Sentiments confus pour Antillais déboussolés

De la fierté au désarroi : Où est passé l’effet Obama ?

dimanche 22/02/2009

Flashback. Le 4 novembre 2008, un vent d’espoir a soufflé. Un moment historique plébiscité par près de 80% des Français, avec une saveur plus particulière pour les habitants d’Outre-mer, des Antilles à la Réunion.

L’élection de Barack Obama a provoqué un réel sentiment de fierté pour ces populations où le métissage fait partie intégrante de la société. Un instant unique, célébré par une liesse populaire qui vivait ce vote comme un grand tournant pour les minorités du monde entier. Pour les Antillais, un homme noir Président des États-Unis était un signe fort pour l’intégration. On entendait alors dans de nombreuses bouches : « A quand un Obama français ? » A quand un fils ou une fille d’immigré à la plus haute marche de l’État ? A quand des élites dirigeantes reflétant réellement la diversité de la société française ?

Il y a bien eu quelques effets d’annonce : Fadela Amara, Rachida Dati ou encore Rama Yade invitées à participer au gouvernement de Nicolas Sarkozy. Plus récemment Pierre N’Gahane, Français d’origine camerounaise devenu le premier Préfet noir de France. Pourtant au final, le constat est amer pour cette France de la diversité : une sous-représentation des minorités chez les hauts-fonctionnaires, chez les élus et dans la plupart des grandes formations politiques. Injustice pour certains, ségrégation officieuse pour les plus radicaux, cette situation n’en est pas moins alarmante dans un pays qui se présente comme celui des Droits de l’Homme et de l’égalité.

JPEGAujourd’hui, retour à la réalité. Incertitude et incompréhension ont remplacé espoir et fierté. La joie éphémère d’une page d’histoire qui s’écrit, a fait place aux réalités d’une société antillaise qui souffre. Un malaise social accentué par l’indifférence du gouvernement aux « S.O.S » des peuples guadeloupéens et martiniquais. Produits de première nécessité aux prix exorbitants, salaires qui stagnent et chômage galopant, voilà les problèmes à régler pour éviter l’implosion.

Mais cette crise masque surtout des problèmes profonds. Les jeunes Antillais sont désœuvrés et subissent le chômage encore plus durement qu’en métropole. Près de 40% des moins de 30 ans sont sans emploi. Beaucoup d’entre eux se perdent dans le crack et la violence. D’autre part, l’économie locale est gérée par une véritable caste d’hommes blancs : les békés. Ces descendants de grands propriétaires esclavagistes trustent plus de 40% des mannes financières de Martinique et de Guadeloupe alors qu’ils ne représentent qu’un à 2% de la population antillaise. Pour un peuple qui n’a pas encore pansé les plaies de l’esclavage, comment ne pas comprendre qu’une telle situation ne puisse évoquer chez certains un sentiment de rejet ou d’infériorité ?

Ce qui s’exprime aujourd’hui aux Antilles, c’est d’abord le désarroi de cette population qui veut être écoutée et considérée comme les autres. Aurait-on seulement imaginé que la situation dégénère à ce point dans un autre département de France métropolitaine ? A croire que la société américaine, qui appliquait une forme d’apartheid il y a encore 50 ans, a évolué plus vite que la notre, qui a abolit l’esclavage il y a plus de 150 ans…

« The change has come » lançait le slogan de Barack Obama comme un message au monde. Traduisez : le changement est venu. Et bien aux Antilles, il tarde à arriver…

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