PORTRAIT DU JOUR #4 - Merzak Allouache, observateur averti de la société algérienne

lundi 23/10/2017 - mis à jour le 10/11/2017 à 15h11

Le Cinemed consacre cette année une rétrospective au réalisateur Merzak Allouache, figure incontournable du cinéma algérien. Il a répondu à nos questions sur son parcours marqué par des allers-retours entre l’Algérie et la France.

Vingt-trois ou vingt-quatre, il n’est plus sûr du nombre de films qu’il a réalisé. Parmi les plus connus : Chouchou (2002) avec Gad Elmaleh et Alain Chabat, Bab El Web (2004) avec Samy Naceri et Julie Gayet, ainsi que Le Repenti pour lequel il a été primé à de nombreuses reprises. Quinze de ses réalisations sont à voir actuellement au Cinemed.

Merzak Allouache naît à Bab El Oued, une commune toute proche d’Alger, en 1944. Son père est fonctionnaire dans les tramways et sa mère couturière. Après le lycée, il commence par travailler à La Poste et lorsque l’Institut national du cinéma ouvre à Alger, il décide de tenter sa chance. C’est là qu’il découvre vraiment le cinéma « avant l’école, je regardais des films comme n’importe qui ». Après qu’il ait réalisé un premier court-métrage, l’institut ferme : il doit alors terminer ses études à l’IDHEC (aujourd’hui La Fémis*) à Paris. Il réussit, en 1976, à réaliser son premier long-métrage, Omar Gatlato, une comédie critique sur la vie un peu étriquée des jeunes algériens. Par la suite, Allouache se lance dans des documentaires et des émissions humoristiques pour la télévision algérienne.

Faire des films de manière indépendante voilà ce qui motive Merzak Allouache

Son premier film indépendant, Normal !, est celui dont il est le plus fier. Depuis, il réalise et produit tous ses films seul « j’ai des subventions qui me permettent de maîtriser la production, relate-t-il, je tourne à peu près ce que j’ai envie de tourner  ». Ses délais de tournage s’étalent sur une période très courte, parfois en moins de quinze jours : «  j’ai appris à tourner très vite et dans des conditions particulières, parce que les choses sont difficiles à monter donc je vais au plus urgent  ». Il fait l’économie de beaucoup d’artifices : pas de maquillage, peu de lumière, une manière de faire plus rapide et décontractée à la fois. En termes de genre, Allouache s’est essayé à tout : comédie, documentaire ou drame. Mais il préfère écrire des comédies : « si j’attaque un scénario de comédie, je me sens mieux parce que je rigole » plaisante-t-il. Le réalisateur de 73 ans puise son inspiration dans l’observation de la société algérienne « je travaille sur une société qui a vécu des violences extrêmes, et qui n’est toujours pas apaisée » explique-t-il.

«  Concernant l’Algérie, je suis pessimiste… mais en espérant devenir optimiste  »

Sa position par rapport à la nouvelle génération est celle d’un cinéaste ouvert au partage de son expérience « j’ai volontiers des discussions avec les jeunes cinéastes, quand ils le veulent », explique-t-il. Depuis 2013, dans une logique de transmission, il s’entoure de beaucoup de jeunes réalisateurs pour ses films. Aujourd’hui, il vit principalement en France et sa vision de l’Algérie est assez négative. «  Je suis pessimiste… mais en espérant devenir optimiste » sourit-il. Son dernier film, Enquête au paradis, est un documentaire sur l’histoire d’une jeune journaliste qui investigue sur le paradis proposé par la propagande salafiste. Réalisé en 2016, le film ne sortira en salle que début 2018. Le rendez-vous est pris.

*Fémis : École nationale supérieure des métiers de l’image et du son

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