Sakineh Mohammadi Ashtiani : une vie en sursis

dimanche 07/11/2010

Cette Iranienne de 43 ans a profité d’un court répit mercredi 3 novembre. Condamnée à la lapidation pour adultère et à dix de prison pour complicité de meurtre, la reconduite de son exécution ne cesse de soulever des inquiétudes. L’indignation internationale confirme l’ampleur de la situation.

Le sort de Sakineh Mohammadi Ashtiani est en suspens. Condamnée dans deux affaires distinctes, elle purge actuellement une peine de prison au nord-ouest du pays. Après quatre ans d’emprisonnement, les diverses interprétations du cas de la jeune femme, notamment sa mort annoncée, ne permettent pas, aujourd’hui, de définir avec précision ce qu’il adviendra de cette mère de famille.

Une mort repoussée

Selon le Comité international contre la lapidation, association de défense située en Allemagne, Sakineh Mohammadi figurait, lundi 1er novembre, parmi les personnes qui seront exécutées prochainement en Iran. La porte-parole du comité, Mina Ahadi, justifiait cette annonce par les propos d’une source iranienne lui apprenant que « le nom de Sakineh figurait sur la liste noire des condamnés à mort par pendaison ». Un document officiel provenant de la Cour suprême de Téhéran, publié en début de semaine, donnait toutes les raisons de croire à l’application soudaine de la peine. « Nous avions déjà appris lundi que la Cour suprême de Téhéran avait envoyé une lettre à la branche d’application des peines de la prison de Tabriz demandant que Sakineh soit exécutée au plus vite. Le mercredi étant traditionnellement le jour d’exécution des condamnés à mort en Iran, toutes nos inquiétudes se focalisent sur au jour d’aujourd’hui » explique-t-elle. Effet d’annonce ou non, la lapidation n’a cependant pas eu lieu ce mercredi.

La justification iranienne

Pour sa part, le gouvernement de Téhéran, par la voix de l’ambassade d’Iran à Londres, s’est défendu de la mort préméditée de la jeune femme dans un communiqué du 4 novembre. « Les récentes informations concernant l’exécution imminente de Mme Sakineh Mohammadi Ashtiani sont toutes sans fondement et doivent être fermement rejetées », précise le texte. Soumise à une procédure judiciaire inachevée, rien ne permet de se prononcer à présent sur la mort programmée de l’Iranienne selon l’ambassade, soulignant que « les affirmations sans fondement (et) ont pour but d’orchestrer une campagne de propagande et de créer une atmosphère délétère contre la république islamique d’Iran. »
L’Iran a également souligné la veille, l’“insolence” des Occidentaux qui « ont transformé le cas de Sakineh Mohammadi Ashtiani, qui a commis des crimes et qui a trahi (son mari, ndlr), en une affaire de droits de l’Homme » rapporte l’AFP.
d’après l’Express.fr, le ministre français des Affaires Étrangères, Bernard Kouchner, a recueilli auprès de son homologue iranien, Manouchehr Mottaki, des propos affirmant que « le verdict final concernant Sakineh n’avait pas été prononcé par la justice iranienne et que les informations concernant son éventuelle exécution ne correspondaient pas à la réalité »

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Sakineh

(cc) Abraham Canales

Une existence remise entre les mains de la justice

L’histoire de Sakineh Mohammadi remonte à 2006. Traduite en justice pour adultère avéré lors de sa précédente union, elle a été condamnée à la lapidation, châtiment prévu par la loi islamique en vigueur depuis la révolution de 1979. Cette sentence a été approuvée par la Cour suprême de Téhéran en 2007, puis suspendue en juillet dernier face aux vives contestations internationales.
Dans la deuxième affaire, pour complicité présumée du meurtre de son ancien mari - avouée sous la torture selon ses avocats - l’a condamnée à la pendaison avant d’être commuée en une condamnation de dix ans de prison.
Une double peine qui alourdit sa situation, d’autant plus que deux de ses proches - un de ces fils, Sajjad Qaderzadeh et son nouvel avocat, Javid Houtan Kian - ont été arrêtés le 10 octobre, alors qu’ils s’apprêtaient à donner une interview au quotidien allemand Bild Am Sonntag. Véritables porte-paroles du cas de Sakineh à travers le monde, les deux hommes sont actuellement emprisonnés dans les geôles de Tabriz.
Amnesty International, organisation internationale de défense des droits de l’Homme, a appelé à leur libération, soulignant que ces arrestations compromettaient la défense équitable de l’accusée.

L’émoi de la communauté internationale

L’alarmante situation a poussé plusieurs pays à manifester leur inquiétude auprès de l’Iran et à tenter de suspendre la condamnation.
En France, les soutiens se sont multipliés par le biais de manifestations de défense des droits de l’Homme, auxquelles se sont ajoutées des signatures de personnalités. Une pétition a été lancée par Bernard Henri-Lévi. Carla Bruni-Sarkozy s’est également ralliée à cette cause en adressant une lettre à Sakineh.
La Suède, la Finlande, la Norvège, le Danemark et l’Islande ont récemment fait connaître leur position. Les ministres nordiques des Affaires Étrangères se sont prononcés sur le risque de lapidation transformée en pendaison. « Ces deux sentences sont clairement inacceptables (...) Nous appelons les autorités iraniennes à commuer sa peine » ont-ils déclaré.
Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a pour sa part, interpellé l’Iran pour atténuer la sentence et a réaffirmé la position de l’Europe sur la peine de mort.

Si rien ne permet d’affirmer précisément la nature du châtiment que Sakineh Mohammadi Ashtiani devra subir, ni de connaître l’imminence de son exécution, sa survie ne pourrait être désormais qu’une question de jours.

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