"Obama n’a pas changé, c’est le monde qui a perdu ses illusions"

jeudi 14/01/2010 - mis à jour le 14/01/2010 à 12h35

Mardi soir, au Baloard, le huitième café-démocrate [1] donnait la parole au politologue Marc Smyrl. Cet enseignant de Montpellier 1 s’exprimait davantage ce soir là en sa qualité d’Américain. Intervenant régulier à l’université de Denver, dans le Colorado, il a finement observé la première année du mandat de Barack Obama. Et analyse le parcours d’un candidat atypique devenu un président... plutôt ordinaire.

4 novembre 2008. Aujourd’hui, la date n’évoque plus grand chose. Et pourtant, ce jour-là, les États-Unis écrivaient probablement l’une des plus grandes pages de leur histoire. Ce pays, dont certains Etats pratiquaient encore la ségrégation au début des années 60, portait à sa tête Barack Obama, un candidat noir. Un homme au parcours presque romanesque, nourri par ses multiples origines, qui a su, par des talents d’orateur inégalés, parler à un peuple en crise. Et faire espérer au monde entier qu’après huit ans de bushisme, l’Amérique restait le pays de tous les possibles.

Ce qui est le plus incroyable pour Marc Smyrl, c’est que l’Obama candidat, auquel tous les superlatifs ont été accolés, se soit révélé être un « président ordinaire ». Ceux qui voyaient en lui un leader global se sont vite aperçus que l’homme pensait “America first”. Son discours d’Oslo, prononcé après qu’il ait reçu le Nobel de la Paix, est sans équivoque : « c’est une apologie de la guerre juste » explique M. Smyrl. Difficile de comprendre comment un président qui intensifie la guerre en Afghanistan, en renforçant le contingent avec trente mille hommes supplémentaires, peut être qualifié de héros pacifique à l’autre bout de la planète. Pour le politologue, ce prix est un véritable « cadeau empoisonné. Cela a été très mal perçu aux États-Unis. S’il le mérite, ce n’est que pour une chose : avoir changé l’image de son pays dans le monde. » En revanche, le discours du Caire, prononcé le 4 juin 2009, très bien reçu en Occident et qui inaugurait une relation apaisée avec le Moyen-Orient, n’a pas eu l’effet escompté : « Obama et son entourage ont cru que son passé et ses origines musulmanes lui seraient favorables en politique étrangère. Mais je ne suis pas sûr que cela ait été le cas » constate Marc Smyrl, citant l’Iran ou le Yémen.

La vraie désillusion pour les Européens a peut-être été le fiasco de Copenhague : « Là encore, on retrouve l’Obama président américain, l’homme politique réaliste » remarque le politologue. A l’inverse de son prédécesseur, Barack Obama reconnaît pleinement les effets du réchauffement climatique. Mais il n’est pas prêt à aller aussi loin que ses partenaires européens sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre : « ce qui lui importait avant tout, c’était de s’aligner sur les Chinois » affirme M. Smyrl. « Il faut aussi comprendre que l’écologie n’est pas un problème reconnu par tous les Américains. »

Guerre en Afghanistan, échec de Copenhague, incapacité à tirer toutes les leçons de la crise financière, entretien de rapports plus complexes que prévus avec les Européens... Autant de faits qui ont déçu nombre d’obamaniaques. Marc Smyrl se montre plus lucide : « Obama n’a pas changé son discours, c’est le monde qui a perdu ses illusions à propos de lui. D’ailleurs, l’idée de concentrer l’effort de guerre sur l’Afghanistan était déjà dans son programme. » Le politologue est aussi revenu sur le véritable succès d’Obama au terme de cette première année à la Maison-Blanche, l’aboutissement de sa réforme de la Santé : « son équipe a tiré toutes les leçons de l’échec de Clinton. Obama a agi vite, en construisant un projet qui concernera 31 des 36 millions d’Américains sans couverture sociale. Il s’est montré habile sur le plan stratégique, en imposant une vraie discipline parlementaire. » En somme, un succès intérieur pour davantage de désillusions internationales. Et le monde de s’apercevoir que le "Yes we can" n’était en fait destiné qu’aux seuls États-Unis...

Notes

[1Fondé et animé par Franck Michau, le café-démocrate est un temps de débat participatif qui a lieu tous les deux mois au Baloard.

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2 réactions

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    Très bonne analyse de la situation, un bilan plutôt positif pour sa politique intérieur. Car ne l’oublions pas Obama, est avant tout le président américain et non une sorte de leader internationale... De fait ses premières pensées vont à juste titre vers sont peuple. Ce peuple Américains, capable de tirer les leçons des erreurs du passé et élire un noir à la maison blanche. C’est la raison pour laquelle les autres peuples sont fascinés par ce pays. Ce qui est surréaliste ailleurs, est possible aux États-Unis...

  • repondre message

    Bon article monsieur Cuvillier , bon résumé de la situation
    Le plus grand succés d’Obama c’est d’avoir réussi le Rêve que tant d’autres hommes et femmes avaient fait .Et vous le rapellez justement il est avant tout le président des américains et le monde a tant espéré de lui parceque les autres ne sont pas tous trés glorieux , pourquoi lui jetter là pierre pourquoi lui donner le titre de prix nobel de la paix ?il n’avait rien fait en ce sens .
    Et un an c’est un peu juste pour changer le monde.Le reste du monde à mis un fardot bien lourd sur ses épaules.
    François.

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