humain et des produits venus du monde entier. Turquie, Chili, Maghreb, Australie, Iran, Liban, Espagne... autant de pays représentés par les produits et les commerçants de ce marché. Le côté « cosmopolite », la « convivialité » sont ce que cherche la vieille dame. Selon elle, la fréquentation augmente car « il y a possibilité de faire des bonnes affaires ». Odette vient pour le “service après vente” volontiers prodigué par des commerçants essentiellement d’origine maghrébine, à la différence de l’atmosphère impersonnelle des grandes surfaces.

Un air chantonné par Jérôme, le boulanger, interpelle les premiers arrivants. Sa mère, commerçante depuis 1985, tenait auparavant un stand de fruits et légumes à ce même emplacement. Pour lui, les affaires marchent bien. Un peu plus loin, le marchand d’épices livre d’un grand sourire le même constat positif.

JPEG - 57.9 ko

Du côté d’une boucherie halal, les clients affluent et pas moins de cinq vendeurs s’affairent pour les servir : « Allez dix euros pour trois kilos ! » s’écrie l’un d’eux. Une heure plus tard, ce même stand ne désemplit toujours pas. À la boucherie chevaline, le succès est également au rendez-vous. Celle-ci étant la seule enseigne, avec celle de Castellane, à vendre ce type de viande, les clients n’hésitent pas à se déplacer exclusivement pour ce produit. Une dame confie qu’elle y achète le cœur de cheval deux à trois fois par mois car, selon elle, « la qualité de viande d’ici est impeccable ». Une habitude alimentaire qui n’est pas suivie par la jeune génération, au grand regret du boucher.

« On n’est pas face à des lois mais à des personnes »

De tous les commerçants, les poissonniers semblent être les plus mal lotis. « Tout va mal ! » lance l’un d’entre eux d’un air dépité, On est les plus malheureux ! ». Ceux-ci sont dégoûtés d’une concurrence qu’ils qualifient de « déloyale », suite à l’apparition de nouveaux marchés dans les alentours. Cela malgré un produit régional et frais puisque le poisson est pêché à Sète la veille. Un confrère poissonnier pointe du doigt le principe des halles : « Les halles c’est une culture du Nord », une structure fermée qui n’amène que peu de clients. Pourtant, il est 10h30 et le marché bat son plein.

Dans la foule, trois hommes vêtus d’uniformes noirs s’occupent de la régie du marché et déambulent dans les halles. Ils expliquent que leur rôle consiste essentiellement à placer les commerçants extérieurs et de « veiller à prévenir tous dysfonctionnements liés à l’administration, ou par exemple au commerce de produits interdits à la vente. » Les régisseurs jouent les

JPEG - 160.6 ko

intermédiaires entre les commerçants et la mairie. Ils estiment dans l’ensemble que les relations sont plutôt bonnes. D’ailleurs, les régisseurs et les commerçants s’accordent pour dire que le problème du parking reste le principal point noir du marché. Dès 9h, celui-ci est complet, ce qui n’encourage pas la clientèle à se déplacer. Exaspérés, les commerçants proposent pourtant des prix très attractifs.

Autre inquiétude : le manque de diversité des commerces impacte sur le chiffre d’affaire des vendeurs. Il semblerait qu’ils pâtissent des lois élastiques qui régissent le marché : « On n’est pas face à des lois mais à des personnes » lance le poissonnier qui pose un regard lucide sur la situation. D’autres soulignent directement la responsabilité de la mairie qui, depuis l’arrivée d’Hélène Mandroux, abandonnerait le marché : « Mandroux, elle sert à rien. Frêche était là, il faisait dans le social avec le budget. Si la mairie veut un bon marché, il y aura un bon marché. » Et un autre vendeur de poursuivre sur cette politique négative de la municipalité : « Ils nous font des promesses puis nous oublient pendant deux ans. » Derrière cette apparente convivialité, la gestion du marché ne fait donc pas l’unanimité des commerçants.

« Tout pourrait marcher mieux »

En plein cœur des halles, l’odeur du café rassemble des clients venus faire une pause. « Le café, c’est un point de rencontre » confie le barman. Selon lui, « tout pourrait marcher mieux. » Il faudrait rénover les locaux, améliorer les structures entre les commerçants et les forains non-sédentaires, promouvoir davantage les halles, établir un meilleur dialogue avec les autorités compétentes (Chambre de Commerce et de l’Industrie, Mairie)... La liste est longue. En revanche, le cahier des doléances des halles Castellane, “marché-vitrine” favorisé par la ville, semblerait moins rempli.

En tout cas, le barman met en valeur la singularité des Halles des Quatre Saisons. Situé au cœur d’un quartier populaire où règne la mixité sociale, le marché est bon vivant. « Les clients et les marchands se rassemblent ici et les générations se mélangent » sourit le patron du café. La pendule indique 13 heures et marque ainsi la fermetures des halles. Les clients font leurs derniers achats tandis que les habitués terminent leur conversation avec les vendeurs dans l’attente du prochain marché.

La curiosité et la recherche de produits originaux attirent les clients des halles qui, au fil des années, y ont pris leurs habitudes. Fort de son multiculturalisme et de son exotisme, le marché mériterait d’ailleurs de gagner en popularité au-delà du seul quartier de la Paillade.

Les Halles des Quatre Saisons (Avenue de Heidelberg) sont ouvertes tous les jours de 7h à 13h

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter