Entretien

Philippe Gildas, 50 ans de journalisme et d’humour

mercredi 14/04/2010 - mis à jour le 14/04/2010 à 00h05

« Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ? » Avec humour et maintes anecdotes, Philippe Gildas nous livre une belle autobiographie. Il est ce jour, 14 avril, l’invité de la librairie Sauramps Odyssée où il se livrera à une séance de dédicace dès 15h, suivie d’une rencontre à 17h. Ce grand bavard répond aux questions des journalistes de demain.

Pourquoi avoir écrit un livre autobiographique ?

Depuis une dizaine d’années, on me demandait régulièrement de faire le récit des cinquante ans de ma vie professionnelle. Cela ne m’intéressait pas de faire une démonstration de ce qu’est le travail à la radio ou à la télévision. Je pensais que cela n’avait aucun sens pour les non professionnels. Ce qui m’intéressait était de dire, concrètement, ce que j’avais vécu pendant ces cinquante années de métier.

C’est la raison pour laquelle je me suis laissé convaincre, accouché par Gilles Verlant. Il était un bon témoin dans la mesure où il connaît le métier et parce que j’ai travaillé avec lui une petite vingtaine d’années par épisodes. Il savait que j’avais plein d’anecdotes amusantes et surprenantes à raconter, intéressantes pour n’importe quel public.

Ensemble, nous avons signé un contrat pour vingt heures d’entretien. Finalement, nous avons fait quarante. Il est aussi bavard que moi, ce qui n’est pas peu dire. Il est aussi bavard que moi, ce qui n’est pas peu dire. Dans un premier temps, il a travaillé sur un script de ces quarante heures. Ensuite, il m’a passé le bébé. J’ai pris un certain plaisir à l’écrire.

D’où est venue l’idée de ce titre, drôle et original ?

De Gilles Verlant ! Ma propre idée était “Pas si nul par ailleurs”. Je pensais que le public serait attiré par les dessous de l’aventure Nulle Part Ailleurs avec Antoine de Caunes et José Garcia. De l’avis général, c’était trop réducteur. Verlant a alors eu l’idée de ce titre à rallonge qui me faisait bien rire. Même si j’ai toujours été un journaliste d’information pointilleux, autant sur le fond que sur la forme, j’ai toujours aimé faire mon métier avec un maximum d’humour.

Vous y évoquez vos origines bretonnes, êtes-vous resté attaché à votre région ?

Oui j’y reste viscéralement attaché. J’y ai quand même passé toute ma jeunesse et une grande partie de ma vie. Puis, derrière breton se cache catholique. En Bretagne, l’une des dernières formes d’autonomie passe par l’Église et par la religion… Quand j’étais petit, on nous faisait chanter « catholique et breton, toujours ». Ça doit se faire encore… (rires). Le titre exact aurait donc été : « catholique et breton ». un hymne quasiment national mais qui se chantait à l’église… c’est pour ça que dans ma tête, c’est toujours resté « catholique et breton ». Mais, de nos jours, faire de l’humour sur la religion, n’est pas drôle.

Avant de devenir journaliste, vous faisiez des études littéraires. Comment êtes-vous passé du latin au journalisme ?

Adolescent, j’étais pensionnaire dans un collège catholique. Les curés enseignants étaient férus de lettres classiques, de langues anciennes. Alors, quand j’ai quitté cette forme d’enseignement, je me suis retrouvé dans un lycée classique où j’ai pu constater que j’étais plus compétent en latin et en grec que la plupart de mes camarades (rires)... J’étais aussi nettement moins brillant dans les autres matières ! Voilà pourquoi je me suis lancé dans une licence de lettres classiques.

Mais, mon père m’a fait valoir que j’étais l’ainé d’une fratrie de sept garçons et qu’il n’avait pas les moyens de me payer des études supérieures. J’ai alors pris mon autonomie financière.

J’ai commencé par être pion au pair dans des collèges, puis j’ai donné des leçons particulières. Chaque soir, je donnais deux heures de cours à un jeune garçon qui me valait une demi-heure de métro pour y aller, une autre pour revenir. Je ratais donc tous les cours à partir de 16h. Ce boulot me permettait à peine de me payer à manger et de quoi payer ma chambre sous les toits et non chauffée. Alors, pour avoir de l’argent de poche, j’y ai ajouté à mi-temps, un métier de veilleur de nuit dans un hôtel.

Ces divers emplois me permettaient de poursuivre vainement mes études de littérature classique. En effet, on peut difficilement passer la moitié de son temps à gagner sa croûte et l’autre moitié à étudier. Néanmoins, mon emploi de veilleur de nuit m’a permit de rencontrer Jean Yanne.

Il a été votre plus belle rencontre professionnelle ?

Oui, il m’a fait prendre un virage à 90 degrés. D’abord, grâce à lui, j’ai découvert l’existence du Centre de Formation des Journalistes. Il faut savoir que Jean Yanne était un journaliste de formation avant d’être un humoriste.
A cette époque là, il m’a un peu sorti de mon isolement. Il m’a fait découvrir tout ce qui faisait le charme du Quartier Latin. J’y faisais mes études mais je n’imaginais pas le nombre de cabarets et de petites scènes où des gens comme lui s’amusaient et gagnaient leur croûte chaque soir. C’est comme ça que j’ai découvert le monde du spectacle. Je ne me doutais pas non plus que l’hôtel où j’étais veilleur de nuit jouxtait littéralement les studios des Buttes-Chaumont, les studios de télévision de l’époque. Et pas une seconde, j’imaginais qu’un jour, je présenterai « La Tête et les Jambes » à la place de Bellemare sur ces mêmes plateaux. Ce sont les hasards de la vie. Jean Yanne est resté un ami.

Pendant ces cinquante années, quel est l’évènement qui vous a le plus marqué ?

Il y en a eu beaucoup. Chaque jour avait son lot de surprises. Ma plus grande fierté est peut-être l’aboutissement de quelques combats professionnels que j’ai pu mener à la radio puis à la télévision. Par exemple, avec Pierre Lescure et sa bande, nous avons initié les talk show à la fois d’information et de spectacle. Puis, je n’ai que de bons souvenirs de l’aventure Nulle Part Ailleurs...

Justement, la jeune génération vous connait surtout grâce à Nulle Part Ailleurs, quel y est votre plus beau et plus mauvais souvenir ?

Il y a surement eu des jours plus difficiles, mais je n’ai retenu que les grands jours. Par exemple, je n’oublierai jamais le premier jour avec Alain Souchon. Autre évènement marquant : deux jours plus tard, on reçoit Maryam D’Abo, la James Bond Girl du film qui sortait ce jour-là. Un photographe envoyé par Canal+ nous dit : « il faudrait faire une photo », avec Carette, Chabat, Lauby et Farrugia. Je venais de les baptiser, sans leur demander leur avis : « Les Nuls ». Comme Maryam D’Abo était là, elle a été sur la photo avec nous. Nous étions tous habillés de noir, je faisais James Bond avec mon faux pistolet et, les autres étaient autour. La légende était : « Ils sont nuls et je suis leur chef ». Cela reste un des bons souvenirs. Cette période, Carette, Chabat, Lauby, Farrugia, Garcia, De Caunes, reste de bons souvenirs.

Ce dernier ne vous a jamais réservé de mauvaises surprises ?

Non, non, non… On travaillait ensemble, dans le même bureau face à face. Je devais prendre le risque que chaque jour il me réserve une surprise dans son gag final. Je savais aussi qu’il le ferait toujours avec l’élégance qui le caractérise. Il me disait en général quel personnage il allait faire et quand il ne me le disait pas, je savais que cela serait une vraie surprise, un nouveau personnage. On s’entendait remarquablement bien.

Vous êtes restés proches ?

Oui. D’ailleurs, il a préfacé mon livre, sans même me le dire. C’est Gilles Verlant qui lui a demandé. C’est une belle preuve d’amitié fidèle.

Quelle a été votre expérience de la radio ?

Partout où j’arrivais, j’essayais de profiter au mieux du temps qui m’était accordé pour répondre aux attentes des auditeurs et des téléspectateurs. Quand j’arrive à Radio Luxembourg, la première question que je pose est : « qui nous écoute, et à quelle heure ? »

A partir de là, je vais faire monter une structure du matin pour faire des journaux beaucoup plus nombreux, à toutes les heures depuis 6 heures. Ce, avec une autre idée : on ne doit pas faire le même journal à 6h et à 8h. Cela n’est pas le même public, avec le même temps d’écoute, ni avec la même disponibilité. A 8h, on écoutera la radio plus longtemps qu’à 6.

Et de la télévision ?

Quand j’arrive à la télévision, mon premier combat est de dire : « il faut travailler la météo comme on le fait à la radio, avec des “monsieurs météo” ». A la télévision, la météo était anonyme. En 1970, il y avait en tout et pour tout, un flash météo anonyme juste après le journal du soir. Aujourd’hui, la météo est totalement personnalisée. Il m’a fallu, à l’époque, presque 6 mois de bataille pour y arriver. Un ingénieur, M. Larivière, a été le premier présentateur visible à la télévision.

Une des choses dont je suis le plus fier à la télévision est d’avoir réussi à transformer les structures du service de rédaction du journal télévisé de la Une. Chaîne qui, à l’époque, faisait 80% des parts de l’audience. J’ai créé un pôle de reporters, de façon qu’ils soient tous dans la même structure, pour que cela soit le meilleur et le plus compétent qui aille sur le sujet à couvrir. Pour schématiser, à ce moment-là, lorsqu’un avion tombait dans le lac de Genève, si les corps étaient ramenés du côté de la France, un reporter “fait-divers” s’en occupait, et si les corps étaient ramenés côté suisse, c’était un reporter du service diplomatique, devenu ensuite le service étranger, qui s’en occupait.

Aujourd’hui encore, des tous jeunes reporters de l’époque me remercient en ayant le sentiment d’avoir vécu une carrière mille fois plus originale grâce à ça. Ils ont pu partir aux quatre coins du monde, alors que pour certains, le maximum du voyage, c’était Nice.

Ce sont mes combats. Ce ne sont pas des combats philosophiques ni idéologiques que je menais. Je suis un homme de la terre, je ne suis pas un conceptuel.

Êtes-vous nostalgique parfois ?

Non. Je n’ai jamais gardé une photo, et je n’ai jamais pris de notes. Quand on fait du quotidien, il est évident que l’on pense d’abord à ce que l’on va faire le lendemain et non pas à ce que l’on a fait la veille. Donc, je n’ai pas tenu de journal. Mais, j’ai une réelle mémoire, un peu folle aussi.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune journaliste qui se lance ?

J’ai toujours une hésitation à donner des conseils. J’ai eu la chance de démarrer à un moment où on trouvait autant de travail qu’on voulait. Le conseil que je donne c’est : chaque fois que l’on vous propose quelque chose, n’hésitez pas, dites oui. Par exemple, pour entrer à Radio Luxembourg, je me présente un soir à 18h grâce à un tuyau. Cependant, j’ai hésité 30 secondes : le rédacteur en chef me proposait de commencer le soir-même, à minuit. C’était le soir de Noël. Je n’ai pas regretté d’avoir dit oui.

JULIE DERACHE

Interview réalisée pour Midi Libre. Philippe Gildas a donné l’autorisation dans ce cadre d’en utiliser des passages pour HautCourant. A consulter ici.

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