Manuel Herrero : " Que tu sois un lutteur mongol ou Zidane, la sueur a le même goût partout "

Rencontre avec Manuel Herrero, réalisateur du film documentaire "Play" diffusé sur Canal +, dont la sortie en DVD est prévue ce mercredi 4 juillet.

mardi 03/07/2012 - mis à jour le 03/07/2012 à 23h24

Aux quatre coins de la planète, les hommes jouent. Ils se confrontent pour exulter leur force, créer du spectacle, et montrer leur domination sur la nature ou leurs semblables. Célèbres ou anonymes, les athlètes sont unanimes : le sport suscite en eux des pulsions presque animales. Play part à la rencontre de ces joueurs qui défendent, représentent leur culture et font vibrer tout un pan de la société. A travers ce documentaire, Manuel Herrero brosse un portrait du sport à travers la complexité de ses moyens d’expressions et la diversité des acteurs qui le pratiquent. Du football au Kabbadi (jeu indien où l’on doit toucher son adversaire en retenant son souffle) l’éventail des disciplines représentées est aussi large qu’édifiant.

Play aborde le thème du sport à travers les valeurs humaines et collectives qu’il véhicule. Quelles sont-elles selon vous  ?

Le sport est un incroyable vecteur de lien entre les gens qu’on retrouve dans toutes les cultures et dans toutes les classes sociales. C’est un terrain sur lequel peuvent s’exprimer des pulsions assez sombres comme la domination, l’agressivité ou la transformation du corps. Je ne voulais pas faire une ode à des valeurs souvent fantasmées. Le sport y est plutôt abordé comme une activité qui satisfait des besoins presque primitifs : s’affronter, s’unir et défendre une appartenance. Ce qui m’intéresse c’est de comprendre quelle corde sensible le sport chatouille en nous pour être à ce point universel.

Play est un documentaire qui prend le temps de filmer les athlètes et leurs disciplines. Quelle est l’intention de cette démarche ?

Aujourd’hui les programmes sportifs sont omniprésents dans le paysage audiovisuel. Les médias ont créé une accoutumance chez le téléspectateur en se servant de l’émulation que provoque le sport. C’est devenu un domaine codifié dans lequel les propos des athlètes sont limités. Ce film est là pour revaloriser la parole et le ressenti de ces joueurs à travers une approche plus personnelle. Je voulais montrer quelles sensations physiques ou intellectuelles le sport procure. Nous avons juxtaposé les témoignages de champions avec ceux d’athlètes inconnus pour démontrer que ces émotions sont les mêmes. Que tu sois un lutteur mongol ou Zidane, la sueur a le même goût partout.

A qui s’adresse ce documentaire ?

Play est destiné à un vaste public. Ce film est un voyage à la découverte des corps et des cultures. Par le prisme du sport, Play permet d’avoir un regard plus large sur l’être humain. Ce n’est pas pour autant une œuvre doctorale. Je voulais réaliser une création simple, axée sur la force des images et de la musique [1]. Je pense que le sport est un objet visuel impressionnant dont nous nous sommes servis pour livrer un film opéra aux aspects bruts et décalés.

Vous participez à l’émission « Les Nouveaux explorateurs » pour laquelle vous parcourez le globe en quête de sports méconnus issus de coutumes locales. Quel est le lien entre ces voyages et cette réalisation ?

Le sport est un creuset sur lequel peut se greffer de nombreux thèmes. Mes explorations étaient un tour de chauffe, un repérage et un prétexte pour découvrir et me familiariser avec d’autres cultures. Elles m’ont confirmé que ce domaine pouvait être exploité plus en profondeur. Si nous avions les moyens de filmer ces disciplines traditionnelles comme un match de foot, ce serait tout aussi spectaculaire. C’est ce que nous avons tenté de faire avec nos caméras. Je les ai mis en écho avec des sports connus pour que tous ces athlètes nous racontent une histoire commune.

Avez-vous de nouveaux projets en tête ?

ll existe des activités humaines universelles qui transcendent les cultures, les sexes et les classes sociales sans être des fonctions vitales ou essentielles. Comme le sport, je pense que la musique en fait partie. A partir des codes narratifs et du potentiel visuel de ce film, j’aimerais continuer à travailler sur cette fibre là. Je voudrais transposer ce parti pris artistique au thème de la musique en mettant en perspective un grand jazzman avec un homme qui fait des cérémonies religieuses au fin fond de la Papouasie. Et me demander à quelles pulsions cela répond : la liturgie, la révolte, la transe, l’ordre etc... .

Notes

[1La bande originale est signée Laurent Garnier

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