Mystère 1/4

Rencontre avec une grenouille de bénitier

samedi 22/01/2011 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Ce week-end, Haut Courant vous propose une série consacrée aux mystères. Aujourd’hui, direction Narbonne et sa basilique Saint-Paul-Serge à la rencontre d’une grenouille, un animal bien ordinaire qui a trouvé refuge dans un lieu insolite. Découverte de cette curiosité locale qui attire chaque jour bon nombre de curieux.

Pousser la porte d’une église, c’est entrer dans un univers mystique. La basilique Saint-Paul-Serge de Narbonne ne fait pas exception. Chaque visiteur est accueilli par un bénitier de marbre blanc. Jusque-là, rien de bien étonnant dans un lieu saint. En y regardant de plus près, une forme singulière attire l’attention. Au beau milieu de l’eau bénite trône une petite grenouille, sculptée à même la pierre.

Une célébrité narbonnaise

Cet animal incongru a de quoi en surprendre plus d’un. L’abbé Mayran est chaque jour le témoin de cet étonnement : « Les touristes sont toujours stupéfaits de voir qu’une grenouille a élu domicile dans le bénitier. Mais le plus souvent, ils connaissent cette curiosité de la basilique. Sa réputation la précède. »

La grenouille suscite l’admiration. Certains se déplacent uniquement pour la toucher. « C’est une célébrité ! Et même ceux qui ne sont pas d’ici veulent la voir, raconte Ghislaine, 84 ans et Narbonnaise depuis un demi-siècle. Elle est très importante, tout le monde l’aime. »

Marc et Danièle vivent à Narbonne depuis un an. Ils visitent la basilique pour la première fois.
« Quand on a entendu parler de la grenouille, ça nous a fait sourire. Elle est plus grosse que ce que je pensais, explique Danièle, avant de poursuivre : L’expression “une grenouille de bénitier” qui désigne les personnes bigotes prend tout son sens. Ici, elle devient réalité. »

Des légendes populaires

Une fois l’étonnement passé, une question est sur toutes les lèvres : comment la grenouille s’est-elle retrouvée dans un bénitier ? Personne ne connaît ni son auteur, ni son âge. Les légendes vont bon train. Ghislaine maîtrise le sujet : « Il y a quelques fables un peu longues sur son origine. Selon moi, l’animal a troublé un office avec ses croassements et il a été changé en pierre. »

Une autre légende est étroitement liée au saint de la basilique. Une grenouille aurait aidé Paul-Serge à traverser l’étang de Bages, en lui indiquant le chemin. Jacques Michaud, président de la Commission archéologique et littéraire de Narbonne, complète cette histoire : « Une Romaine, convertie au christianisme, fut jetée à l’eau et se serait alors transformée en grenouille. C’est elle qui aurait ensuite guidé le saint à travers l’étang. »

En s’attardant sur l’animal, un élément frappe le visiteur : sa patte droite est cassée. Ce détail a fait courir l’imagination de plusieurs artistes. Le plus célèbre, Frédéric Mistral, reprend une croyance populaire. Dans un accès de fureur, un fils de tailleur de pierre aurait frappé l’amphibien. L’eau bénite se serait alors changée en sang et l’homme colérique serait mort peu après. Louis, Narbonnais depuis toujours, a une préférence pour cette histoire. « Dans mon enfance, se souvient-il, les enfants de chœur mettaient de la teinture rouge dans l’eau pour faire peur aux véritables grenouilles de bénitier. »

Pour Jacques Michaud, les légendes ne sont pas forcément des mensonges : « C’est quelque chose d’édifiant, fait pour être enseigné. Il faut savoir interpréter le sens. Les gens ont besoin de raconter des histoires. » Ces récits ont traversé les siècles et sont désormais ancrés dans la tradition populaire. Encore aujourd’hui, le mystère de la petite grenouille continue d’en fasciner plus d’un. Et à en croire Louis, « ce n’est pas près de s’arrêter ! »

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