Valéo, poil au parachute dans le dos

Satire à vue : le fait marquant de la semaine vu par la presse.

vendredi 27/03/2009

Attention les riches : l’alignement de la planète argent avec celle de la planète crise est à l’origine d’une très mauvaise conjoncture pour vous. Entre stock options et autres indemnités de départ à rendre jaloux Jean Marie Messier, l’étalage de vos privilèges pourrait attiser, non pas la convoitise, mais bien la haine du petit citoyen plan plan galérant bravement avec son Smic. L’ex PDG de Valéo, Thierry Morin, éjecté du navire le 20 mars avec un beau parachute doré de 3,2 millions d’euros constitue une beau spécimen du genre.

Indignation dans Ouest France : « Quelle gifle ont dû recevoir les salariés de l’équipementier automobile, particulièrement ceux qui seront du train de licenciements ». Vendredi 20 mars, la France apprenait la démission contrainte et forcée de Thierry Morin, PDG de Valéo. Et pas sans réticences puisque comme le précise 20minutes, « le parachute doré de 3,2 millions d’euros octroyé à l’ex-PDG de l’équipementier automobile en difficulté Valeo a déclenché hier une violente polémique ».

Mais pourquoi dégager Thierry Morin si l’ardoise à payer est aussi élevée ? Une des explications relayées le plus largement par les médias est celle d’une « divergence stratégique ». Un proche du dossier nuance la chose dans le Parisien : « Il a su préserver les fondamentaux de Valéo, dynamique de coûts et contrôle de gestion, et renforcer l’innovation et la qualité. Mais, sous sa présidence, l’entreprise a stagné en termes de parts de marché ». Une stagnation peut être, mais au bilan calamiteux : avant de partir, Morin aura lancé un licenciement de 5000 personnes dont 1600 en France.

Bakchich, quant à lui, apporte une autre vision du départ du grand manitou de Valéo : « Morin, après 20 ans de boîte, a été viré par son conseil, qui lui reproche « de vouloir être présent sur trop de marchés au lieu de se concentrer sur son cœur de métier ! » Traduction, plutôt que de seulement faire des bouts d’auto pour Peugeot ou Renault, tel un golden boy, Morin faisait aussi du fric, de la finance et non des ailes ou des pare-chocs ». Et de rappeler que « dans son micmac, Morin a perdu 207 millions en 2008 et 60% du prix de son action ». Forcément dans cette situation, n’importe qui chercherait le parachute pour ne pas s’écraser à même le sol.

Même le Medef ne s’y reconnait pas, c’est pour dire !

Un parachute doré de 3,2 millions d’euros après un tel échec, ça la fout mal. Et en temps de crise économique internationale, ça la fout vraiment mal. Et quand on apprend que la société Valéo a reçu 19 millions d’euros de l’État en aide publique au secteur automobile, là, ça la fout encore plus mal.

Alors forcement, les réactions du monde politique et économique ne se sont pas fait attendre. Libération rapporte cette envolée outrée de Nicolas Sarkozy selon laquelle il ne « doit plus y avoir de bonus, de parachutes dorés ou de stock-options dans une entreprise qui reçoit une aide de l’État ou qui met en œuvre un plan social d’ampleur ». Même son de cloche sur Europe 1 avec Luc Chatel, porte-parole du gouvernement : « L’État a accompagné cette société et je trouve choquant que, dans le contexte actuel, on mette en place ce type de rémunération ». C’est bien simple, même Laurence Parisot s’indigne dans l’Express, puisqu’elle y « demande à Thierry Morin de renoncer "immédiatement" à ses indemnités de départ ». Encore mieux, dans les Échos, la présidente du Medef assure que « Le Medef ne se reconnaît pas dans le comportement d’un dirigeant qui piétine ainsi l’intérêt général de son entreprise, qui méprise ses salariés, bafoue les patrons de PME ». On croit rêver !

Un véto étatique sans grande valeur

Du coté de la gauche, le parachute doré de Morin est l’occasion d’enfoncer le clou. Jean-Marc Ayrault, porte parole du PS à l’assemblée, développe dans Libération : « Nous ne pouvons plus accepter que Nicolas Sarkozy, les membres du gouvernement, les responsables de l’UMP essaient de nous faire croire qu’ils vont remettre les choses en ordre, notamment en ce qui concerne les rémunérations des dirigeants alors que rien n’est fait pour agir concrètement ».

Pas si sur. Car comme le rappelle les Échos, François Fillon a indiqué le 24 mars que l’État s’opposerait au versement d’un tel parachute. Une réaction spontanée, un peu vive, mais surtout irréalisable. En effet, le Nouvel Obs nuance en indiquant que « l’État n’a en réalité pas les moyens de s’assurer que son opposition à cette prime sera bel et bien suivie d’effets ». Et pour cause, puisque la participation de l’État au capital de l’entreprise ne représente que 8,33%, des parts, soit 10,55% des droits de vote. Autant dire que le veto étatique aura la même valeur que celui de Chirac contre la guerre en Irak. Peau de balle...

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