Rencontre entre les Narbonnais et le “Président”

mercredi 22/12/2010 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Ce lundi 20 décembre, le Mega CGR de Narbonne a organisé une soirée spéciale autour du documentaire Le Président. Au programme : projection et débat, en présence du réalisateur et des élus locaux. Le public a-t-il été séduit par le dernier combat de Georges Frêche ? Éléments de réponse.

19 h 30. La salle 1 du cinéma est pleine. Près de 400 personnes sont venues regarder le “Président” en action. Dans les rangées, personnalités et anonymes narbonnais s’impatientent. Les hommes politiques locaux ont fait le déplacement, dont Jacques Bascou, le député-maire de Narbonne et Frédéric Bort, l’un des personnages principaux du film, devenu aujourd’hui directeur de cabinet du maire.

19 h 40. Les lumières s’éteignent. Une voiture apparaît à l’écran. Silence dans la salle. Durant 1 h 38, les émotions s’enchaînent. Le public est clairement acquis à la cause frêchiste. La répartie du personnage ne scandalise pas, elle fait rire. Hélène Mandroux, maire de Montpellier, en fait amplement les frais : « Non, mais vous avez vu la tête qu’elle a ? C’est effrayant ! », « Moi, je l’ai eue 24 fois comme adjointe, elle n’a jamais eu d’idée »… Des sourires se dessinent dans les situations cocasses : le président de Région mangeant des post-it ou déclarant : « C’est Gandhi qui a des poils au kiki. » Quelques applaudissements fusent quand Georges Frêche défend le Languedoc-Roussillon au Grand Journal de Canal +. Mais le sérieux revient aussitôt que le “Président” montre des signes de faiblesse.

21 h 20. Générique. Les applaudissements sont discrets. Les lumières se rallument. Certains spectateurs en profitent pour s’éclipser. Les autres observent l’arrivée d’Yves Jeuland. Dès le départ, le réalisateur souhaite éviter tout malentendu : « Je n’ai pas fait un portrait de Georges Frêche, j’ai fait un film sur Frêche en campagne. Je ne suis pas journaliste et ceci est un documentaire. »

Le débat : entre enthousiasme et critiques

Plusieurs personnes prennent la parole, visiblement enchantées : « J’ai eu un profond plaisir à voir ce film », « Je suis émerveillé. Je ne me suis pas ennuyé, c’est remarquable »… Les interrogations portent autant sur la forme que sur le fond. Georges Frêche a-t-il vu le documentaire ? Pourquoi n’écoutait-il pas toujours ses conseillers ? Yves Jeuland pourrait-il aujourd’hui faire un tel film avec un autre politique ?

Certains sont plus critiques : « Vous avez été très cruel de filmer ainsi la réaction de l’éditeur, lors du second tour. » Yves Jeuland défend son travail. Il n’hésite pas au passage à lancer quelques piques : « Je suis originaire de la plus grande ville de l’Aude, Carcassonne. » De quoi vexer son auditoire ! Quelques huées retentissent. Un homme au premier rang intervient : « Quand Frêche est venu à Narbonne, il a dit que c’était la plus belle ville de France ! » La salle se réconforte… du moins, jusqu’à ce que le réalisateur rétablisse la vérité : « Il disait ça dans chaque ville où il passait ! »

À la sortie, un public conquis ?

22 h. L’assistance quitte les lieux. Les commentaires vont bon train : « C’était très bien filmé », « Qu’on soit de droite ou de gauche, y a pas à dire, Frêche était un véritable homme politique »… Au détour d’une rangée, Nadine partage cet engouement : « Le documentaire est rempli de portes qui s’ouvrent et qui se ferment. C’est symbolique, comme dans une pièce de théâtre. Chaque scène éclaire d’un point de vue différent le personnage de Frêche. »

Vincent, l’un des rares jeunes de la salle, est plus sceptique : « Du moment que tu es d’accord avec les idées de Frêche, le film coule. J’avais vu un documentaire sur Nicolas Sarkozy et c’était insupportable car ses idées allaient à l’encontre des miennes. Les gens qui iront voir ce film seront forcément de gauche. »

Michel, 54 ans, n’a pas osé prendre la parole en public. Son bilan est plutôt mitigé : « J’avais lu des critiques sur le documentaire et je m’attendais à mieux. On peut facilement en faire un film à charge, contre Frêche et contre la gauche. » Sa déception ne l’empêche pourtant pas de glisser quelques compliments : « Le film montre la réalité, avec un côté cynique, misogyne. Ça fait parfois un peu mafia, complot. On montre vraiment ce qu’est le monde politique. »

Un monde politique fermé qui n’ouvre que rarement ses portes. Yves Jeuland a bénéficié d’un privilège rare et c’est sans doute cette liberté que le public narbonnais a le plus apprécié. « Georges Frêche est critiquable à bien des égards, poursuit Michel. Mais les autres politiques sont peut-être pires, c’est juste qu’ils ne le montrent pas. »

Sur la photo : Jacques Bascou, député-maire de Narbonne et Yves Jeuland, le réalisateur du film Le Président.

Localiser cet article :

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

2 réactions

Réagissez

  • Étonnement

    22 décembre 2010 22:36, par Ger C

    repondre message

    Voilà un article brillant ! On ressent aisément toute l’objectivité nécessaire à un tel exercice..
    Par contre je m’interroge, comment osez vous passer sous silence la prestation scénique, brève certes, mais exceptionnelle du jeune journaliste présent lors de la visite de Georges freche à Lézignan o_O ??

    • Étonnement 23 décembre 2010 09:08, par Cécile Alibert

      repondre message

      Je vous remercie. J’avoue que l’apparition de ce jeune journaliste était trop brève pour être mentionnée. Mais un article lui sera consacré dans son prochain rôle car je pense qu’une grande carrière est devant lui. Salutations.

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter