Noël dans la rue

mardi 14/12/2010

Repas, sapin, cadeaux, crèche… Chaque année, c’est le même rituel. À l’approche de Noël, les familles s’organisent pour rendre l’événement convivial. Certains pourtant sont laissés en marge de cette fête tant attendue. Noël a-t-il encore un sens lorsqu’on n’a ni toit, ni famille, ni argent ? Rencontre avec des sans domicile fixe dans les rues montpelliéraines.

Ali, Xavier et Jean-Jacques se retrouvent chaque jour devant la Maison de la prévention santé. Ali, le meneur de la bande, est le plus lucide. Debout, il passe ses journées à aborder les piétons, à la recherche d’une pièce. Xavier n’a déjà plus les idées très claires mais ne se lasse pas d’imiter François Mitterrand ou Fernandel. Jean-Jacques, alias Géronimo, est allongé, embué par l’alcool. Tous trois ont échoué dans la rue suite aux aléas de la vie. Toujours les mêmes causes qui reviennent : divorce, chômage, difficultés financières, voire prison. Pourtant, Ali ne perd jamais sa joie de vivre. « Si tu commences à te laisser aller, t’es foutu », confie-t-il.

A l’approche des fêtes, les trois compères sont enthousiastes. « Noël restera toujours Noël ! C’est le jour des enfants ! », s’exclame Ali avant de renchérir : « Mon deuxième prénom est Noël. Il paraît que c’était le nom de mon grand-père maternel. Je suis obligé d’aimer cette fête ! »

Sur le trottoir d’en face, autre ambiance. Un homme en noir, seul, baisse la tête. Jean-Claude est dans la rue depuis toujours : « J’ai 59 ans et ça fait 59 ans que je vis comme ça. Je suis orphelin et je me suis toujours débrouillé seul. » Malgré son air renfermé, l’homme rejoint l’avis général : « Bien sûr que Noël compte encore. C’est une fête religieuse importante, surtout pour un catholique comme moi. »

En quête de générosité

Cet enthousiasme général cache pourtant un certain malaise. Fête ne rime pas toujours avec générosité. « Les gens ne donnent pas plus d’argent, explique Jean-Claude. Ils préfèrent acheter des cadeaux pour leurs proches. » Ce constat est partagé par Ali : « Aujourd’hui, on fait attention à ses dépenses. À Noël, la famille est plus importante. »

Xavier ne peut s’empêcher d’être amer. Même le jour de Noël, les passants ne les remarquent pas. « Nous devons toujours faire le premier pas. Personne ne nous souhaite un joyeux Noël », regrette-t-il. Du coup, avec ses deux complices, il a trouvé la parade. Le 24 décembre au soir, direction la messe de minuit. L’objectif : trouver des âmes charitables prêtes à donner « un peu plus que d’habitude ».

A défaut d’être présente parmi les passants, la générosité s’exprime entre SDF. Quand l’un d’eux n’est pas en état de rentrer dans son squat, les autres se chargent de lui apporter de quoi passer la nuit dehors. « Aujourd’hui par exemple, Géronimo n’est pas en très grande forme, déclare Xavier. On va aller lui chercher un duvet. C’est important de se soutenir, surtout avec le froid qui s’installe. »

Cette entraide a créé au fil du temps une véritable amitié. Une amitié qui primera sur la famille le jour de Noël. « Nous avons tous des enfants, raconte Ali. Mais on n’a pas beaucoup de nouvelles et encore moins pour les fêtes. » Voyant trois collégiens passer, il leur lance : « Qu’est-ce que ça représente pour vous Noël ? » Les jeunes, étonnés, répondent unanimement que ce jour se célèbre avec les proches. « Eh bien voilà ! Nous sommes des sans famille donc nous restons entre amis ! », clame Ali, fier de sa démonstration.

Le programme de Noël

Restos du Cœur, Croix-Rouge, Secours Catholique, Saint-Vincent de Paul… Plusieurs associations proposent un repas de fête spécifique pour les SDF. Par manque de bénévoles, Noël se célèbre souvent avant la date prévue.

Pierre Valla, responsable du Camion du Cœur, organise « un repas le 23 décembre entre 12h et 18h, à la salle des rencontres. C’est un vrai déjeuner, avec entrée, plat, dessert et en prime, il y a une animation ». Chaque année, cet événement rencontre un vif succès auprès des sans-abri, qui sont presque 200 à y participer. « Les gens sont vraiment contents. Cette nourriture les change et ils ont un endroit chaud où se réunir », poursuit Pierre Valla.

Pourtant, pas question pour certains de se rendre à ces repas. Jean-Claude préfère être seul : « Noël est une date importante mais ce n’est pas pour autant que je change mes habitudes. J’aime ma solitude. » Quant à Ali et ses deux amis, ils resteront dans la rue, comme toujours. « Heureusement que les associations existent, mais nous n’aimons pas trop en profiter », avoue Xavier.

Les “sans difficultés financières”, comme se surnomme Ali, se déplacent très souvent. Difficile donc de se rappeler où ils ont passé Noël dernier. Dans la rue, la notion du temps se perd. Malgré cette situation, Ali garde le sourire. Un sourire parfois amer mais qui ne l’empêche pas de conclure, avec sa bonne humeur habituelle : « Ali, Xavier et Géronimo souhaitent un joyeux Noël à tous les enfants de la Terre ! »

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