Reportage

New York - Toulouse en 42h, c’est possible ?

mardi 28/12/2010

New York, Moscou bloquées par la neige, des centaines de vols annulés... Une impression de déjà-vu. La semaine dernière, la météo, déjà capricieuse n’épargnait pas les aéroports européens. Les avions cloués au sol par un brouillard givrant et une importante couche de neige condamnaient des milliers de passagers à passer Noël dans les terminaux des compagnies aériennes. Voici une histoire, parmi tant d’autres, d’un retour en France plus compliqué que prévu.

New York, 23 décembre, aéroport JFK

Italien, Français, Belges et Anglais étaient tous venus admirer la grosse pomme dans son costume de Noël. Aéroport JFK {JPEG}Des souvenirs plein la tête, des images plein l’appareil photo et des cadeaux plein les valises. Voilà que la petite foule s’apprête à rentrer chez elle, partager son étonnant séjour et passer les fêtes de fin d’année en famille.

23h40, heure locale. Le vol AA116 à destination de Londres-Heathrow a du retard. Paisiblement, les voyageurs patientent, somnolant ou grignotant quelques friandises. Personne ne se doute encore que ce retard de quelques minutes va engendrer une longue galère.

Londres, 24 décembre, aéroport Heathrow

Atterrissage du Boeing 777 à 12h50, heure locale. La correspondance pour Toulouse est dans moins d’une heure. Une course effrénée commence dans les longs corridors du terminal 3. Vingt minutes avant le décollage, un employé du géant American Airlines coupe l’élan des passagers, prêts à attraper leur vol. « C’est trop tard pour prendre votre avion. Rejoignez la file, une hôtesse va vous replacer. La compagnie est responsable du retard, vous n’avez pas à vous inquiéter. »

Difficile d’être de retour à la maison ce soir... Certains résignés s’effondrent sur les quelques chaises métalliques éparpillées dans la salle, face à l’anéantissement de leurs projets. D’autres plus optimistes veulent encore y croire et s’insèrent, confiants, dans la file d’attente.

« Au suivant ! Vous venez d’où ? Vous êtes combien ? Vous avez manqué votre vol ? Votre destination ? » New-York. Quatre. Oui. Toulouse. En quelques minutes un responsable d’American Airlines a un dossier complet devant lui. Dans un français approximatif, il tente d’expliquer la situation difficile dans laquelle se trouve ses clients. « C’est terrible. Il n’y a plus rien. Je ne peux rien vous avoir avant deux ou trois jours. »

Sueurs froides, crise de panique. Plus de vol pour Toulouse ? Et Paris ? Lyon ? Marseille ? Barcelone ? Et l’Euro-star ? « Londres, c’est le chaos. Depuis une semaine, avec la neige, les vols ont pris du retard, tous les avions sont pleins. L’Euro-star est fermé, le train est fermé, rien ne fonctionne ! » Vingt minutes plus tard après une recherche approfondie, il revient des billets en main pour Paris et Toulouse, le 25 décembre. Mélange de déception et de soulagement. Difficile d’envisager un réveillon de Noël dans un hôtel de l’aéroport, payé par la compagnie américaine. Le calvaire s’annonce cependant de courte durée.

17h05. Dans la navette en route pour l’hôtel, deux amis belges de retour de New-York partagent leurs péripéties. Yanis s’exaspère. Leur vol pour Bruxelles a été dévié au-dessus de la capitale belge : 40 cm de neige au sol, les ont empêchés d’atterrir. L’aéroport de Londres a autorisé l’avion à se poser en urgence. « Ils ne sont pas malins en Belgique, ils attendent que la neige tombe pour dire : “Tout est bloqué on peut rien faire” au lieu de s’en occuper avant ! » Résignés mais souriants, les deux amis vont passer Noël loin de leur femme « en tête à tête ! »

21h00. Après un repas de Noël où “Christmas pudding” et bœuf bouilli ont remplacé le traditionnel foie gras et la bûche aux marrons. Les voyageurs en transit, exténués, rejoignent leur chambre pour une courte nuit de sommeil.

5h00 du matin. Déjà une foule d’Italiens monopolise les bornes de retrait de tickets d’embarquement. Paniquée, une femme d’une cinquantaine d’années éclate en sanglots devant un employé de l’aéroport. « Ça fait une semaine que je suis bloquée à Londres ! C’est la quatrième fois que je reviens pour prendre un avion ! Donnez-moi n’importe quoi, je veux juste rentrer chez moi. » L’agent, embarrassé, accélère la cadence promettant que personne ne ratera son vol. Cartes d’embarquement en main, direction la porte 21. Le décollage est prévu pour 6h40.

Paris, 25 décembre, aéroport Charles-de-Gaulle

Des musiques de Noël résonnent dans le terminal F2 tentant de faire oublier aux voyageurs leur triste réveillon. L’avion à destination de Toulouse est prévu pour 18h45. Bagages en mains, les passagers défilent devant le panneau des départs pour vérifier une dernière fois que leur vol n’est pas annulé. Dehors la neige fond sous le soleil parisien. Tout semble rentrer calmement dans l’ordre. CDG : un retour à la normale ? {JPEG}

Une impression vite oubliée. L’airbus A320 qui affichait complet compte en réalité de nombreuses places libres. Preuve que de nombreux voyageurs en correspondance n’ont pas embarqué dans les temps. Un dégivrage obligatoire cloue l’avion au sol une vingtaine de minutes, provoquant un nouveau retard. À 19h20, le pilote annonce le départ de l’appareil.

Toulouse, 25 décembre, aéroport de Blagnac

Ouf ! le périple touche à sa fin. Depuis le décollage de New-York, 41h47 se sont écoulées. Il ne reste plus que les bagages à récupérer, mais la mission s’avère plus compliquée que prévue. Une vingtaine de valises tourne en boucle sur le tapis roulant, mais personne ne reconnaît la sienne. Direction la salle voisine où plusieurs centaines de bagages reçues par les vols précédents attendent l’arrivée de leurs propriétaires. Là non plus, aucune trace des quatre valises noires enregistrées à New-York.

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Les hôtesses toulousaines d’Air France, responsables du “service bagagerie”, sont assaillies par les voyageurs éreintés. « Plus de 6 000 bagages sont quelques part égarés, en attente d’être récupérés. Nous travaillons depuis 16h, les demandes n’arrêtent pas. » Londres ? Paris ? Impossible de savoir où les sacs se sont égarés.

21h40. C’est les mains vides que la plupart des passagers du vol AF 7788 quittent l’aéroport, fatigués par cette longue aventure. Mais en croisant les nouveaux voyageurs, qui se pressent pour trouver leur porte d’embarquement. En imaginant la galère qui les attend, un sourire en coin se dessine sur de nombreux visages.

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