Interdit au moins de 7 ans

Mais où est passé le Père Noël ?

vendredi 24/12/2010 - mis à jour le 21/04/2011 à 02h42

« Le Père Noël n’existe pas. » Cette phrase, lâchée dans une publicité pour une banque, a été diffusée sur TF1, dimanche 31 octobre, à l’heure où de nombreux enfants attendaient le début du dessin animé Ratatouille. La polémique qui a suivi, pose une nouvelle fois la question du mensonge aux enfants : faut-il les laisser, voire les encourager, à croire au Père Noël ? Les réactions et les avis restent partagés.

« C’est un souvenir douloureux », affirme Clémence, en se remémorant l’instant où elle a appris que l’homme à la barbe blanche n’était qu’une légende. « J’avais 6 ans. J’attendais dans ma chambre avec mon frère. Il m’a dit de descendre dans la salle et j’ai vu alors mes parents avec des paquets dans les bras. Je suis remontée dans ma chambre en pleurs. »

Les parents sont souvent ceux par qui le “drame” arrive. Les anecdotes, où les adultes se sont fait surprendre par leurs enfants au moment fatidique de remise des cadeaux sous le sapin, ne manquent pas. Sainclair, déjà informé de la supercherie par sa sœur, n’a pas hésité à faire le pied de grue pour en avoir le cœur net : « J’ai surpris mes parents vers 4h du matin, en train de déposer les cadeaux au pied du sapin. » De même, le petit Eddy devenu grand, s’est caché sous la table du salon : « J’ai entendu le bruit des papiers cadeaux quand mes parents faisaient les paquets. J’ai vu passé, devant mes yeux, la panoplie de Zorro que j’avais commandée au Père Noël. »

Mais la famille n’est pour autant pas la seule fautive de l’histoire. L’école joue également un rôle important dans la révélation. Sarah, étudiante, se souvient encore de ce jour comme « le pire de ma vie ! J’étais en CP. Le maître était sûrement dans une mauvaise journée, car il nous a dit que si l’on croyait encore au Père Noël, alors on ne méritait pas d’être dans sa classe. »

Mensonge contre magie de Noël

Si ces tranches de vie peuvent prêter à sourire, il ne faut pas pour autant les prendre à la légère. La pédiatre et psychothérapeute Edwige Antier, met clairement en garde ceux qui manqueraient de tact : « Mieux vaut éviter de commencer par lui dire : “Il faut que tu saches, le Père Noël n’existe pas !” Les parents doivent simplement expliquer que, plus qu’un personnage de chair et de sang, le Père Noël est d’abord et avant tout un être imaginaire. Le symbole de la volonté d’offrir des cadeaux. »

Cette période peut donc être délicate pour l’enfant. Mais elle l’est tout autant pour les adultes, voyant leurs bambins grandir de plus en plus en vite. « Ce fut difficile à vivre pour moi, déclare Sylvana, mère de deux filles. Cela marque la fin de l’innocence. Les enfants ont une confiance absolue en leurs parents. Quand ils l’apprennent, quelque chose de fort se casse entre eux. C’est dommage ! »

Une fois qu’ils ont appris que l’homme sur son traîneau n’est pas réel, la tentation est grande pour que les enfants se retournent contre leurs parents : « Ils nous apprennent à ne pas mentir, alors qu’eux-mêmes le font » note Estelle, devant ses deux amis, Emeline et Gary. Eddy, lui-même père, se défend : « Ce n’est pas mentir. C’est garder une certaine dose de rêve et d’insouciance. »

Alors, mensonge ou protection ? Claude Halmos, psychanalyste intervenant pour le site psychologies.com, préfère la seconde option : « Le Père Noël n’est pas un mensonge. C’est seulement une façon imagée de dire l’amour des parents. Cet amour qui les pousse à donner à leur enfant ce qui pourra le rendre heureux. »

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Le Père Noël est un homme comme les autres… Crédit Photo : Glucozze/Flickr

Les enfants d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. Avec la télévision, internet…, la naïveté supposée des petites têtes blondes se vérifie de moins en moins. Mady, mère de trois enfants et grand-mère de sept petits-enfants, estime que « vers 6-7 ans, ils croient au Père Noël surtout pour faire plaisir à leurs parents ». Même son de cloche pour Florence, maman de trois enfants : « Quand ils l’ont appris, je leur ai demandé simplement : “Pour toi, il existe ou non ?” Je savais que mes enfants n’y croyaient plus vraiment, mais ils m’ont quand même répondu qu’ils voulaient encore y croire un peu. »

« Il faut savoir déconstruire la légende »

Amandine Korrigan est de cet avis : « Souvent, les enfants le savent plus ou moins, car ils l’entendent. Les adultes laissent échapper certaines choses sans s’en rendre vraiment compte. Par exemple, l’expression : “Tu crois encore au Père Noël !” »

Cette jeune comédienne et scénariste, est l’auteur d’un conte audio, Le Bouton Rouge, une histoire qui annonce aux enfants, avec douceur et sans les blesser, que le Père Noël est une légende. « Je raconte comment les parents ont dû reprendre le flambeau d’un Père Noël qui se fait vieux, indique l’écrivain. Mais, j’essaye de le faire progressivement : j’explique pourquoi les parents continuent de faire croire qu’un vieux monsieur apportent des cadeaux, comme une promesse qui traverse les générations ». Simple mais efficace : les parents, souvent inquiets de savoir comment ils vont l’annoncer, appliquent la politique de l’autruche et préfèrent laisser l’école, les médias, ou les copains, leur apprendre la mauvaise nouvelle.

Grâce à cet “outil”, les parents sont ainsi directement impliqués. « Le Père Noël est une très jolie fable, mais au fond c’est un peu égoïste, relativise Amandine Korrigan. Pendant Noël, on le voit bien, les enfants sont heureux. Mais, une fois que l’on créé la légende, il faut savoir la défaire au mieux. »

De là à évacuer le Père Noël des croyances enfantines, comme le font certains parents, pour éviter tout devoir de pédagogie ? Le docteur Edwige Antier s’y refuse : « Ne pas faire croire au Père Noël serait priver les bambins d’une formidable chance de rêver et donc développer leur imaginaire. Le Père Noël joue un rôle important dans la construction de l’enfant : il lui permet d’acquérir et de développer des notions aussi importantes que l’esprit du don. »
Et c’est bien le but d’une telle fête : plaisir d’offrir et joie de recevoir. Comme le dit Yves : « On peut bien me mentir, tant qu’il y a des cadeaux tous les ans, moi, ça me va ! »

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