Enquête

Montpellier et internet : histoire d’un vide numérique

vendredi 18/02/2011 - mis à jour le 18/02/2011 à 19h16

Malgré le dynamisme reconnu de la ville, sa présence sur la toile se fait hésitante. Entre le manque d’exploitation de la technique, pourtant accessible, et le peu de pluralité dans le contenu, Montpellier a encore des progrès à faire.

257 000 habitants intra-muros. 43% de la population a moins de 30 ans. Entre 1999 et 2009, la ville a connu une hausse de 2 800 personnes en moyenne chaque année, ce qui place Montpellier au huitième rang français. Avec 55 000 étudiants, la ville prend la deuxième place nationale en proportion.

Malgré cette croissance démographique dynamique et l’organisation de nombreux événements (CineMed, les Internationales de la guitare, l’Agora des Savoirs, Montpellier Danse...), la ville pèche sur le développement numérique. Selon Jean-Marie Bourgogne, chargé de mission pour Montpellier Territoire Numérique rattaché à la mairie, « la ville reste encore timide et assez classique sur la toile. Pourtant il y a un vrai potentiel. »

« La ville n’est pas réellement dans la course »

C’est d’abord d’un potentiel technique dont Jean-Marie Bourgogne veut parler. De fait, le web offre de multiples possibilités : au contenu écrit peuvent s’ajouter du son et de la vidéo qui favorisent la lisibilité de l’information. Quelques web TV et web radios ont commencé à émerger à l’instar de Kaïna TV, issue d’une association du quartier de la Paillade ou encore Terra One, une radio qui traite d’écologie.

Les efforts sont restés pourtant maigres. Les sites institutionnels ont bien lancé leurs propres web TV, mais malgré cette initiative leur contenu se restreint à la promotion des actions officielles et elles ne sont pas mises en avant. De même l’interactivité, tant prêchée par les publicitaires, n’a pas été adoptée par les grands sites montpelliérains. Il faudra encore attendre avant que l’internaute ne puisse trouver des fonctions à la fois ludiques et pratiques sur ses plateformes numériques.

Les évolutions permanentes d’internet s’orientent aujourd’hui vers un esthétisme considérable des interfaces proposées. « En terme d’attractivité, la ville n’est pas encore réellement dans la course, constate Carlos Fructuoso, créateur du site d’e-commerce Tousenville.com. La demande va être de plus en plus exigeante. » C’est là que le bât blesse, car les sites principaux traitant de la ville conservent des apparences tout à fait traditionnelles. Une police de caractères classique, des couleurs timides et une mise en page minimaliste sont l’apparat des sites institutionnels. Les sites d’informations tels que Midilibre.com, quant à eux, ne sont qu’en partie une reprise de leur édition papier.

L’exemple même de ce manque d’efforts techniques est criant sur le site internet de la Gazette de Montpellier, actuellement en travaux. Il ne fait que mettre en ligne les articles du journal papier, dans un paysage numérique plus que simpliste. Même Montpellier-journal, qui se vante de proposer un site différent de tous les autres, peine à s’adapter aux nouvelles exigences techniques. Son fondateur, Jacques-Olivier Teyssier, explique que ce journal en ligne est « artisanal ». « J’ai lancé le site internet sans “business plan” à la base, mais il s’est développé petit à petit, en marchant. »

Peu d’initiatives citoyennes

Mais le potentiel du web ne réside pas seulement dans la technique. Internet est considéré par certains comme un moyen d’expression individuelle. L’émergence des blogs dans les années 2000 et la célébration de la libre parole ont élevé la toile au rang de vecteur de la démocratie directe. Il s’avère que les sites de la Mairie de Montpellier, de l’Agglomération et de Midi Libre, autant de piliers représentatifs de la ville, sont dominants sur la toile. Mais laissent peu de place à l’initiative citoyenne.

Les institutions se cantonnent à la simple communication de leurs actions et donnent rarement aux internautes l’occasion de s’exprimer. Midi Libre offre à ses lecteurs l’opportunité de donner leur opinion dans des blogs hébergés sur son site, mais ne fait pas grande publicité des billets mis en ligne, comme le font certains sites d’informations tels que Le Monde ou Rue 89. Montpellier-journal tente de proposer une information alternative qui pallierait au manque latent d’expression pluraliste. Mais ce cas à part semble ne pas faire loi, malgré les efforts. Le site est financé au compte-gouttes par un système de dons, et rencontre maintes difficultés à exister.

Quant aux blogs et aux réseaux sociaux, leur quasi-absence n’aide pas à la vie de la cité. Peu alimentés ou carrément à l’abandon, les blogs ne contribuent en rien à l’activité de Montpellier sur la toile. Selon François Gombert, ancien blogueur de Montpell’Oueb, « la ville n’a pas une vraie culture du web. » Les réseaux sociaux subissent le même sort. Sur Facebook, les deux principaux groupes concernant la ville rassemblent certes beaucoup de monde, mais ne sont pour l’un pas nourri en nouvelles fraîches, et pour l’autre qu’une simple vitrine de la mairie. Ce dernier est en effet géré par les webmasters du site internet de la ville.

Le sport et Rémi Gaillard, vitrines de la ville

Les réseaux sociaux sont pourtant un excellent moyen de promotion au-delà des frontières montpelliéraines. C’est donc un manque à gagner important, d’autant plus que la position géographique de la ville en fait un lieu touristique majeur de la région. Selon Carlos Fructuoso, « la plateforme de l’Office du Tourisme semble aujourd’hui la plus aboutie. » Mais un site ne peut à lui seul contribuer au rayonnement de Montpellier. En outre, la popularité de la ville pourrait presque se réduire à deux sujets : le sport, grâce à ses nombreux clubs et à la présence du football et du handball en Ligue 1, ainsi que les prouesses du trublion Rémi Gaillard, rapportées par son site internet Nimportequi.com. En somme, pour Jean-Marie Bourgogne, « il faudrait songer à un portail qui puisse réunir tout ce qui est dédié à cette ville. »

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3 réactions

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  • Montpellier et internet : histoire d’un vide numérique

    23 février 2011 23:18, par Montpellito

    repondre message

    Salut à toute l’équipe de Haut-Courant,

    Tout d’abord bravo pour votre blog que je trouve très intéressant.

    En ce qui concerne le manque de place laissé à l’initiative citoyenne, Tout-Montpellier veut justement y pallier. C’est un lieu d’échange ou chaque Montpelliérains (ou autre) peut partager un avis comme sur beaucoup d’autres sites mais aussi des actualités, des bons plans, des événements dans la ville, des recettes... En plus chaque action sur le site lui rapporte des points qu’il peut transformer en cadeaux chez les commercants de la ville (Café Joseph, Excalibur, Pinto, Bowling, laser Game...) . Le but est justement de recréer du lien dans la vie de tous les jours à partir d’internet.

    Il y a notament une large section laissée aux associations qui peuvent bien sur se présenter avec textes, images et vidéos mais aussi un espace ou elle peuvent indiquer leurs actualités, répondre aux questions des internautes...

    Il reste bien sur beaucoup de choses à ajouter et à améliorer (une version mobile devrait bientôt arriver) mais Tout-Montpellier va vraiment dans ce sens

    Cordialement

    Montpellito mascotte officielle de www.toutmontpellier.fr

  • Montpellier et internet : histoire d’un vide numérique

    20 février 2011 22:09, par flenoir

    repondre message

    Intéressant cet article, je m’étonne simplement que Haina TV soit mentionné alors que TVSUD ( ex 7LTv Montpellier ) ne soit pas mentionné

    Les programmes que nous avons développé depuis plus de 3 ans ont eu vocation a parler autant de la vie de la cité, de la politique, du social des assos, etc...

    Notre présence internet n’est pas la plus forte mais à le mérite de se positionner de façon plus accessible que France 3 par exemple

    cordialement

    • Montpellier et internet : histoire d’un vide numérique 21 février 2011 10:28, par La rédaction Haut Courant

      repondre message

      L’évocation de Kaïna TV dans notre article a été un choix délibéré de mettre en avant une association qui a vocation à se faire média participatif sur internet. Nous n’avons pas évoqué TVSud car notre enquête était consacrée essentiellement au web et ses acteurs. Nous ne remettons bien sûr pas en cause les aspirations de TV Sud.
      Bien cordialement,
      La rédaction

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