Primaire : On a sondé la science po !

dimanche 27/11/2016 - mis à jour le 01/12/2016 à 15h25

Quels regards sur le phénomène « primaire » posent les étudiants en science politique de l’université de Montpellier ? Haut Courant a mené l’enquête à l’aide d’un sondage réalisé par le Master 2 Métiers des études et du Conseil.

Ouf… Les primaires ont assez peu de secrets pour les étudiants en science politique. Sans surprise, 92 % d’entre eux connaissent son enjeu principal : « Sélectionner un candidat unique à la présidentielle 2017 ». Et ouf encore, 95 % sont capables de nommer plusieurs candidats. Ces résultats, comme ceux que nous allons développer sont réalisés à l’aune d’une étude réalisée auprès de 157 répondants (sur environ 450 étudiants au total) du 19 au 26 octobre 2016. L’échantillon est composé de 82 hommes et 75 femmes issus de tous les niveaux du cursus, de la Licence 1 au Master 2, dans une proportion similaire.

80 % des étudiants en science politique favorables à l’organisation de cette élection

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favorabilité aux primaires

Seuls 20 % des étudiants sont peu ou pas favorables à l’organisation de ces primaires

Crédit : Elodie Descamps

Le principe même des primaires est très majoritairement approuvé par ces étudiants. Pour autant, ce chiffre est à nuancer. Notre enquête proposait aux sondés de justifier oralement leur choix. Et là, à la lecture des verbatims, on découvre toute la palette des nuances.

Du côté des 80 % d’étudiants « favorables » à la primaire, on retrouve 4 arguments principaux :

  • L’élection du représentant du parti est un processus « plus démocratique ». Elle permet « une ouverture du débat et de l’offre politique ». Les différents candidats du parti sont à même : « d’exposer leurs idées » ; « de gagner en visibilité pour les outsiders » et « d’acquérir une légitimité issu du vote ». Elle est pour certains : « le symbole de la fin d’une ère ».
  • Cette « mise en compétition plus équitable » a des effets directs sur les électeurs : « on ne se voit plus imposer le représentant du parti » ; « On peut choisir son candidat préféré, ou le moins pire » et « émettre un véto à un candidat de type Nicolas Sarkozy ». C’est une « implication citoyenne » qui participe à « une meilleure connaissance des candidats avant le jour des présidentielles »
  • L’émergence « d’un candidat solide » éviterait « l’éclatement du parti et la dissolution des votes ». Les partis ont intérêt à l’unification partisane autour d’un élu pour « peser davantage aux présidentielles ».
  • « Du spectacle, de la communication, de la politique en somme ». Le feuilleton des primaires, avec ses « clash » et ses rebondissements prend aussi la forme d’un divertissement pédagogique pour quelques uns : « C’est rigolo et puis, ça permet d’observer comment ils sont formatés à répondre aux questions ».


Du côté des 20 % d’étudiants « défavorables », 2 courants se dégagent :

  • Les premiers estiment que ce processus porterait préjudice au parti : « Je ne fais pas confiance à ce genre d’élections où tout le monde peut voter, y compris les non-adhérents du parti qui souhaitent simplement biaiser les votes ». Certains craignent également « un effritement de l’image du parti » due à la mise en avant des divergences entre les candidats, au lieu d’un rassemblement autour d’un « projet commun ».
  • Les autres, désillusionnés, sont très critiques à l’égard du système des partis en général. Pour eux, ces primaires sont « une illusion démocratique » : « Elles reflètent la lutte permanente des politiques pour leur intérêt et induit des mesures irréalisables, du populisme, des arguments fallacieux, des attaques personnelles ». Ils estiment également qu’elles « renforcent le bipartisme » car « le contrôle reste entre les mains des dirigeants des partis » ne laissant « pratiquement aucune chance aux petits candidats ». Enfin, elles mettent l’accent sur la personnalité et l’attitude plutôt que sur les programmes : « les différences programmatiques me semblent très marginales, surtout à droite, et la compétition est surtout une question de "style" ».
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25% des étudiants envisagent de voter à la primaire de la droite et du centre

Crédit : Elodie Descamps

Parmi le groupe des étudiants en science politique, 75 % des sondés comptent boycotter la primaire de la droite et du centre. Le quart restant qui pense s’y déplacer vient principalement de la droite et du centre. Très peu d’étudiants « de gauche » envisageaient d’aller voter.

A noter qu’au sein la faculté montpelliéraine, 62% des étudiants se déclarent « de Gauche « , 19 % « de droite » et 10 % ne se retrouvent pas dans ces catégories.

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Alain Juppé remporterait le plus de voix auprès des étudiants

Crédit : Elodie Descamps

Juppé favori

Une part conséquente des potentiels votants n’avait pas encore choisi son candidat au moment de l’étude (26%). Parmi les autres, les votes se répartissaient entre Juppé (33%) et Sarkozy (20%), NKM (10 %), Le Maire 5 %, Fillon et Poisson (3%). Seul Copé ne remportait pas un kopeck auprès des étudiants.

On retrouve donc ici une configuration électorale relativement semblable aux pronostics mis en avant dans les sondages nationaux.

Gauche, droite ou écolos : 3 étudiants sur 4 iraient voter aux primaires

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15% des étudiants iraient voter à la primaire écologiste

Crédit : Elodie Descamps

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40% des étudiants iraient voter à la primaire de gauche

Crédit : Elodie Descamps

Parmi les 157 étudiants interrogés, 40 % affirment vouloir voter à la primaire de la gauche et 15 % à celle des écologistes. Si l’on ajoute les 25 % de celle de la droite, 3 étudiants sur 4 devraient se rendre aux urnes primaires. Révélatrice d’un engouement à priori, cette participation déclarée n’a pas pour autant valeur de fait. En effet, l’intention étant moins engageante que l’action, ce n’est pas parce que les étudiants déclarent qu’ils voteront, qu’ils le feront.

Ainsi, au delà des résultats présentés, cette étude a pu nous montrer les limites (journalistiques mais pas seulement) de ce type d’enquête « scientifique ». A l’origine, nous supposions qu’une étude auprès du plus grand nombre permettrait de mieux saisir la pensée de ces étudiants. Or dans les faits, les opinions sont complexes. Elles divergent et vacillent, parfois même à l’échelle d’un répondant. De fait, les sondages participent parfois moins à comprendre les logiques des électeurs, qu’à les ranger dans des cases…

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