Présidentielle en Tunisie : plébiscite annoncé pour Ben Ali

samedi 24/10/2009 - mis à jour le 24/10/2009 à 19h54

Dimanche, près de cinq millions de Tunisiens sont appelés aux urnes pour les scrutins présidentiel et législatif. Des élections sans véritable enjeu : le parti du président sortant et candidat à sa réélection, Zine el Abidine Ben Ali, 73 ans, devrait largement l’emporter. L’homme, qui en est à son cinquième mandat, a monopolisé l’ensemble de la campagne, laissant peu de place à une opposition faible et marginalisée. L’espoir d’une transition démocratique rapide ne cesse de s’amenuiser.

De l’espoir, les Tunisiens n’en manquaient pas, pourtant, lorsque Ben Ali remplaça au pouvoir, en 1987, l’inamovible Habib Bourguiba, père de l’indépendance. Libéral et réformateur, le nouveau président ambitionnait d’accélérer le développement de la Tunisie. Une mission qu’il a d’ailleurs plutôt mené à bien. En vingt-deux ans d’ère Ben Ali, le pays s’est maillé d’un réseau d’infrastructures moderne et efficace. La population a accès aux soins comme à l’éducation. Le taux de croissance économique, qui talonne les 5%, permet à la Tunisie d’être souvent qualifiée de “dragon de l’Afrique”.

Sur le plan politique, néanmoins, Ben Ali n’a pas rompu avec les mauvaises habitudes de son prédécesseur : « le pouvoir autoritaire qu’il incarne est en continuation directe avec le leadership de Bourguiba », explique Hubert Peres, professeur de Science politique à l’université de Montpellier I. « Comme lui, il peut s’appuyer sur de nombreuses parties de la population, qui jugent son action positive. » Le Rassemblement constitutionnel démocratique, parti au pouvoir, se prévaut du soutien des organisations syndicales, patronales mais aussi féminines. Le régime tunisien est le plus avancé du Maghreb sur la question de l’égalité hommes-femmes. Ces avancées se payent au prix du pluralisme politique, presque inexistant. Demain, le seul opposant crédible, Ahmed Brahim, du parti Ettajdid (Renouveau), ne peut attendre beaucoup du scrutin. Lors de la précédente échéance, en 2004, Ben Ali l’avait emporté avec plus de 94% des voix : « Le système politique est une mascarade de démocratie. Les observateurs s’inquiètent du non-respect des droits de l’homme et de l’inexistence d’une liberté de la presse dans le pays », ajoute M. Peres. Vendredi 23 octobre, Le Monde.fr rapportait la publication de deux rapports d’ONG locales et de Reporters sans Frontières. Ces derniers fustigent l’inégalité du débat électoral qui vient de s’achever : le président sortant se serait ainsi vu réserver 97% de l’espace consacré à la campagne dans la presse écrite. De son côté, RSF dénonçait le déséquilibre de l’information et les difficultés faites aux journalistes étrangers sur place. Mercredi, Florence Beaugé, journaliste au Monde, n’a pu entrer sur le territoire tunisien pour couvrir les élections.

En termes de popularité, Ben Ali profite aussi de la complaisance des démocraties occidentales par rapport à son régime. Ancienne puissance colonisatrice, la France est plus qu’indulgente vis-à-vis de son alliée : « notre pays est le premier client et le premier fournisseur de la Tunisie », précise Hubert Peres. Mais ce soutien repose peut-être davantage sur une considération stratégique : « aux yeux de l’Occident, la Tunisie apparaît comme un rempart solide contre l’islamisme », rappelle M.Peres. Un constat qui s’avère fragile pour d’autres observateurs. Interrogé hier par les lecteurs de Libération, Nicolas Beau, rédacteur en chef du site Bakchich.Info, alertait : « c’est avec la fermeture totale de tout débat démocratique en Tunisie, façon Ben Ali, qu’on prépare des lendemains à la Ben Laden ».

Hubert Peres se veut moins pessimiste sur l’avenir tunisien : « à court-terme, une démocratisation est inespérée, tant Ben Ali et son clan contrôlent les intérêts économiques et sociaux du pays. Pour autant, on voit aujourd’hui émerger des élites moins inféodées au pouvoir en place. Et ce type de régime charismatique, suspendu à son leader, pourrait se démocratiser dans l’après Ben Ali. » S’il respecte la Constitution, le président, atteint par la limite d’âge, ne pourra plus se représenter lors de la prochaine élection, en 2014.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

1 réaction

Réagissez

Monde //

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter