Saïd Niroumand : "Ils nous traitaient moins bien que des chiens"

Iranien, communiste et athée !

jeudi 14/02/2013 - mis à jour le 12/09/2014 à 19h18

Saïd Niroumand est sans-papiers. Il vit à Lyon depuis trois ans et entame une nouvelle procédure pour obtenir le statut de réfugié politique qui lui a déjà été refusé deux fois. Il a réussi à récupérer de nouvelles pièces qui confirment son récit et espère pouvoir les faire valoir pour obtenir un titre de séjour.

Né en Iran en septembre 1982, Saïd Niroumand a grandi dans une petite ville du sud-ouest Iranien. À 18 ans, il fait son service militaire chez les Pasdarans – les gardiens de la révolution. Il découvre alors un islam qu’il ne connaissait pas, qui le stupéfait d’abord, le révolte ensuite. À son retour de conscription, il forme un réseau secret avec quelques amis pour discuter politique, se former, partager les lectures et les connaissances. Le petit groupe jette des tracts dans la rue la nuit, dénonçant les discriminations faites aux femmes, une fois, incriminant le régime d’autres fois. Une nuit de tractage, son cousin disparaît. Il ne reviendra jamais. Saïd se sait en danger, il fuit le matin même – quelques semaines plus tard son domicile sera perquisitionné et son père torturé.

Le parcours du combattant : les galères ordinaires du migrant illégal

Il se réfugie chez un ami à Chiraz, près de chez lui, où il entre en contact avec un passeur. Arrivé en Turquie quelques semaines plus tard, il y séjourne trois mois avant d’obtenir un passeport danois. C’est accompagné d’une plantureuse lituanienne - qui détournera les éventuelles suspicions en jouant de ses charmes – qu’il décolle pour Paris en avril 2009. Il rejoint ensuite Lyon en train, où l’attend un nouveau contact qui devra l’emmener vers l’Angleterre. Le passeur ne viendra jamais, la police, si. On prend ses empreintes, on le photographie et on l’interroge. Il entreprend alors un voyage vers Calais pour gagner l’Angleterre. À Calais, la misère se conjugue à tous les temps. Saïd se souvient de la brutalité des passeurs, de leur manque d’humanité : «  ils nous traitaient moins bien que des animaux ». Il arrive en Grande-Bretagne début mai 2009. Après trois mois sur le territoire anglais, il est finalement expulsé vers Lyon le 13 juillet [1]. Il dort quelques mois dehors puis enchaîne les hébergements précaires, il apprend la langue et la culture d’une société qu’il ne connaît pas et vit la peur quotidienne de milliers de sans-papiers en France. Sa première demande d’asile puis son recours seront refusés, faute de preuve de son … athéisme. Saïd se demande, perplexe : « comment prouver son athéisme ? Comment prouver mes activités militantes alors même qu’elles étaient par nature secrètes ?  »
De demande d’asile en recours administratif, Saïd se fait des amis, rencontre des militants communistes comme lui, accumulent les petits boulots. En septembre 2012, il réussit à s’inscrire en licence d’histoire et de sciences politiques. Il entame aujourd’hui une nouvelle procédure de demande d’asile. Il est convaincu que c’est sur le terrain politique qu’il obtiendra une situation. Et même si aux yeux de beaucoup, son identité administrative éclipse ce qu’il est, il insiste : il est communiste avant d’être sans-papiers.

Notes

[1Les accords de Dublin prévoient de renvoyer les immigrés sans-papiers vers le premier « pays sûr » dans lequel ils sont arrivés

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