Les errements de David Pujadas

vendredi 31/12/2010 - mis à jour le 02/01/2011 à 13h45

En 2010, David Pujadas, présentateur du journal de 20 heures sur France 2, a été la cible de nombreuses critiques. Qu’elles soient internes ou bien externes, le journaliste n’a pas été épargné. Petit florilège de fin d’année.

La première polémique a fait ressurgir une interview de 2009, dans laquelle le journaliste interroge Xavier Mathieu, délégué CGT de l’usine Continental Clairoix, après que les ouvriers en grève aient “saccagé” la sous-préfecture de Compiègne. L’interview est en fait un interrogatoire. En voici un extrait tiré du film de Pierre Carles, Fin de concession :

Jean-Luc Mélenchon insulte David Pujadas

Alors que la polémique vire au duel entre Jean-Luc Mélenchon et David Pujadas, on éclipse le fait marquant de cette séquence. À l’époque, les “Conti” sont largement médiatisés, et soutenus par l’opinion publique, mais le présentateur oriente toutes ses questions : condamnation de la “violence”, appel au calme nécessaire.
David Pujadas se défendra sur France Info, le 11 octobre 2010 : « Alors les questions, c’est des questions de base, c’est école de journalisme numéro 1, c’est, bien sûr, est-ce que vous regrettez ce saccage, est-ce que vous lancez un appel au calme, enfin il y avait évidemment aucune agressivité, et encore une fois, il a bénéficié d’une exposition assez exceptionnelle, je ne connais pas beaucoup de grands journaux qui font ça voilà. »
Mais est-ce réellement accorder la parole à Xavier Mathieu que de l’invectiver à condamner la violence de son action tout au long de l’interview ? Est-ce vraiment accorder une place au "social" que d’ouvrir son journal en déclarant :« L’exaspération et la violence dans les conflits sociaux ont donc franchi un nouveau cap cet après-midi » ?

Lors de la même émission sur France Info, David Pujadas évoquera un « climat un peu lourd », faisant un lien entre les attaques du pouvoir contre Mediapart en pleine affaire Woerth-Bettencourt, et celles de Jean-Luc Mélenchon dont il a été victime.
Mais, le lien est-il si flagrant ? Si Mediapart est attaqué par le pouvoir, c’est parce qu’il le dérange, le met en danger, alors que si David Pujadas est attaqué par Jean-Luc Mélenchon qui emploie le terme de « larbin », c’est parce qu’il est jugé connivent avec ce même pouvoir. Il y a tout de même une nuance de taille.

Le journalisme couché

Un exemple frappant est celui de l’interview de Nicolas Sarkozy le 12 juillet 2010, à l’Élysée. Dès le lendemain, David Pujadas est vivement critiqué par un communiqué SNJ, qui estime que l’émission « a été une heure de communication sans opposition avec un journaliste KO debout face au Président, un journaliste complaisant, incompétent sur les dossiers traités, notamment sur les retraites, et laissant Nicolas Sarkozy avancer des contre-vérités ». L’entretien sera qualifié par le SNJ de « honte pour l’information de service public ».
Le journal L’Expansion publiera même un article intitulé « Comment David Pujadas aurait pu argumenter contre Nicolas Sarkozy ».

Le 18 novembre 2010, lors d’une autre interview du Président, menée de front par Michel Denisot, Claire Chazal et lui-même, David Pujadas fera preuve, comme ses camarades, d’un total manque de professionnalisme. Les trois journalistes signeront ce qui deviendra peut-être le manifeste du “journalisme couché”. En voici un extrait :


Sarkozy à la télé : c’est lui qui pose les questions !
envoyé par LePostfr. - L’info internationale vidéo.

Complètement malmené par Nicolas Sarkozy, David Pujadas ne sait pas dans cet extrait reprendre la main, et se sent obligé de répondre à la question du président de la République. Il le fait en abondant dans son sens. L’échange tourne à la leçon du professeur à son élève. N’était-ce pourtant pas l’occasion d’affirmer son rôle de journaliste, celui qui pose les questions ? Pourquoi ici n’est-il pas aussi invectivant qu’avec Xavier Mathieu ?

Une conception étrange du journalisme

Qualifié de complaisant et de connivent, David Pujadas a une explication simple : « Regardez, je sais pas moi, j’ai des copains, ils étaient à Sciences-Po avec des hommes politiques. Ils ont connu les mêmes filles. Ils ont bon… L’un devient journaliste, l’autre devient homme politique. Ils vont quoi, arrêter de se voir ? C’est dur aussi. »
Ce plaidoyer émouvant tiré de l’émission Tam, tam, etc., diffusée sur France Inter le 14 janvier 2003, nous en dit long sur la conception que se fait David Pujadas du journalisme. Pour lui, il serait alors trop cruel de renier ces amitiés dans un souci démocratique. Au contraire, elles se sont créées sur les bancs de la fac, les cacher serait donc plus honteux qu’autre chose. Même si ces amitiés se transforment quelques années plus tard en connivences, impropres à un journalisme vertueux ?
Qu’importe, David Pujadas est aujourd’hui membre du Siècle, qui réunit chaque mois patrons, hommes politiques et journalistes à l’Automobile Club de France, Hotel Crillon à Paris. Une bonne occasion de garder le contact avec ses camarades d’amphi...

Un autre fait éclaire la démarche professionnelle du journaliste vedette de France 2. Fraîchement arrivé sur la chaine publique (après avoir fait ses armes à TF1 de 1988 à 1994, notamment à l’émission “Le droit de savoir”, puis à LCI), alors qu’il est suivi par des journalistes de Canal Plus, il découvre les images du 11 septembre et s’exclame « Wouah, génial ! » :


David Pujadas le 11 Septembre 2001 : "Wouah ! Génial !"
envoyé par Rudy-D. - L’actualité du moment en vidéo.

La vidéo crée la polémique, il présentera ses excuses. Mais le mal est fait, et cette réaction témoigne d’une vision peu noble de son métier : un journalisme basé sur l’audience et le spectacle. Une vision semble-t-il assez répandue, si l’on en croit la remarque d’un de ses collaborateurs dans la vidéo : « C’est mieux que le Concorde, on est battu là. »

David Pujadas est donc critiqué, que ce soit par des journalistes de France Télévisions, par des politiques ou bien par des militants de la critique des médias, qui lui décerneront la laisse d’or, attribuée au journaliste le plus servile.
Mais en aucun cas il n’est remis en question par sa direction. Il a pour lui l’audience du 20 heures de France 2. Dans le documentaire Huit journalistes en colère, diffusé le 9 février 2010 sur Arte, il est ainsi présenté : « David Pujadas est une star de l’info. Chaque jour, son journal de France 2 à vingt heures réunit plus de cinq millions de téléspectateurs. » Comment ne pas être admiratif ? Voici un extrait du documentaire, dans lequel le présentateur pourfend le « journalisme des bons sentiments », qu’il estime être « une dérive mal digérée de la défense de la veuve et de l’orphelin ». L’extrait est suivi par l’attribution filmée de sa laisse d’or :

Une position plus qu’un homme

Bien sûr, on peut accorder à David Pujadas le droit à l’erreur et estimer que globalement il accomplit son travail avec sérieux et rigueur. Toutefois, il ne s’agit pas de mettre en cause l’homme, mais un journaliste d’une grande chaine de télévision, soumis à des pressions parfois inconscientes. Dans la revue Médias de l’hiver 2010, le journaliste Dominique Jamet, peu connu pour être consensuel, déclare : « En effet, à partir du moment où, une fois pour toutes, on a décidé d’être en accord avec son employeur, où l’on sait parfaitement ce qui est interdit et ce qui est recommandé, où l’on va dans le sens de la pression, on ne la subit pas, on ne l’accompagne pas, on va au-devant. » Une conclusion bien alarmante.

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2 réactions

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  • Les errements de David Pujadas

    2 janvier 2011 04:12, par Shirley

    repondre message

    Sans oublier l’affaire des "Infiltrés" au printemps 2010. Souvenez-vous, avec son équipe, ils avaient enquêté sur les pédophiles... Pédophiles qui après l’enquête avaient été dénoncé par les journalistes, faisant fi du secret des sources des journalistes, mais défendant le droit des victimes... Qu’en pensez-vous ?

    • Les errements de David Pujadas 3 janvier 2011 14:41, par Martin Gauchery

      repondre message

      Il me semble que l’erreur fondamentale de cette enquête est d’avoir pris la décision de la réaliser...
      En effet, s’agit-il d’un travail journalistique que d’aller débusquer des pédophiles ?
      Dès lors, il devenait dur pour les "enquêteurs" de ne rien faire. Mais ils n’agissaient pas en journalistes, et ceci dès le départ. Peut-on donc poser la question du secret des sources ?
      Concernant David Pujadas, on pourrait également rappeler sa suspension de France 2 en 2004 pour avoir révélé à tort le retrait de la vie politique d’Alain Juppé...

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