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René Revol : « on n’a pas viré Sarkozy pour ça ! »

jeudi 17/01/2013 - mis à jour le 17/01/2013 à 22h39

Les mots sont durs. Cruels pour un début de mandat. Pourtant, ils sont à la hauteur d’une déception grandissante au sein du peuple de gauche. Depuis l’élection de François Hollande, nombreuses ont été les dissensions entre le gouvernement socialiste et les membres du Front de gauche (FDG). Et en ce début d’année, le Parti de gauche (membre du FDG) n’hésite plus à lancer une campagne d’adhésion destinée aux déçus du socialisme. « C’est le moment de prendre parti ! », « La rupture est urgente, d’autres choix sont possibles ! » peut-on lire dans le tract.

Un mot d’ordre qu’est venu rappeler René Revol lors de ses vœux aux militants de Montpellier, mardi dernier, dans un bistrot du quartier Boutonnet. Figure locale du Parti de Gauche et maire de Grabels, René Révol est un homme au franc-parler reconnu. Après quelques diatribes sur l’intervention française au Mali à la foule, ce proche de Jean-Luc Mélenchon a bien voulu répondre aux questions d’Hautcourant.

Hautcourant : Quel regard portez-vous sur les premiers mois de François Hollande à l’Élysée ?

René Revol : On se rend compte que l’Etat de droit n’a pas duré longtemps. Dès juillet, on savait que les choses étaient en train de tourner et que François Hollande ne tiendrait pas ses promesses. On l’a vraiment compris quand le gouvernement a préparé le budget et a octroyé aux entreprises un crédit d’impôt sans contrepartie.

HC : Sur votre blog, vous avez écrit que le président avait fait des cadeaux aux riches en 2012. Pensez-vous après coup que François Hollande est toujours l’homme de la rupture ?

R.R : Non pas du tout. On a passé au 1er tour [de l’élection présidentielle] une exigence de rupture. Il n’a pas tenu compte de cela, ni même de son programme ! On voulait éliminer Sarkozy parce qu’on savait qu’il serait pire que Hollande, mais on ne pensait pas être déçus aussi vite. On cherche aujourd’hui à être une force alternative, il faut qu’on offre une autre possibilité. Autre que la ligne sociale-libérale européenne.

HC : Peut-il exister une politique de gauche dans une Europe libérale ?

R.R : Je le pense. Il faut avoir la force de dire non. C’est même le fondement de la gauche traditionnelle que de savoir s’opposer. C’est pour cela que nous, au Parti de Gauche, on s’adresse aux autres forces politiques européennes. Il faut ouvrir la perspective d’une autre Europe. Il n’est pas question de faire machine arrière, d’être réformiste, il faut une rupture. Une révolution citoyenne, un sursaut populaire comme on a essayé de le faire pendant les élections présidentielles.

HC : Peut-on toujours être social-démocrate quand le Capital a pris le dessus sur le Travail ?

RR : Je pense que les années 1990 ont été un tournant historique et ont marqué l’effondrement des deux modèles classiques de la gauche : le socialisme « réel » et le socialisme d’après-guerre qui a fait les trente glorieuses avec le gaullisme. Ce qu’on appelait dès lors la social-démocratie s’est affaissée à partir [du traité] de Maastricht. Ce qui se passe maintenant avec Hollande, c’est qu’il assume pleinement cet état de fait. Si c’est ça la nouvelle gauche, alors ce n’est plus la gauche !

HC : Reconnaissez-vous l’existence de deux gauches ?

R.R : Oui, il y a bien deux gauches qui se dessinent. Une gauche libérale et une gauche « plus traditionnelle », syndicaliste, qui refuse la politique de Hollande.

HC : Sont-elles réconciliables ?

R.R : Si nous arrivons en tête de la prochaine élection à gauche, on est prêts à s’allier au PS dans un compromis. A Montpellier - on ne veut d’ailleurs pas rentrer dans les querelles internes au PS pour les municipales - on va poser des exigences : le retour en régie publique de l’eau, le développement des transports à bas coût, etc.

HC : A partir de quel moment, quelle prise de décision du président, rentreriez-vous en opposition au gouvernement socialiste ? La vidéo contre François Hollande est-elle une première alerte ?

R.R : On l’est déjà. Enfin, disons que nous sommes des spectateurs attentifs. On est en conflit avec le gouvernement sur certains points ; si on n’est pas d’accord, on vote contre. On cherche d’ailleurs à faire alliance avec EELV, qui est de plus en plus seul, et la gauche du PS.

HC : Existe-t-il, le cas échéant, une envie du Front de gauche d’entrer au gouvernement, si l’occasion était présente ?

R.R : Il faudrait qu’il y ait une rupture avec la politique actuelle du gouvernement.

HC : Vous vous êtes opposés au traité budgétaire européen, à la « pusillanimité » du gouvernement sur l’affaire ArcelorMittal, à l’ouverture de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, à l’augmentation de la TVA… Etes-vous toujours solidaire du gouvernement que vous avez contribué à faire élire ?

R.R : Nous ne sommes pas solidaires du gouvernement, on ne laissera pas passer certaines mesures. Nous sommes à la fois critiques et autonomes. Comme disait Mélenchon, nous sommes les ayants-droits de la victoire [de François Hollande]. En votant pour lui, nous ne lui avons pas donné un blanc-seing, mais des exigences.

HC : Concernant ArcelorMittal, fallait-il nationaliser Florange ?

R.R : Bien sûr. Ils ont provoqué un espoir immense et nous avons été vite déçus. Mittal n’a rien respecté, Hollande s’est fait rouler dans la farine. Montebourg aussi d’ailleurs.

HC : Durant ces neuf premiers mois, qu’est-ce que le gouvernement socialiste a fait de bien à vos yeux ?

R.R : L’augmentation de l’allocation scolaire, des postes de professeur en plus, la retraite à 60 ans et le mariage homosexuel, c’est tout.

HC : "Toutes nos forces seront tendues vers un seul but : inverser la courbe du chômage d’ici un an. Nous devrons y parvenir coûte que coûte", a dit le chef de l’Etat lors de ses vœux, le croyez-vous sincère, est-ce objectivement réalisable ? D’autant que l’UNEDIC prévoit 178 800 chômeurs de plus cette année ?

R.R : Je le pense sincère oui, mais il se trompe en choisissant la variable du coût du travail, il fait une erreur. Il ne voit pas que c’est justement en courant derrière les politiques libérales qu’il crée du chômage. Tout ceci ne sera pas réalisable. La France sera à 0 % de croissance, voire en récession.

HC : Avez-vous un message à lancer au gouvernement socialiste pour cette année ?

R.R : Réveillez-vous !

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