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Salvador Dalí, un succès intemporel

mardi 22/01/2013

« La durée d’attente pour accéder à l’exposition « Dalí » est désormais de 45 minutes. » Plus de trente ans après la grande rétrospective que lui avait consacré cette toute jeune institution qu’était alors le centre Pompidou, Salvador Dalí est à nouveau sous les feux de l’actualité à Paris. Du 21 novembre 2012 au 25 mars 2013, l’exposition regroupe plus de 120 tableaux, mais aussi des dessins, objets, films et documents d’archives.

Jamais égalée en termes de fréquentation, la première rétrospective Dalí organisée en 1979 avait attirée quelques 840 600 visiteurs. Comme le laisse deviner la file d’attente qui s’étire jusqu’en haut du parvis de Beaubourg, la popularité de l’artiste ne se dément pas.

L’exposition temporaire du peintre, sculpteur et scénariste espagnol, inaugurée le 21 novembre dernier, enregistre un peu plus de 6 700 visiteurs par jour. Le musée a depuis le 9 décembre étendu ses nocturnes à 6 jours par semaine.
Comment expliquer un tel triomphe ?

Une figure magistrale de l’art moderne et l’une des plus populaires

Gérard, 60 ans, ne voulait pas manquer l’exposition du premier artiste dit people au vu de son omniprésence médiatique. Le Professeur d’éducation physique et sportive (EPS) à Montpellier, raconte son admiration pour le grand maître : « Dalí, pour moi, a été, dans la même veine qu’Andy Warhol, l’un des premiers à mettre un coup de pied dans la termitière. Il avait beaucoup de talent mais il s’en foutait. Il y a une trentaine d’années, ici même à Beaubourg, ses esquisses au crayon en hommage à Gala, m’avaient subjugué, à côté de ça il n’hésitait pas à faire des pubs pour Lanvin. La preuve en est qu’il constitue aujourd’hui l’une des figures du marketing contemporain. »

Tout le monde connaît Salvador Dalí. S’il est surtout célèbre pour ses tableaux surréalistes des années 1930 et pour ses apparitions télévisées extravagantes, il est aussi l’un des plus controversés. Souvent dénoncé pour son cabotinage, son goût fanatique pour l’argent et ses positions idéologiques provocatrices.

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« Dalí a su vulgariser les grands courants et les rendre compréhensibles pour le grand public. »

Loin de l’évènement de 1979, où le peintre surréaliste pu investir des dispositifs spectaculaires dans tout le centre Pompidou, jusqu’au forum, la rétrospective qui se déroule en ce moment n’est pas une simple redite et se limite sobrement à la galerie numéro une.

Dans le parcours condensé et encombré de l’exposition conçu en sections chrono-thématiques, il y a tous les âges et toutes les nationalités, simple curieux ou amateur d’art. Parmi eux, Florent, 31 ans, graphiste à Paris, nous donne son sentiment : « Au 20ème siècle, beaucoup de courants s’entremêlent : l’impressionnisme, l’expressionnisme, le cubisme, le surréalisme, etc. Quand je vois une rétrospective de ses œuvres comme ici, ça me donne l’impression qu’il s’est fortement inspiré de grands artistes d’autres courants. Dans “Le Picador”, on retrouve l’influence de Miró, celle de Mondrian dans “Composition aux 3 figures, Académie néo-cubistes, 1926“, celle de Beckmann dans “Nature morte au clair de lune, 1926“, pour ne citer que ceux-là. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un copiste, plutôt que c’est un grand technicien…très polyvalent ! Dalí a surtout su vulgariser les grands courants et les rendre compréhensibles pour le grand public ».
C’est peut-être là le secret de la réussite de Salvador Dalí : rendre l’art accessible à tous. La preuve en est que la rétrospective Dalí attire et comble un public tout aussi varié, ce qui en fait le succès incontestable de cet hiver au centre Pompidou.

L’exposition se clôture sur cette citation de Salvador Dalí : « Je veux bien renoncer aux béatitudes éternelles pourvu que dans l’éternité, je me souvienne de tout ». Le virtuose aborde le thème de la mémoire, tout comme dans son illustre tableau La persistance de la mémoire (1931) appelé populairement Les montres molles. Si Dalí avait peur d’oublier, personne n’a occulté la richesse de ses productions artistiques, ni le personnage qu’il s’était construit, même s’il semble que ses œuvres, au vu de l’exposition, peignent un artiste bien différent du personnage.

Lavier dans l’ombre de Dalí

Dans la galerie numéro deux du centre Pompidou se déroule la rétrospective « Bertrand Lavier, depuis 1969 », du 26 septembre 2012 au 7 janvier 2013. En une cinquantaine d’œuvres, dont plusieurs datent de 2012, elle présente la méthode de l’artiste et les grands motifs qui structurent sa poétique.

Alors que la foule se presse devant l’entrée de la galerie consacrée à Salvador Dalí, celle permettant d’accéder à l’exposition temporaire de Lavier est quasiment déserte.
Martin, 35 ans, employé au centre Pompidou, indique que la plupart des gens qui viennent visiter la rétrospective Lavier sont pour la majorité « des retombées de l’exposition Dali ou ceux qui espèrent que la file d’attente de Dalí diminuera pendant ce temps. » Rares sont donc ceux qui se déplacent uniquement pour cette rétrospective.

Ce constat est étonnant lorsque l’on sait que cet artiste, qui préfère se définir comme avant-gardiste plutôt que contemporain, s’impose dès le début des années 1980. A travers ses différentes séries, dont les « objets peints », les « superpositions d’objets » ou les « Walt Disney Productions », il s’est affirmé comme l’une des figures majeures de la scène artistique européenne.

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Pour aller plus loin sur Bertrand Lavier

Comme l’explique Michel Gauthier, commissaire de l’exposition, au gré de ce qu’il nomme des « chantiers », des séries fondées sur des règles à la fois simples et ouvertes, Bertrand Lavier bâtît une œuvre qui invite le public à se défaire de ses certitudes. Jouant avec les catégories, les codes, les genres et les matériaux, son art traduit une inclination pour l’addition, le croisement, l’hybridation, la transposition.

Quand il débute, à la fin des années 1960, le mouvement artistique dominant est l’art conceptuel. Si cet art suppose un accord entre les choses et les mots, Lavier dresse alors le constat inverse, non sans humour : les mots ne correspondent pas aux choses. Une superposition d’objets qu’il réalise en 1988, consistant à placer une petite sculpture d’Alexandre Calder sur un radiateur de la marque Calder, témoigne parfaitement de cette préoccupation. L’artiste nous fait la démonstration que le verbe ne correspond pas aux choses représentées, que le verbe ne distingue pas une magnifique œuvre d’art et un banal appareil de chauffage.
Ces séries témoignent de son aptitude à ébranler les catégories les mieux établies de l’histoire de l’art.

Notes

[1Bertrand Lavier, Calder sur Calder, 2012

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