Régionales, l’oeil de Lyon

Les ténors du Sarkozysme viennent soutenir la candidate UMP en Rhône-Alpes

vendredi 05/03/2010 - mis à jour le 07/03/2010 à 12h53

L’UMP rhône-alpine est entrée hier, jeudi 4 mars 2010, de plain- pied dans la dernière ligne droite de l’élection régionale. À l’occasion du grand meeting départemental du Rhône, réunissant 400 personnes, d’éminentes figures de la majorité se sont exprimées en faveur de la candidate Françoise Grossetête et de son équipe. En premier lieu desquels Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, où encore Michel Mercier, ancien bras droit de François Bayrou.

Une majorité soudée dès le premier tour. Et un programme misant massivement sur l’emploi et le développement. Tel est le message qu’ont voulu véhiculer les prestigieux soutiens de Françoise Grossetête, réunis hier soir à Caluire, le fief de la droite lyonnaise. En Rhône-Alpes, la liste UMP réunit toutes les composantes du sarkozysme, de “Chasse, Pêche, Nature et Traditions” à Gauche Moderne, en passant par les anciens de l’UDF et les souverainistes de Philippe de Villiers. Un très vaste rassemblement qui va de la “droite de la gauche”, à la “droite de la droite”. Hier soir, chacun a parfaitement joué sa partition.

Le seul à partir avant la fin du discours de sa candidate

Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Justice, a été le premier à parler. Le patron de Gauche Moderne (mouvement allié à UMP) a prononcé un discours incarnant un socialisme moderniste et réformiste, qui n’a pas trahi son idéal de progrès et a su choisir le bon camp en 2007 : « les socialistes ont tourné le dos aux valeurs de l’initiative, de l’entreprise. On ne peut pas parler de solidarité ou de protection sociale s’il n’y a pas d’abord la création des richesses nécessaires à leur mise en œuvre. Lorsque j’entends les élus PS dire qu’il faut entrer en résistance contre ce gouvernement, je me dis qu’ils sont à côté de la plaque. Leur message est brouillé, dans le négatif en permanence. »

En fin de soirée, Françoise Grossetête a remercié Jean-Marie Bockel pour l’intensité de l’action des membres que la Gauche Moderne « a apporté » aux listes UMP. Mais, en tout état de cause, il n’y a que trois représentants de Gauche Moderne dans toute la région. À noter qu’au moment où Mme Grossetête saluait son soutien, le ministre d’ouverture était déjà sur le départ. Il est le seul cadre de la soirée à avoir quitté la salle avant la fin du discours de sa candidate.

« Sur les retraites, Martine Aubry a eu trente-cinq heures de retard »

L’incontournable Michel Mercier était également présent hier. Dans la logique d’une ouverture moins médiatique, plus politicienne, le président du Conseil général du Rhône est incontestablement la plus belle prise de Nicolas Sarkozy, qui en a fait un Ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire cet été : ancien numéro 2 trésorier du MoDem, éminence de tout premier plan chez les centristes français, il s’est lui aussi exprimé en faveur de la liste UMP. Une intervention assez courte, discrète, dans laquelle il a rappelé qu’en matière d’emploi, de développement, ou encore d’industrie, « c’est l’équipe qui soutient et a le soutien du gouvernement qui est la mieux à même de diriger la région en 2010 ».

Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale et porte-parole du gouvernement, s’est en revanche plus longuement et plus brillamment exprimé. Argumenté, fédérateur pour son camp, vantant « le professionnalisme » de Françoise Grossetête au parlement européen (ndlr. Françoise Grossetête est député européen depuis 1994), son discours a rappelé que « les politiques régionales ont un impact direct et réel sur la vie des Français ». Plutôt que de les évoquer brièvement, il a dressé un inventaire fourni des réformes « longtemps rêvées par le PS » mais « accomplies par ce gouvernement » ou ses prédécesseurs, insistant lourdement sur les institutions mais aussi sur la gestion de la crise économique. Il a également mis au cœur de la campagne l’importance « d’assurer la première des liberté », c’est-à-dire la sécurité.

Pour relier ce thème aux compétences régionales, rien de plus efficace que d’insister sur la vidéo-surveillance dans les lycées : « qu’a fait la région en matière de sécurisation systématique des établissements scolaires ? » Le ministre de l’Éducation utilisant une expression plus apaisée et très politique pour évoquer le sujet : « la vidéo-protection ». Un exemple parmi d’autres pour justifier que le gouvernement « a besoin de relais dans les collectivités territoriales », plutôt qu’une opposition qui ne s’assoit jamais à la table, ne serait-ce que « pour encourager, accompagner, amplifier » le plan de relance du gouvernement : « l’enjeu de ce scrutin : la crédibilité. Comme on le dit en marketing d’entreprise, comparer les force en présence sur le marché. Le PS veut faire des régions des camps retranchés, le village gaulois en quelque sorte, avec Martine Aubrix, […] et compagnix. Mais ils n’ont pas encore trouvé la formule magique. Alors ils nous sortent les vieilles recettes. Sur les retraites, Martine Aubry a eu 35 heures de retard. » (ndlr. Martine Aubry a été la ministre en charge de la réforme des 35 heures sous Lionel Jospin) Dans la foulée, le porte-parole du gouvernement est allé encore plus loin dans l’attaque en citant Anne Roumanoff : « que fait Martine Aubry de ses vieilles tenues ? Et bien comme ses vieilles recettes, elle les met ».

Bernard Accoyer « assume ses convictions »

Dans ce meeting de campagne, une présence ne pouvait pas passer inaperçue. Celle de Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale. En 2010, le Savoyard s’implique dans la campagne en Rhône-Alpes : « c’est la plus belle des régions de France. Ça ne se discute même pas. Ici, les choses peuvent et doivent changer. » Dans un discours de campagne, M. Accoyer a parlé à plusieurs reprises de « fautes graves » au sujet de l’action de la région ces dernières années. En matière d’énergie, d’agriculture, de recherche, ou encore de fiscalité. La majorité serait selon lui « contre-nature », « verte-rose-rouge ». Avec une telle équipe reconduite, selon lui, « les électeurs seront marrons ».

À l’inverse, M. Accoyer a vanté les mérites d’une « majorité clairement définie dès le premier tour, transparente, autour d’hommes, de femmes et d’un projet qui ne changeront pas suite à des tambouilles d’entre-deux tour ». C’est la réponse apportée par les intervenants dans leur ensemble, à ceux qui verraient dans la situation actuelle de l’UMP un isolement dans le paysage politique français. En 2010, cette stratégie pourrait donner lieu à une débâcle, à en croire les sondages et les observateurs. Mais en 2014, avec le nouveau mode de scrutin à tour unique choisi par le gouvernement pour l’élection des futurs “conseillers territoriaux” qui remplaceront les conseillers régionaux, cette stratégie pourrait être payante. Contre la « lutte des postes » qui sévit selon Bernard Accoyer dans l’autre camp, le parti présidentiel entend clairement s’imposer comme une force massive de premier tour, indépendante de toute stratégie d’alliance.

À la sortie du meeting, Haut Courant a demandé à Bernard Accoyer si la présence de l’arbitre sensé réguler le débat entre opposition et majorité à l’assemblée nationale, était opportune aux côtés d’un candidat UMP aux élections régionales. Encore une fois, Bernard Accoyer a joué la carte de la transparence : « bien sûr que je suis ici à ma place. J’affiche mes convictions. J’affiche mon engagement. J’aurais très bien pu être candidat, et j’aurais fait un sacré candidat ! »

L’UMP appelle les journalistes sur leur portable pour les inciter à venir

Avant que Françoise Grossetête ne prenne la parole pour mobiliser ses troupes, sous les holas des “Jeunes pop’ ”, certains de ses colistiers se sont également exprimés. Notamment Nora Berra, qui après les européennes en juin et sa prise de fonction précipitée au secrétariat d’État aux Aînés en juillet, continue sa fulgurante ascension au sein de la majorité, contre toute logique de non-cumul. Si cette élue lyonnaise n’est pas député européen, elle est bien tête de liste dans le Rhône pour les régionales, et devrait donc siéger à l’assemblée régionale. On a pu mesurer sa popularité chez les militants, notamment les jeunes. Mais à entendre les soupirs de quelques-uns dans l’assistance au moment de son discours, force est de constater qu’elle ne fait pas l’unanimité dans son camp.

Dans son discours, Nora Berra a rendu un grand hommage à « l’ampleur historique de la tâche du président de la République », que « peu de gens mesurent en cette période de crise ». Elle a également raillé, comme tous ses alliés dans leur discours, le bilan de la majorité sortante en Rhône-Alpes : « l’erreur de Jean-Jack Queyranne et de ses petits copains socialistes, c’est de mener une politique d’opposition systématique au gouvernement. Comme au temps de la Mitterandie, le PS ne s’est guère préoccupé des Rhône-alpins. S’il l’a fait, c’était une fois par an, au moment d’augmenter les impôts. »

Le meeting s’est achevé sur la Marseillaise, reprise par le public. Hier, la salle était petite mais bien remplie. Il faut dire que l’UMP y avait mis les moyens, appelant directement les journalistes sur leur téléphone portable pour les inciter à venir couvrir l’évènement. L’auteur de ses lignes, modeste stagiaire au maigre bagage journalistique (deux mois passés au mensuel Mag2 Lyon cet été), l’a lui même expérimenté puisqu’il a reçu, la veille, un appel nominatif sur son téléphone portable pour l’inviter chaleureusement à venir. Comment son numéro de portable s’est-il retrouvé sur un listing de l’UMP du Rhône ? Difficile à savoir... En matière de communication, l’UMP garde une longueur d’avance, mais les procédés utilisés peuvent laisser perplexes.

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