Malaise dans les prisons françaises

vendredi 06/03/2009

Avec 115 suicides en 2008 et 14 depuis le début de l’année 2009, le débat sur les conditions de vie carcérales est relancé. Lundi 16 février 2008, Karim, jeune détenu de 19 ans s’est pendu dans la prison de St-Paul de Lyon, l’une des plus vétustes de France. Le jeune homme, condamné pour vol aggravé, avait déjà fait deux tentatives de suicide depuis son incarcération en novembre dernier.
Le soir même, dans la nuit du lundi au mardi, un autre détenu de 44 ans est retrouvé pendu dans sa cellule de la maison d’arret de bois d’Arcy dans les Yvelines, un établissement connu pour être en surpopulation.
Le malaise est palpable dans le milieu pénitentiaire.

Entre le nombre de suicides qui augmente d’année en année et les évasions comme celle des deux prisonniers de Moulins qui a fait la une de l’actualité, l’heure est aux réponses à apporter. Aujourd’hui, c’est la surpopulation carcérale qui reste le problème majeur des prisons françaises.

JPEGA la demande du cabinet de Rachida Dati, le docteur Louis Albrand a été chargé d’élaborer un rapport sur le suicide en prison. Il estime « qu’il existe des insuffisances dans le dispositif mis en place par l’administration pénitentiaire ». Il constate également que plusieurs recommandations faites en 2003 n’ont pas été appliquées.
Par exemple, l’administration pénitentiaire n’a pas mis en œuvre le placement des détenus suicidaires en cellule sécurisées pendant soixante-douze heures. Faute de moyens et de volonté du personnel, ils sont placés en quartier disciplinaire. Ajouter à cela que la grille d’évaluation du potentiel suicidaire n’est utilisée que dans moins de la moitié des cas. Important aussi , la suppression des points d’accroches – alors que 95 % des suicides ont lieu par pendaison – celle-ci n’est réellement effective que dans les nouveaux établissements, car cela « nécessite un budget conséquent ».

Dans un bilan de 2008 sur les suicides, l’administration pénitentiaire indique que plus de 70 % des personnes qui se sont suicidées avaient été repérées comme suicidaires.
Autre sujet de polémique, les détenus censés être en hôpital psychiatrique et qui sont placés en prison. Déjà, en octobre dernier la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait épinglé la France pour « ne pas avoir protégé le droit a la vie » suite au suicide d’un détenu psychotique qui s’était pendu dans sa cellule en 2000. Ce nouveau drame n’est pas sans rappeller celui du jeune homme tué par son co-détenu atteint de problèmes psychotiques.

« On veut montrer que c’est vraiment la merde et que tu deviens fou »

Les prisonniers dénoncent aussi leurs conditions de vie difficiles. Sur le site du monde.fr, on peut voir des scènes de vie quotidienne filmées clandestinement par des détenus de la prison de Fleury Mérogis.
Deux heures et demi d’images ont étés tournées. Trois minutes peuvent être visionnées. Trois minutes qui révèlent la vétusté de la prison.

JPEGFocus sur la cour de promenade, jonchée de détritus, le ton est donné. Trois fois par semaine, les détenus ont droit de prendre une douche dans des lieux à la limite de l’insalubrité, murs moisis, bidon suspendu au plafond en guise de pommeau de douche. Dans leurs cellules, les prisonniers cuisinent sur un réchaud de fortune : quatre canettes et une serpillière imbibée d’huile alimentaire. On est loin des reportages qu’on peut voir à la télévision.
Les images brutes ont été confiées par leurs auteurs à deux réalisateurs, Karim Bellazar et Omar Dawson, qui dirigent la société de production i-screen, dans le but d’en faire un documentaire et de le proposer à des diffuseurs. Ils veulent le projeter à des élèves de ZEP dans le cadre de la prévention de la délinquance. S’adressant à la jeunesse des quartiers difficiles, un détenu déclare : « beaucoup pensent qu’aller en prison ce n’est pas grave et qu’ils en sortiront plus forts. nous, on veut leur montrer que c’est vraiment la merde et que tu deviens fous, là-bas ». Un autre ajoute que « quand on est en détention, on voit plein de reportages télé sur les prisons. mais ils ne montrent jamais ce qui se passe vraiment parce que l’administration organise les visites et ne montre que les bâtiments en bon état. on s’est dit qu’il fallait montrer l’autre côté de la détention ».

Un côté souvent inconnu du grand public. Les détenus qui ont voulu le mettre en lumière ont risqué une condamnation supplémentaire.
Les conditions de vie en prison restent un des gros dossiers du gouvernement Sarkozy.

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2 réactions

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  • Malaise dans les prisons françaises

    6 mars 2009 23:05, par audrey k.

    repondre message

    Et pendant que le Sénat examine le projet de loi pénitentiaire, il est intéressant de lire au quotidien le dossier consacré par l’oip à cette actualité.

    http://detentions.wordpress.com/2009/03/03/le-senat-examine-le-projet-de-loi-penitentiaire-loip-ouvre-un-espace-de-reflexion/

    Bonne continuation.
    A.K.

    Voir en ligne : détentions et rétentions carcérales

  • Malaise dans les prisons françaises

    6 mars 2009 19:42, par Jouannot

    repondre message

    Bravo pour cette manière d’informer le grand public en lui permettant d’éclairer son propre jugement.
    Au-delà des conditions de détention exécrables dans les maisons d’arrêt qui sont vécues par une grande majorité de personnes détenues (condamnées ou non), se pose le problème du sens de la peine ainsi affligée et de l’utilité de la prison.
    Vu la surpopulation carcérale galopante depuis deux ans, il est matériellement impossible au service public pénitentiaire d’assurer de manière permanente et efficace sa mission de préparation à la sortie et de la réinsertion. Cette situation est, contrairement aux discours officiels sur la sécurité, éminemment dangereuse : elle augmente les risques de récidive puisque les personnes qui "sortent" des maisons d’arrêt n’ont pas toutes pu bénéficier de cette préparation.
    J’en sais quelque chose : je suis visiteur de prison depuis 4 ans.
    Cordialement.

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