Mitterrand ou le verrou sauté de la tragédie algérienne

mardi 09/11/2010 - mis à jour le 11/11/2010 à 17h52

Jeudi 4 novembre sur France 2 était diffusé un documentaire exceptionnel : « Mitterrand et la Guerre d’Algérie ». Signé de l’historien Benjamin Stora et du journaliste François Malye, il retrace le rôle souvent ignoré et complexe que joua le futur Président de la République, en appliquant une sévère politique de répression en Algérie.

À ce jour, l’histoire de la Guerre d’Algérie reste encore mal connue par beaucoup de Français. Ces événements sont pourtant récents, on célèbre cette année le cinquantenaire des indépendances africaines. L’Algérie, en 1962, devient indépendante au prix d’une guerre sanglante de huit ans qui aura causé la mort de la IVe République.
François Mitterrand, devenu Président de la République en 1981 reste une figure marquante, avec celle de Guy Mollet ou de Robert Lacoste, dans la conduite de cette guerre. Il était, en 1956, le numéro 2 du gouvernement, ce que l’on avait largement oublié. C’est effectivement, encore un “verrou” qui saute pour comprendre cette période.

Fort d’images d’archives inédites et de témoignages, le documentaire, adapté du livre éponyme des mêmes auteurs, replace les événements dans le climat d’extrême violence de l’époque. Il suit pas à pas François Mitterrand pendant les trois premières années de la Guerre d’Algérie, de 1955 à 1957. À cette époque, il est alors Ministre de l’Intérieur puis Ministre de la Justice mais il est aussi l’un des plus zélés défenseurs de l’Algérie française.
Au travers de ce documentaire, les auteurs tentent de comprendre les raisons qui ont poussé Mitterrand à cautionner cette politique de répression du gouvernement Guy Mollet quand d’autres ministres comme Pierre Mendès France ont démissionné. Ils s’interrogent sur celui qui, 25 ans avant sa présidence, a refusé la grâce dans plus de 80% des cas aux militants du FLN (Front de Libération nationale) condamnés à mort. Sous son mandat, 45 militants algériens sont guillotinés. En 1981, alors qu’il sera Président de la République, il se fera chantre de la décolonisation et de l’émancipation des peuples et abolira même la peine de mort.

« Un choix politique »

De fait, comment expliquer ce paradoxe ? À cette question, l’avocate Gisèle Halimi répond que François Mitterrand « s’est déterminé en fonction de choix politiques ». Pour le journaliste Franz-Olivier Giesbert, l’un de ses biographes, il s’agit d’un « calcul politique » de la part d’un homme politique de premier plan. Mais, malgré ses attentes, Mitterrand ne sera jamais nommé président du Conseil.
En fait, selon les auteurs, « la gauche traditionnelle française restait attachée au principe de l’Algérie française. Elle ne voulait pas connaître le nationalisme algérien, elle ne voyait pas la question coloniale. » Mitterrand savait que la guerre d’indépendance de l’Algérie était une « sale guerre ». «  Il y avait chez lui la croyance d’une guerre-éclair. Donc il fallait écraser par la force. » La suite des événements a montré que cette répression a finalement renforcé le sentiment nationaliste au sein de la population algérienne.
Ce documentaire intéressant conclut un cycle de la Guerre d’Algérie qui nous permet d’en découvrir divers aspects. Pour permettre une large diffusion, France 2 propose à ses internautes de voir ce reportage en intégralité. A visionner pour ceux qui connaissent trop peu l’histoire de la Guerre d’Algérie.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

1 réaction

Réagissez

  • Mitterrand ou le verrou sauté de la tragédie algérienne

    13 novembre 2010 14:51, par I.Gauquelin

    repondre message

    Bon article, mais Mitterrand est un personnage plus insaisissable encore : en effet, il n’a pas attendu 1981 pour défendre l’émancipation des peuples. Il l’avait déjà fait en tant que ministre de l’Outre-mer entre juillet 1950 et août 1951, en réalisant l’ébauche d’une politique d’autonomisation des colonies africaines inspirée de l’expérience britannique en Inde. Malheureusement, elle n’a pas survécu à la IVè République : dans le jeu des négociations parlemantaires, le MRP a exigé que ce "bradeur d’empire" quitte son poste !

    Gisbert en préface de son livre, "Mitterrand, une vie" : "Pour moi, vous êtes Machiavel, Don Corleone, Casanova et le Petit Prince".

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter