Un aller simple pour Maoré

lundi 02/03/2009

Le documentaire d’Agnès Fouilleux s’attaque à un sujet brûlant et tabou en France. Les relations entre Mayotte et les Comores décortiquées sous le prisme du néo-colonialisme.

Mercredi soir à 19h30, le cinéma Diagonal est déjà noir de monde.
Le public est venu nombreux pour assister à la projection du documentaire d’Agnès Fouilleux, Un aller simple pour Maoré .
Les associations Cimad et Survie sont aussi au rendez-vous et ont installé leur stand dans le hall d’entrée. La Cimad a pour vocation d’aider les migrants en situation irrégulière et l’association Survie milite « pour un assainissement des relations France-Afrique ». Quelques bénévoles sont là ce soir pour participer au débat qui aura lieu après le documentaire, en compagnie de la réalisatrice. En attendant, ils proposent au public différentes lectures sur les Comores et Mayotte (collectivité d’Outre-mer française), pour mieux comprendre les enjeux politiques dans cet archipel.

Le documentaire d’Agnès Fouilleux est percutant. De très belles images, parfois un peu bancales, sont ponctuées par des musiques comoriennes qui traduisent la souffrance d’un peuple.
Pour quelqu’un qui ne connaît rien à l’histoire des Comores et de Mayotte, le documentaire est parfois un peu abscons. Mais on comprend que les Comoriens, étouffés par une pauvreté absolue, immigrent par milliers vers Mayotte dans l’espoir d’une vie meilleure. Très souvent, leurs rêves de bonheur disparaîssent au cours du voyage. Les "clandestins" montent à bord des Kwassa kwassa ("ça balance, ça balance"), vieux bateaux à moteurs dans lesquels ils s’entassent. Régulièrement, le bateau chavire et la mer engloutit des passagers. Il y a tellement de morts chaque année, qui tentent de rejoindre l’île de Maoré (Mayotte), que les médias français ont fini par en parler. Mais sans jamais expliquer la raison de cette immigration massive et sans relater la répression violente que les autorités françaises leur font subir.

D’ailleurs Agnès Fouilleux l’explique :
"Je suis partie du constat de l’immigration clandestine meurtrière. C’était tellement mal expliqué dans les médias. Ca devenait un non-sens ! J’ai eu envie d’expliquer tout le contexte autour de ça"
Son documentaire, tourné en 2005, décortique en effet les manigances de la France pour conserver Mayotte, ainsi que leurs conséquences désastreuses sur l’économie comorienne.
Lorsque les Comores deviennent indépendants en 1972, la France s’approprie l’île de Mayotte, violant ainsi le droit International.
C’est un sujet compliqué et épineux, que le documentaire s’attache à rendre intelligible, même si l’on regrette parfois l’insuffisance de sources.

Le documentaire d’Agnès Fouilleux est tout de même une perle rare. En effet, vous trouverez très peu, en France, d’analyses critiques des relations entre les Comores et Mayotte et de l’implication de la France. C’est un sujet sensible. Elle filme la réalité des rafles de clandestins à Maoré, de l’injustice de leur condition, du néo-colonialisme de la France.
Dans le générique du documentaire, Agnès Fouilleux précise "ce film a été réalisé sans le soutien du CNC (Centre National de la Cinématographie) et sans le soutien de la Région Rhône Alpes".
Pourquoi ?
" Pour que le CNC finance un projet de film, il faut qu’une chaîne de télévision accepte de le diffuser. J’ai proposé mon documentaire à toutes les chaînes de télé possibles, on m’a répondu : le sujet est trop politique, les gens ne vont pas comprendre !"

Il est certain que lorsqu’on sort de la projection d’Un aller simple pour Maoré, "on n’a pas envie de dire : Vive la France ! ", s’exclame un spectateur.

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    Pour le film : Je suis un des rares mahorais (avec 5 camarades) à aller le voir en salle. C’était le 28/10/09 à Ciel !Les Noctambules, St-Etienne. Je comptait ensuite participer au débat avec la réalisatrice, mais elle n’était finalement pas venue. Je me suis retrouvé dans un débat assez violent avec l’association Survie (lutte contre Françafrique, Néocolonialisme) et d’autres curieux (une 30taine dont une journaliste du quotidien La Tribune). Des gens qui découvraient pour la première fois le fond du problème qui sévit au Comores. 70% d’entre eux n’ont été informé que via ce film. Un film à charge. Pourquoi ?

    Je partage en grande majorité les principaux messages du film. Le droit à une égalité dans les traitements liés à la santé une fois à Mayotte, l’arrêt enfin de ce comportement "quasi colonialiste, ou mauvais colonisateur" de la France, l’arrêt donc de ces drames en mer, plus de fraternité de la part des mahorais vis à vis des autres comoriens sur leur île, arrêt du travail (au noir) pas ou mal payé (qui au passage nourrit leurs familles, et préjudiciable à la Collectivité)...

    Mais, le militantisme d’Agnès Fouilleux l’a poussée à réaliser un documentaire 100% à charge. C’est son droit après tout. Mais il y a des scènes qui sont carrément aberrantes car complètement éloignées de la réalité. J’ai passé mes 19 premières années à Mayotte, et cette réalisatrice m’apprend qu’à partir des années 2000 les mahorais sont passés de "xénophobes" à "racistes". C’est carrément n’importe quoi, ce n’est pas une action isolée et d’ailleurs condamnable d’un maire qu’on peut faire des amalgames. J’ai des amis anjouanais et on s’entend très bien. La réponse est que depuis près de 15 ans, la venue des autres comoriens a été massive et comme dans toutes les autres régions du monde qui n’ont pas assez de moyens d’accueil, certains mahorais ont perdu "patience". Devant les autorités qui ne réagissent pas, ils ont "borné l’hospitalité " d’antan. Agnès Fouilleux, arrête les caricatures. On est pas racistes ! C’est trop dire d’employer de tels termes avec au passage des témoignages émouvants pour en faire un documentaire objectif. Sur ce côté, je comprends que RFO ait tardé la diffusion.

    Egalement, au Comores une chose reste à retenir, les faits historiques ne sont partagés et acceptés par tous. L’Histoire est écrite, racontée et arrangées selon le parti où on milite. Dans cette perspective, jusqu’à quel degré on peut prendre les témoignages orales unilatéraux (qui se contredisent) comme "source". Sur ce coté là, en voulant être émouvante tu as procédé à une démarche qu’un sociologue ou historien indépendant que saurait tolérer. Surtout si à cela le seul intervenant est Pierre Caminade (de l’association Survie qui débattait avec moi à la fin de la diffusion). J’ai acheté son livre exposé en fin de soirée, et je suis pas d’accord avec certains de ses détails.

    Agnès Fouilleux a choisit de faire un documentaire-off. C’est une démarche que j’apprécie. Seuls les intervenants (au passage que elle - elle a choisi-) parlaient. Devant tant de problèmes on ne peut être que muet. L’image parle d’elle même. Mais en choisissant de donner la parole qu’à certains, qu’à un seul camp, pour plus d’émotions, appuyée par les images d’archives, on se demande si cela pourra vraiment faire changer les choses si ce n’est, faire de la désinformation (70% des métropolitains qui regardaient le film, qui ne connaissaient pas les Comores, Mayotte, ont été informés là). Je comprends que tu n’avais pas un budget élevé, mais tout de même.

    Pour finir, un détail a complètement failli me faire vomir Melle Fouilleux. Tout au long du film elle diffuse des extraits de chansons de Latéral (chanteur mahorais militant à ces heures perdues, mais pas très tendre non plus vis à vis des anjouanais qui vendent au noir ces albums au marché de Mamoudzou à des touristes pour un prix vachement pas concurrentiel). Il a fait une chanson sur les anjouanais (immigration, Kwassa et travail au noir). Mais vers la fin du film on attend cette autre chanson : "Ile trini bazari valé, ila tsama wo..." (traduction : Qu’est-ce qu’on aperçoit au marché, de la saleté...". Dans cette chanson (tous ses interviews l’attestent) Latéral parle d’environnement : le marché est sale, pas entretenu (normes) malgré les fortes taxes, et malgré son emplacement frontal dans la ville. Mais Agnès fouilleux traduit "Qu’est-ce qu’on voit au marché, des saletés (=anjouanais)...". Elle a subtilisé cet extrait pour incriminer les mahorais d’être "racistes". Tu as été complètement à coté de la plaque. En voulant à tout prix être émouvante ton documentaire comporte quelques ratés monumentaux. J’en ferai part à Latéral, en espérant que tu as payé les droits d’auteur.

    Ce film a été réalisé avant 2007, fin du règne Chirac, donc avant l’affaire Mohamed Bacar qui a vu manifester les anjouanais de Mayotte dans les ruelles de Mamoudzou. Des manifestations violentes qui n’avaient épargnés personnes. Même les métropolitains ont été traqué. Des métropolitains qui demandaient aux mahorais plus d’hospitalité si ce n’est plus de fraternité vis à vis des autres comoriens vivant à Mayotte. Beaucoup de ces métropolitains choqués, ce sont dits "Quand même, si des mahorais perdent patience, ils n’étaient pas pour autant "déviants". Peut-on alors affirmer que ces métropolitains sont devenus "racistes" car ils ont trouvé ces anjouanais casse-pieds ? Non. Alors les mahorais de même. Agnès Fouilleux je t’invite à faire une suite (car des problèmes, drames persistent) mais en menant une démarche de terrain objectif et construite. Indépendante. Tu parcours le monde, pour capter les instantanés des régions sensibles. Je comprends c’est un choix d’être réalisateur-militant. Mais si on opte pour quelques mises en scène amateurs doublées d’un montage simpliste, le coté objectif de la bestiole ne fait pertinemment pas écho.

    J’ai toujours été militant. J’ai beaucoup d’amis anjouanais dont l’entente est très cordial. Je partage certaines de tes critiques. Je trouve seulement que tu fais un excès d’amalgames. Alors que penseraient ceux qui sont à Mayotte et qui au quotidien militent à ce que les choses changent.

    Pour le débat à Ciel !Les Noctambules, il s’est bien fini. J’ai juste fait comprendre qu’il est très facile de critiquer, violemment, mais devant un problème aussi grandiose, il faut aussi attribuer à chacun ses responsabilité (France, mahorais, Comores, comoriens), voila. Ils est dangereux de projeter un tel doc dans les salles de France et de dire ça c’est Mayotte, c’est ça les mahorais. Il y a encore beaucoup à dire, mais bon, je ne peux pas faire 10 pages sur le site.

    Amis comoriens, mettons fin à tous ça, la violence ne sert à rien. Débattons, nous trouverons les moyens pour régler tous ça. Ce n’est pas une réalisatrice amateur qui viendra foutre la zizanie entre nous, avec sa charge audiovisuelle unilatérale. Ce n’est pas un gouvernement français qui pourra arrêter un mouvement de paix et de fraternité. Peace. Et le Love découlera.

    Mouhamadi. Etudiant mahorais militant et Indépendant.

  • Un aller simple pour Maoré

    3 mars 2009 10:06, par Stephane

    repondre message

    Le probleme dans cette afaire, c est que la haine de l’autre est grandissante, alors que les gens sont issues de la meme famille, car l appat du gain prend le dessus sur les sentiments fraternels.
    Il faut savoir c est qu’en 1958, lors d’un referendum d’autodetermination ; Mayotte a vote maissvement pour l independance des Comores, alors que les autres iles s’y ont opposé. Pour autant la France n a pas accorde l’independance a Mayotte, car elle a affirme que c est le meme peuple et pays.

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