Tunisie : le « triomphe » sans surprise de Ben Ali

lundi 26/10/2009 - mis à jour le 09/11/2009 à 14h11

La réélection du président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali était attendue, elle est désormais officielle. Dimanche 25 octobre, le président sortant a été reconduit pour un cinquième mandat à la tête du pays avec 89,62 % des suffrages exprimés, selon les résultats définitifs du ministère de l’Intérieur.

Ces dernières semaines, tous les commentateurs s’accordaient sur un point : l’élection présidentielle en Tunisie devait voir M. Ben Ali, âgé de 73 ans, remporter un cinquième « triomphe » personnel. C’est chose faite. Mais, après les véritables scores « à la soviétique » enregistrés par le président tunisien au cours des précédents scrutins, notamment en 1994, avec 99.81 % des suffrages, les résultats officiels pourraient presque être interprétés comme un succès en demi teinte. M. Ben Ali n’obtient « que » 89.62 % des suffrages exprimés.

Sur fond de participation massive (75.29 %) le président tunisien devance les deux autres principaux candidats, Mohamed Bouchiha et Ahmed Inoubli, qui recueillent respectivement 5.01 % et 3.80 % des suffrages. Le quatrième candidat, Ahmed Brahim, qui faisait figure de seul véritable candidat de l’opposition, doit se contenter du score le plus faible, avec 1,57 % des voix recueillies.

Déjà, les voix s’élèvent pour contester les résultats de l’élection. Plusieurs ONG mettent notamment en avant l’accaparement de l’espace médiatique par M. Ben Ali au cours de la campagne présidentielle. Le candidat du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) aurait ainsi bénéficié de 97,22 % de l’espace consacré au traitement de la campagne par la presse écrite. Le blocage des principaux sites d’opposition par les autorités est également fustigé par nombre d’associations. Enfin, le traitement réservé aux journalistes étrangers sur place soulève aussi plusieurs critiques, à l’image de la journaliste du Monde, Florence Beaugé, refoulée mercredi à l’aéroport de Tunis.

Si cette réélection était attendue, elle met une nouvelle fois en évidence la pérennité du déficit démocratique de la Tunisie. Depuis l’indépendance acquise en 1956, chaque scrutin présidentiel s’est soldé par des scores hégémoniques. Dès 1959, Habib Bourguiba, « le père de l’indépendance » obtenait 99. 67 % des suffrages exprimés. Des résultats sensiblement identiques en 1964, 1969 et 1974, avant d’obtenir « la présidence à vie » de 1975 à 1987. Arrivé au pouvoir en 1987, Ben Ali s’est inscrit dans les pas de son prédécesseur, l’emportant à chaque scrutin avec plus de 90 % des suffrages exprimés. L’élection présidentielle de 2009, loin d’être une surprise, ne fait donc que s’inscrire dans la continuité d’une histoire politique tunisienne figée, repoussant à un prochain scrutin l’opportunité d’une hypothétique mais nécessaire alternance démocratique.

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