Montebourg investit l’aile gauche du PS

jeudi 03/02/2011

En déplacement lundi 24 et mardi 25 janvier dans l’Hérault, le député de Saône-et-Loire candidat déclaré aux primaires du PS en vue de la présidentielle 2012, est venu chercher le soutien des militants et des élus locaux. Sur invitation du département de Science Politique, il a présenté son nouveau livre à l’Université Montpellier I.

Dans l’amphi Jean Moulin de l’Université de Droit et de Science Politique, Arnaud Montebourg a présenté son livre-programme intitulé Des idées et des rêves. Des étudiants mais également beaucoup de médias sont venus lors de la rencontre, organisée sous la forme d’une présentation du livre, d’un échange avec le public et d’une séance de dédicace. Les questions ont été nombreuses, mais l’échange quelque peu formel, les questions ayant été posées par vague de huit.

Fidèle à son éloquence légendaire, il n’a pas su résister à quelques envolées emphatiques notamment à propos de son action à la présidence du conseil général de Saône-et-Loire : « Selon une stratégie digne de Pierre Mendès France, nous nous sommes inspirés de la façon dont il a réglé le problème indochinois pour régler le problème Saône-et-Loirien. »

Une mise sous tutelle des banques et un nouveau système économique basé sur les coopératives

Sur le terrain des idées, Arnaud Montebourg a présenté un programme très à gauche comme il n’en avait plus été proposé depuis bien longtemps au PS. Des propositions ambitieuses, telles que la possibilité de mise sous tutelle des banques ou le basculement de l’économie vers un système de capitalisme coopératif. Un système inspiré, selon ses propres mots,« des coopératives de production, qui provient du socialisme utopique du XIXe siècle mais qui a été concrétisé dans de nombreux secteurs. »

Pour assurer ce basculement, il propose la « naissance d’un fonds souverain coopératif qui sera chargé de racheter, avec et pour le compte des salariés, les entreprises menacées par les délocalisations et les plans sociaux en vue de préserver l’emploi. » Des propositions avec lesquelles il entend bien convaincre les militants, et derrière lesquelles les “éléphants” du parti devront se ranger. Et c’est bien cela qui peut laisser penser que le programme du candidat Arnaud Montebourg n’est en définitive que « des idées et des rêves ».

Un positionnement politique trop à gauche pour certains

Car s’il est possible d’émettre des réserves quant à ses possibilités de victoire, dans le cadre des primaires puis de la présidentielle, il est en revanche certain que ses positions ne font pas l’unanimité sur le banc des ténors du PS. Comme le montre l’Express.fr, François Hollande rejette les propositions trop à gauche en affirmant que « l’on n’est pas élu sur la radicalité. » Quant à Manuel Valls et a fortiori Dominique Strauss-Kahn, présenté par les médias et les sondages comme le grand favori à la fois pour les primaires et la présidentielle, on peut douter qu’ils soutiennent un programme qui entend lutter de façon radicale contre les dérives du capitalisme.

Mais Arnaud Montebourg se présente confiant, persuadé que ses idées ont de bonnes chances de triompher auprès des militants. Soit, mais le cas échéant, il restera encore à convaincre les autres candidats du PS de se rallier à son programme, tel que le prévoit la “charte éthique” des primaires réalisée sur son initiative. Dans ce processus “à l’américaine”, qui prévoit l’unité autour du vainqueur au sortir des primaires, tous les ténors socialistes devraient donc, si les primaires sourient à Arnaud Montebourg, défendre par exemple la mise sous tutelle des banques. Rien n’est moins sûr.

« La protestation n’a jamais fait un programme »

En effet, ce que n’a pas manqué de rappeler l’un des participants au débat, c’est que le programme présenté par Arnaud Montebourg se rapproche largement de celui du Parti de Gauche. Celui-ci s’en défend : « Je ne le crois pas, la protestation n’a jamais fait un programme. La stratégie de proposition, elle, est beaucoup plus difficile. Autant le PS n’a pas tout à fait effectué sa mutation, autant Mélenchon reste sur une attitude tout à fait protestataire. J’ai une position de compromis politique et social et non pas de revanche. »

Transformation des institutions, répartition des richesses, contrôle du système financier, changement de modèle économique, mutation écologique... La liste des thèmes communs est longue. Certes, les différences existent sur le plan des propositions et le ton de Jean-Luc Mélenchon est résolument plus agressif. Il n’en reste pas moins que les idées que défend Arnaud Montebourg semblent plus proches du Parti de Gauche que de la ligne majoritaire du PS.

Devrait-il quitter le PS pour être crédible ?

Au contraire, Arnaud Montebourg a défendu son appartenance au Parti Socialiste, avec lequel il n’estime pas être en opposition. Même si pour lui, les propositions sont trop superficielles : « Le Parti Socialiste fait des propositions positives, c’est un projet essentiellement social. Mais les questions économiques ne sont pas traitées. On ne peut pas passer son temps à faire des projets sociaux en dressant la liste des dépenses sans créer à côté la colonne des projets pour créer la richesse. »

Il ne s’agit pourtant pas d’un détail. Car si tout le monde, à gauche comme à droite, prétend défendre la justice sociale et vouloir protéger les citoyens contre les dérives de la mondialisation économique, c’est justement sur la question des mesures contraignantes que se font les divergences politiques. En cas d’échec aux primaires, Arnaud Montebourg devra se poser la question de rester ou non dans un parti qui l’obligera sûrement à mettre de côté ses convictions. À moins que sa position ne soit simplement de l’opportunisme politique.

Reportage vidéo : Damien Fournier, Martin Gauchery & Naouel Jendari


Arnaud Montebourg à Montpellier
envoyé par masterjournalisme08. - L’actualité du moment en vidéo.

Photo : Arnaud Montebourg posant à la fédération du Parti Socialiste de l’Hérault

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1 réaction

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  • Montebourg investit l’aile gauche du PS

    3 février 2011 23:30, par La Pravda

    repondre message

    Protip à Arnaud Montebourg :

    - Jaurès ayant été récupéré par Nicolas I, il faut maintenant poser devant Lénine pour être de gauche. Ou Trotsky.

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