Sarkozy fin prêt pour reprendre la tête de l’UMP

L’ ex-Président a tenu son dernier meeting à Nîmes

vendredi 28/11/2014 - mis à jour le 28/11/2014 à 16h08

Pour sa dix-neuvième réunion publique, Nicolas Sarkozy avait choisi Nîmes ce jeudi 27 novembre pour clôturer sa campagne, avant l’élection de la présidence de l’UMP samedi. Tout sauf un hasard.

Nîmes, un choix pas anodin

18 heures 30, jeudi 27 novembre 2014. Plus de 2 000 sympathisants sont massés dans la salle des Costières pour assister à l’ultime représentation de Nicolas Sarkozy qui conclut sa campagne. Devant une assemblée acquise à sa cause, qui scande à plusieurs reprises son prénom, l’ancien président de la République fait une entrée remarquée, accompagné de ses plus fidèles collaborateurs (Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie, Nathalie Kosciusko-Morizet, Henri Guaino, Laurent Wauquiez, Gérald Darmanin). Chaleureusement applaudi par ses partisans, son intervention se fait attendre. Le ton de la soirée est donné d’emblée par ses prédécesseurs à la tribune. Laurent Wauquiez évoque le passage d’une « immigration du travail à une immigration du social » tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet voit Nicolas Sarkozy comme le seul chef capable de guider l’opposition. Les deux sont, par ailleurs, souvent pressentis comme de possibles secrétaires généraux de l’UMP si Sarkozy venait à l’emporter.

Le maire de la ville, Jean-Paul Fournier, a ensuite évoqué une terre fertile pour le candidat, qui par le passé l’a conduit sur la voie du succès. C’est en effet, ici, dans la capitale gardoise qu’il avait lancé en mai 2006 sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. Tout un symbole, tel un éternel recommencement. Lors de son entrée en piste, l’ancien président a préféré se justifier sur la démarche de son retour : « on s’est étonné que je sois candidat. On m’a dit que lorsque l’on avait été le président de tous les Français, on ne pouvait pas redevenir le chef d’un parti ». Rédigé par la plume d’Henri Guaino, le discours de l’ex-chef d’État d’une quarantaine de minutes reposait sur l’identité française, les valeurs de la nation (« nous n’avons pas voulu l’Europe pour effacer les Nations et les identités »), et la défense du territoire (« ici, on adopte le style de vie français, on aime la culture française, on parle le français »). Des thèmes forts, comme un signal envoyé aux dirigeants du FN pour marcher sur leurs plates-bandes.

Un concurrent de premier choix

Pour réussir son retour, Nicolas Sarkozy devra d’abord gagner la bataille interne. Il est logiquement le favori des derniers sondages qui le confortent en première position avec 65 % des voix (19 meetings, 200 000 euros de budget), contre 32 % pour Bruno Le Maire (95 meetings avec une somme identique) et 3 % pour Hervé Mariton (120 réunions publiques pour 30 000 euros), ses deux rivaux. Un score néanmoins variable pour les différents observateurs politiques avec des pronostics allant de 60 % pour les plus prudents à 75 % pour les plus confiants.

Le scrutin aura une incidence directe et renforcera ou non Nicolas Sarkozy dans sa quête de légitimité, pour se placer comme le premier opposant à la majorité socialiste. C’est pour cette raison qu’il aura multiplié dans son monologue les répétitions du « nous » comme un appel à la mobilisation et au rassemblement, en témoignant de son engagement sans faille. Certes, il lui sera bien difficile d’atteindre le niveau de 2004 (85%), quand il a pris le parti pour la première fois, mais Nicolas Sarkozy espère s’imposer avec le score le plus élevé possible. La crainte de l’abstention est d’autant plus vive face à un résultat qui semble gagné d’avance.

En outre, Bruno Le Maire, qui a effectué une bonne campagne, constitue une menace réelle. Les deux principaux candidats, Sarkozy et Le Maire, sont farouchement opposés sur le changement de nom du parti. Un débat qui est toujours plus d’actualité car Sarkozy n’a jamais prononcé les trois lettres UMP au cours de sa campagne mais promis de construire le « parti de l’espérance » dans la nouvelle formation politique qu’il prévoit. Ce que conteste l’ancien ministre de l’Agriculture, repris à la volée par François Baroin, édile de Troyes, fraîchement nommé président de l’Association des maires de France : « la mort de l’UMP, c’est le sens de l’histoire ». Ce dernier a confiance en Sarkozy pour fédérer toutes les sensibilités politiques de la droite qui se révèleront être des alliés précieux. Et écarter davantage ceux qui oseraient se mettre en travers de la route.

Ça flingue à tout-va

Porté sur une offensive énergique comme toujours, Nicolas Sarkozy n’a pas manqué d’égratigner ses adversaires politiques un par un. Tout le monde en a pris pour son grade. À commencer par ses anciens alliés Jean-François Copé et François Fillon (« j’ai pensé à ma famille politique, à ses divisions inutiles et indignes des deux dernières années et je me suis demandé où était mon devoir »), en passant par le pouvoir socialiste (« Les Français n’en peuvent plus qu’on leur confisque le fruit de leur travail, n’en peuvent plus des impôts, de l’égalitarisme, du mensonge dans la tourmente qui emportent aujourd’hui nos institutions, notre économie, notre société, dans ce naufrage moral et politique qui menace notre République »).

Puis les institutions européennes en ont pris pour leur grade, telles que l’Europe de Bruxelles (« l’Union européenne s’est attribuée trop de compétences. Le procès du gouvernement français, c’est à l’opposition de le mener. Il n’appartient à aucune commission, à aucun commissaire de l’instruire ») ou bien encore l’espace Schengen (« on ne peut pas continuer ainsi avec Schengen qui est une passoire avec la libre circulation qui est sans limite. Il n’est pas question que nous renoncions à protéger nos origines géographiques. Le sort de nos terroirs n’est pas négociable »). Enfin, même Alain Juppé était dans le viseur suite aux sifflets dont il a été victime la semaine dernière à Bordeaux (« un responsable politique digne de ce nom, ça n’a pas peur de la contradiction, ça n’a pas peur du débat »).

Ce discours nîmois a été émaillé d’un léger incident puisqu’une quinzaine de militants pro-palestiniens, rapidement maîtrisés par les services de sécurité et gentiment reconduits à la porte, ont protesté contre Nicolas Sarkozy, qui s’opposerait à l’initiative parlementaire d’une reconnaissance de l’État palestinien, en hurlant « Israël assassin, Sarkozy collabo ». Mais il en fallait beaucoup plus pour stopper un Nicolas Sarkozy occupé, sous les acclamations de la foule, à défendre la grandeur de la France, « République, une et indivisible », « qui continue d’incarner un idéal humain, un idéal de civilisation et de culture comme elle l’a toujours fait dans son Histoire ».

Clash de fin

Après avoir achevé son discours, un fait surprenant méritant d’être mentionné a eu lieu. Nicolas Sarkozy est revenu à la tribune pour adresser une ultime pique lancée à l’encontre du Modem : « je veux une alliance d’union et de confiance avec nos partenaires qui sont avec nous matin, midi et soir ». Si l’éventualité d’un rapprochement avec l’UDI semble plausible, l’entente avec l’autre force centriste qu’incarne François Bayrou paraît totalement impossible au vu de cette allusion. Celui qui avait donné comme consigne de vote François Hollande pour le second tour de l’élection présidentielle en 2012 a même été qualifié de « traître » par Laurent Wauquiez sur les antennes de la chaîne d’info en continu I-Télé. Une façon de porter le coup de grâce et de l’écarter du jeu pour une situation qui n’est pas prête d’être digérée dans les rangs de l’UMP.

Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy est bel et bien de retour et plus déterminé que jamais. La probable victoire à cette élection le conduira probablement à songer à une bataille plus féroce en songeant à la présidence de la République pour un duel fratricide à droite contre Alain Juppé. Juppé-Sarkozy, un air de déjà-vu qui nous plonge vingt ans en arrière alors qu’ils étaient respectivement les poulains de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur. Bis repetita ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, il n’y a aucun doute sur le fait que Nicolas Sarkozy ait envie de réussir le come-back le plus retentissant de l’histoire politique de la Ve République. En attendant, près de 270 000 militants de l’UMP sont appelés à voter par voie électronique dès vendredi, à 20 heures, jusqu’à samedi pour désigner le nouveau président du parti.

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