“Les oubliés” des médias

vendredi 07/01/2011

En ce 7 janvier 2010, cela fait 374 jours qu’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont otages en Afghanistan. Un enlèvement largement médiatisé au point de se demander s’il n’y a que ces deux journalistes, ces deux Français, qui soient détenus dans le monde.

Mercredi 29 décembre 2010 marque le premier anniversaire de l’enlèvement des deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ainsi que de leurs trois accompagnateurs, dans la vallée de Kapisa en Afghanistan. Pour cette triste commémoration, différents rassemblements et manifestations ont eu lieu à travers toute la France. Une focalisation médiatique qui fait oublier qu’ils ne sont pourtant pas les seuls otages dans le monde.

Une mobilisation sans relâche

Des opérations “coups de poing” ont été organisées à Paris à l’initiative de Reporters sans Frontières, du Comité de soutien et de la Mairie de Paris. Les visages des deux journalistes ont été projetés sur l’Arc de Triomphe, ainsi que sur le parvis de l’Hôtel de ville, où un rassemblement a eu lieu.

Mais la mobilisation n’était pas que parisienne. À Montpellier, un grand concert de soutien a été organisé devant l’Opéra Comédie. D’autres rassemblements ont eu lieu, comme à Marseille, Strasbourg, Chambéry, Dax...
Avec l’aide de la presse quotidienne française, nationale et régionale, une campagne pour la libération des deux journalistes est parue dans les éditions du mercredi 29 décembre d’une quinzaine de titres hexagonaux (Le Monde, Libération, L’Humanité, L’Équipe, etc).

Cette solidarité sans relâche s’inscrit dans la continuité des actions quotidiennes organisées par les médias français, les proches des journalistes et les différentes institutions.
Des bracelets de soutien ont été créés, une pétition éditée, toute représentation sportive ou festive est une occasion pour afficher la photo des deux otages…
La mobilisation est sans faille.

Qu’en est-il des autres otages et prisonniers ?

Cette mobilisation sans relâche aussi louable soit-elle, renvoie à un problème :
pourquoi existe-t-il une telle focalisation médiatique sur l’enlèvement des deux journalistes ? Surtout quand d’ autres centaines d’individus sont eux aussi menacés, agressés, tués, emprisonnés et censurés à travers le monde et tombent pourtant dans l’oubli.

Face à cette différence de traitement médiatique, les journalistes ne risquent-ils pas, une fois de plus, d’être taxés de corporatisme ? Ce combat, symbole de la lutte pour une presse libre, paraît incomplet. Comment peut-on défendre cet idéal, quand les journalistes choisissent eux-mêmes l’importance à accorder à tel ou tel évènement ?

Au-delà d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, cinq Français sont otages d’Al-Qaida au Maghreb islamique depuis le 16 septembre. Ils ont été enlevés, ainsi qu’un Togolais et un Malgache, dans le nord du Niger.
Un agent des services de renseignements français est également détenu en Somalie depuis le 14 juillet 2009. Et la liste est longue.

Au Belarus : Andrei Sannikov, un chef de file de l’opposition est torturé en détention pour avoir exercé son droit de protester de façon pacifique.

En Iran : Habibollah Latifi, étudiant en droit, a été arrêté en 2007 et condamné à mort en raison de son appartenance au Parti pour une vie libre au Kurdistan.

Au Soudan : Mudawi Ibrahim Adam, ancien directeur de l’organisation pour le développement social du Soudan à été condamné à un an d’emprisonnement en raison de ses seules activités en faveur des droits humains.

Au Myanmar : Su Su Nway, membre de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD), un parti d’opposition, purge actuellement une peine d’emprisonnement de huit ans et demi, dans une prison isolée, pour avoir exprimé pacifiquement des opinions politiques dissidentes.

En Chine : Mao Hengfeng a été arrêtée à maintes reprises en raison de son action de défense des victimes d’expulsion forcée et des droits reproductifs des femmes en Chine. Condamnée à 18 mois d’internement, elle a été torturée à de nombreuses reprises durant sa détention.

Ne les oublions pas eux aussi. Il est clair que tous les corps de métiers ont une tendance au corporatisme, mais la presse, elle, n’a pas le droit de se risquer à cette critique…

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4 réactions

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    Et Salah Hamouri ?
    Vous aussi vous en oubliez...

    • "Les oubliés" des médias 27 janvier 2011 16:18, par Jeanne Portal

      repondre message

      Le but de mon article n’est pas de dresser une liste exhaustive de tous les otages dans le monde, sinon je n’en finirais pas... mais de dénoncer un état de fait : celui de la focalisation médiatique. Une focalisation qui prend en plus le risque de s’afficher corporatiste.

  • “Les oubliés” des médias

    9 janvier 2011 17:44

    repondre message

    les oubliés !! : pardonnez moi mais l’on ne parle que de eux !!! regardez les JT, on voient leur photos tous les jours et on en a marre.
    Vous les journalistes, quand l’un des votres est pris en otage, vous aimeriez que le monde s’arrete de tourner.
    redescendez sur terre !!!!

    • “Les oubliés” des médias 9 janvier 2011 19:26, par Portal jeanne

      repondre message

      Pardonnez moi, mais je crois que vous n’avez, tout simplement, pas lu l’article ou du moins, pas en entier ! C’est dommage. Car la polémique n’a pas lieu d’être puisque le message de cet article vise justement à dénoncer ce matraquage médiatique autour des deux otages.

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