Rétrospective

Le Miroir de Tarkovski revisité par le ciné-club Jean Vigo

samedi 27/03/2010 - mis à jour le 27/03/2010 à 21h20

Jeudi 25 Mars 2010, Henri Talvat et ses compagnons cinéphiles dépoussiéraient Le Miroir d’Andreï Tarkovski, dans le cadre d’une projection-débat à la salle Rabelais de Montpellier.

Une maison entièrement décorée de miroirs, un moineau dans le creux d’une main, une femme au regard hypnotique ou encore le vent qui balaie des champs à perte de vue : des plans cinématographiques qui ne laissent pas l’œil du spectateur indifférent. Le ciné-club Jean Vigo fait (re)découvrir Le Miroir (1974) d’Andreï Tarkovski avec un débat au sein duquel se confrontent les points de vue.

Le Miroir est un film autobiographique retraçant des souvenirs du cinéaste à travers Aliocha, un personnage dont on entend la voix sans en voir le visage. Des poèmes de son père Arseni Tarkovski, sont déclamés durant tout le film. Le premier thème de l’enfance est récurrent : la jeune mère donnant à manger à ses enfants, l’attente du père. Aliocha et sa femme Natalia se disputent la garde de leur petit garçon Ignate. Cette scène rappelle la séparation des parents d’Andreï Tarkovski lorsqu’il avait trois ans.

Les souvenirs et les rêves du personnage central sont contextualisés à travers une alternance d’images naturalistes et d’archives politiques datant du début du 20e siècle. Le deuxième thème du film est la description de la société russe durant le communisme. Les événements historiques choisis sont marquants : la dépouille d’Hitler, la Révolution russe, la bombe atomique, Mao, etc. Ignate lit à sa grand-mère un texte de Pouchkine qui montre la peur russe d’être envahie par les Chinois lors du régime communiste, la manière dont la Russie chrétienne doit être protégée et surtout la nécessité de préserver la culture du pays. Ainsi, A. Tarkovski fait référence à des auteurs russes tels que Tolstoï ou encore Dostoïevski. L’attachement à la terre est retranscrit à travers des images de nature (les champs, le fleuve, etc.). Le christianisme est aussi revisité.

L’œuvre est basée sur l’esthétique jusqu’au moindre détail. Une main feuillette un grand livre dans lequel apparaît le visage de Léonard de Vinci. Une clé qui montre jusqu’où est poussée cette esthétique. La beauté se retrouve dans les sons : celui de la nature, celui des pages qui sont tournées, les pas ou tout simplement le silence. L’esthétique de la musique se trouve dans la perfection de la “Passion” selon Saint-Jean de Jean-Sébastien Bach ou encore le “Stabat Mater” de Pergolèse et l’évocation de la mystique. Les couleurs sont aussi choisies en fonction du souvenir ou de la « réalité » (par exemple les images d’archives tantôt sépia comme une carte postale, ou en noir et blanc). Enfin, le travelling et l’image ralentie permettent de distinguer rêve et réalité.

« L’image n’est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur, mais tout un monde miroité dans une goutte d’eau. »

« L’image n’est pas une quelconque idée exprimée par le réalisateur, mais tout un monde miroité dans une goutte d’eau. » disait Andreï Tarkovski. Les liens de communications entre les personnages et les événements sont établis à travers les reflets. La réflexion dans les miroirs, l’eau, les vitres et les surfaces lisses et brillantes donnent un aspect onirique. Ainsi, Andreï Tarkovski a rendu la poésie à l’image et l’image aux souvenirs.

La réaction du public

Henri Talvat a mené le débat avec une trentaine de personnes. Les premiers mots : « nous n’avons pas tout compris » ou bien « les images étaient belles », etc. Après ces moments de stupéfaction, ce qui a marqué ce public est l’absence de chronologie et le kaléidoscope des souvenirs. Certains évoquent l’universalité des images au sens où ils s’y retrouvent. Henri Talvat finit sur une touche nostalgique en évoquant sa propre maison de famille.

Biographie

Andreï Tarkovski est un cinéaste russe né le 4 Avril 1932 à Zavraje. Son père, Arseni Tarkovski était un poète connu. Après des études de peinture, sculpture et langue arabe, Andreï Tarkovski fait une expédition de Géologie en Sibérie. Il entre ensuite à l’Institut fédéral d’État du cinéma (VGIK) à Moscou. Pendant quatre années, il suivit aux cours de Mikhaïl Romm. Sa renommée devient très vite internationale lorsqu’il reçoit le Lion D’or à la Mostra de Venise en 1962 pour son film. L’Enfance d’Ivan. Il se heurte aussi à la commission de la censure qui lui demande de retravailler des plans de son film Andreï Roublev qu’il présenta par la suite au Festival de Cannes. En 1974, son film Solaris d’après le roman de science-fiction de Stanislas Lem reçoit le prix spécial du Jury de Cannes. La même année, il tourne son œuvre autobiographique Le Miroir. Après ses nombreuses présentations, les Soviétiques lui interdisent de revenir dans son pays. Il s’exile alors en Italie avec son épouse et collaboratrice Larissa. Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985. Un an après, A. Tarkovski revoit son fils et finit son film Le Sacrifice. Le 29 Décembre 1986, il meurt à Paris d’un cancer des poumons.

Détails du film

- Musique : Édouard Artemev et œuvres de Jean-Sébastien Bach, Jean-Baptiste Pergolèse, Henry Purcell.
- Production : Mosfilm
- Interprété par : Margarita Terlhova, Ignat Danilcev, Larisa Tartovskaja et Alla Demidova.

Pour aller plus loin

Filmographie : http://www.kinoglaz.fr/u_fiche_person.php?num=310

Club de cinéma Jean Vigo : http://www.cineclubjeanvigo.fr/Site/Accueil.html

Andreï Tarkovski : Le temps scellé, traduit par Anne Kichilov et Charles H. de Brantes, Éditions de l’étoile/ cahiers du cinéma, 1989.

Gilles Deleuze : L’image-temps (chapitre 4, « les cristaux de temps »), 1985

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