Si on ne peut même plus rigoler…

lundi 01/11/2010 - mis à jour le 01/11/2010 à 21h48

Alors que la valse des humoristes continue sur France Inter, le magazine Gentlemen’s Quarterly (dit GQ) met à l’honneur Yann Barthès et son « Petit Journal » dans son numéro de Novembre. Une coïncidence fortuite qui nous ramène à ces « fous du roi » et leur place dans notre société.

De « La revue de presque » par Nicolas Canteloup sur Europe 1, aux incontournables « Guignols de l’info », certains programmes audiovisuels offrent un regard décalé sur l’actualité. Selon le sociologue Michel Maffesoli, les humoristes en politique remplissent le rôle qui fut celui des fous du roi au Moyen-âge. Il explique, dans les colonnes de GQ, que grâce à leur « humour-dérision », ils permettent « au corps social de “respirer”. L’exemple de Yann Barthès entre dans ce registre ».

Le « Petit Journal » est devenu grand

Yann Barthès {JPEG}Pour ceux qui ont vécu sur une autre planète ces derniers mois, Yann Barthès est LE visage du « Petit Journal ». Cette émission politique, créée par Laurent Bon, est intégrée au Grand Journal de Canal+.

Après des mois de silence, Yann Barthès a enfin ouvert ses portes aux journalistes de GQ. « Premier constat : loin d’être un joyeux bordel raccord avec le mythe de “l’esprit Canal”, le “Petit Journal” est une vrai usine à gaz », écrit Séverine Pierron. De 8h à 17h30, l’équipe est en ébullition pour que les sept minutes du show soient impeccables.

« Notre but c’est de montrer comment se fabrique l’information, d’exposer les rouages de la communication politique, explique Yann Barthès. On filme ce que les autres ne filment pas, et surtout on ne donne pas notre opinion. » Personne n’y échappe, à droite comme à gauche !

Le présentateur affirme n’avoir « reçu aucun coup de fil de pression » en sept ans. Mais il a la preuve en image que les Renseignements Généraux l’ont à l’œil. L’équipe du « Petit Journal », en reportage à Deauville pour le Sommet entre les chefs d’Etat russe, allemand et français, a été suivie par trois policiers pendant son séjour. Si, après avoir révélé l’affaire, Yann Barthès est toujours à l’antenne à 19h45, tous n’ont pas eu cette chance.

« La France, c’est l’insolence », disait Jean-François Copé

Peut-on rire de tout et peut-on rire avec tout le monde ? Pierre Desproges se posait déjà la question en 1982, dans son « Tribunal des flagrants délires » face à Jean-Marie Le Pen sur France Inter. « La France, c’est l’insolence ! déclarait Jean-François Copé dans le Figaro en mars 2009. Je n’ai pas souvenir que les responsables politiques qui ont voulu réglementer l’humour dans ce pays aient eu gain de cause. » Apparemment, les temps ont changé. Stephane Guillon {JPEG}

La « pastille humoristique » ne fait pas recette dans la Matinale de la radio publique. En dépit des nombreuses levées de boucliers depuis juin dernier, dont le Billet de François Morel, « Fini de rire », les mauvaises manières de la direction persistent. Le 29 octobre, l’imitateur Gérald Dahan a subi le même sort que Didier Porte et Stéphane Guillon.

Emmanuel Poncet, auteur du dossier « Humour & Politique » dans GQ, écarte vite les excuses du style « problèmes de grilles » ou « un public de moins au rendez-vous » et penche plus vers une volonté « d’immunité humoristique » de la part de nos leaders politiques. Quelque chose qui selon lui ne pourrait pas se produire aux Etats-Unis.

« L’infotainement », le rêve américain

Jon Stewart et Stephen Colbert {JPEG}L’un s’appelle Jon Stewart, l’autre Stephen Colbert. Ils sont les figures de proue d’un phénomène né aux Etats-Unis sous les mandats de Georges W. Bush : l’infotainement. En mêlant l’investigation au divertissement, les présentateurs du « Daily Show » et du « Colbert Report » ont réussi à réconcilier leurs téléspectateurs avec la politique.

Et leur influence est loin d’être négligeable. A quelques jours des élections à mi-mandat, Barack Obama a choisi le plateau de Jon Stewart pour son « opération séduction ». Et samedi 30 octobre, Jon Stewart et Stephen Colbert ont rassemblé plus de 200 000 personnes sur la Place du Capitol à Washington « pour restaurer le bon sens et/ou la peur ». Glenn Beck, animateur télé ultraconservateur, avait lui-même convié les sympathisants du Tea Party à le rejoindre au même endroit, quelques semaines plus tôt.

Même si Yann Barthès n’est pas (encore) capable d’un tel coup d’éclat, il permet à ses téléspectateurs de rire en fin de journée. Et pour Anne Boulay, rédactrice en chef de GQ, il est aussi capable « de greffer sur le quatrième pouvoir (autrement dit les médias) un sixième sens qui lui faisait trop souvent défaut : l’humour. »

Plus d’informations dans le Gentlemen’s Quarterly, novembre 2010 (3,40€).

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5 réactions

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    Article intéressant ! mais pour qui se prend elle marie D OU julie G. quel ton professoral et condescendant. Moi je dis qu’on peut rire de tout, sauf de l’hypocrisie dissimulée. Cet article me parait tès complet et agéable àlire. mais cela n’engage que moi.

  • Si on ne peut même plus rigoler…

    1er novembre 2010 20:39

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    Article interessant. Dommage quil ny ait trop de parentheses et de guillemets qui rendent la lecture plus difficile et moins agreable. Attention aux fautes aussi... La nouvelle promotion semble un peu etourdie... (je ne mets moi meme pas d accent car j ai un pauvre clavier americian...) Il me semble en tout cas que Canteloup s ecrit avec un p a la fin...
    Pour finir, je pense que l on ne peut rire de tout... surtout pas de soi meme... n est ce pas messieurs les humoristes ???
    Marie G

    • Si on ne peut même plus rigoler… 2 novembre 2010 09:27, par Nora Gutting

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      Madame Marie G.
      Je tiens d’abord à vous remercier de vous être penchée sur cet article. En ce qui concerne les guillemets, je ne suis pas propriétaire des titres d’émissions ni des paroles citées. Je me dois donc de les différencier du reste du texte. Quant aux parenthèses, elles devaient aider à la compréhension du lecteur, en lui fournissant des éléments complémentaires. Sauf le "encore" qui, je l’admets, est là pour vous faire sourire. Je prends bonne note de vos remarques et je tâcherais de faciliter vos prochaines lectures. En commençant par éviter de louper les "p" !
      Sur la question de l’humour, je pense qu’il est bon de rire de soi. Cela permet de faire sa propre critique sans pour autant alourdir le propos. Les humoristes ont peut-être perdu leur sens de l’humour, à force de tourner en ridicule des abus qui demeurent... À nous de leur rendre le sourire par notre soutien, nos critique, bonne ou mauvaise, et notre écoute.

      • Si on ne peut même plus rigoler… 3 novembre 2010 17:10

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        Qu’allons nous faire si meme les humoristes ont perdu le sens de l’humour !!!!!!!!!
        Je suis bien d’accord, il faut les soutenir. Surtout en ce moment ou le pouvoir brime tout ce qu’il peut !
        Ma petite remarque sur le fait de rire de soi etait en effet ironique. Les gens rient de tout sauf quand cela les touche personnellement, sur n’importe sujet que ce soit ! Le cordonnier est bien souvent le plus mal chausse !
        Marie G

    • Si on ne peut même plus rigoler… 5 novembre 2010 11:52, par Lucie Delorme

      repondre message

      Marie G,
      vous trouverez mon adresse mail dans la rubrique ’’les journalistes de demain’’. Vous pourrez donc m’envoyer un mail qui me permettra de vous répondre et de vous expliquer les choix de la rédaction en chef en matière de modération du site. Je ne peux vous contacter moi-même en privé.
      Dans l’attente de vos nouvelles,
      Lucie Delorme

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