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« Une histoire de fou » : le génocide Arménien raconté avec maladresse par Guédiguian

vendredi 20/11/2015 - mis à jour le 20/11/2015 à 18h38

Le 15 octobre dernier, le réalisateur Robert Guédiguian est venu au Diagonal, cinéma montpelliérain, pour présenter son film en avant-première, Une Histoire de fou.

Trois questions à Robert Guédiguian, réalisateur d’Une Histoire de fou

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- Pourquoi avoir choisi d’être le porte-parole des victimes Arméniennes du génocide ?

C’est un choix très personnel, parce que je suis d’origine Arménienne. Je suis moi-même très concerné par cette histoire, très touché. Mais une préoccupation très personnelle, ça ne peut pas être tout le postulat du film. Si le sujet ne me dépasse pas, je ne fais pas de film. Il m’aura fallu un an d’investissements, de recherches, de travail pour le réaliser.

Il faut que ça vaille le coup d’être raconté, d’être vu par d’autres personnes qu’uniquement par moi. Ici, d’autres personnes ont cru en ce film, car il rassemble. J’ai jugé nécessaire de raconter cette Histoire de fou. Outre le génocide, le film parle aussi du basculement d’Aram dans le combat armé. Ce basculement peut toucher d’autres personnes que les arméniens : je trouve que la cause kurde se rapproche beaucoup de celle des Arméniens aujourd’hui.

- Comment fait-on pour prendre du recul sur une histoire qui appartient directement à son passé ?

Déjà, il faut savoir que c’est très difficile de raconter une histoire qui cristallise cent années en 2015. Je suis assez content du résultat, j’avais peur de ne pas être à la hauteur de la responsabilité.

Après, c’est un sujet qui ne nous appartient pas. Les cinéastes ont le droit de se tromper, on ne peut pas faire des choses justes tous les jours. Ce film n’engage que moi, mais j’y ai une entière responsabilité.

- Le personnage de la mère, joué par Ariane Ascaride est le seul qui ne parle pas arménien dans le film. Pourquoi ce choix ?

La mère est la contradiction même. C’est elle qui introduit le tragique, qui le transmet à ses enfants, en particulier à Aram. Elle ne parle pas arménien, elle est ulcérée que les choses n’avancent pas pour la reconnaissance du génocide, mais en même temps elle ne fait rien pour.

Elle est celle qui fait le lien entre la grand-mère qui chante une berceuse avec des paroles très violentes en arménien à sa petite-fille, et Aram, qui est né à Marseille et qui n’a pas connu la guerre. Vu que les parents d’Aram ne lui parlent pas beaucoup de cette histoire, il se l’approprie lui-même. Il est persuadé que porter les armes permettra de faire avancer les choses. Il essaye de rendre justice à sa mère et à sa famille par ce biais.

C’est dans le Berlin de 1921 que tout commence. Soghomon Thelirian assassine Talaat Pacha, désigné alors comme le principal responsable du génocide Arménien. Sa famille ayant été exterminée, il est acquitté lors de son procès où il témoigne du premier génocide du XXe siècle.

Cet événement historique sert de point de départ au cinéaste français d’origine arménienne, Robert Guédiguian. Un devoir de mémoire et un engagement personnel pour le cinéaste. Une volonté de marquer de son empreinte le récit d’une des pires pages de l’histoire. Malgré une intention louable, le film sonne faux.

Son scénario originel laissait présager un projet ambitieux, pédagogique et émotionnel. Ambitieux dans sa manière d’aborder les conséquences du génocide à l’échelle d’une famille marseillaise des années 70. Pédagogique par la nécessité de parler d’un événement historique peu enseigné et pas encore reconnu à l’échelle internationale. Et émotionnel par sa dimension humaine.

Il n’accouche malheureusement que d’une version scolaire, maladroite et ampoulée. Dans la plupart des films de Guédiguian, la mise en scène se distingue rarement par son inventivité. Mais ce qui n’est qu’un simple classicisme dans ses précédents films, pose ici un réel problème. L’absence de souffle romanesque et d’ampleur se font ressentir dans ses images. Il y a comme un manque, pendant plus de deux heures, qui empêche d’être emporté et concerné par l’histoire.

La direction catastrophique des acteurs rend la lecture du film plus difficile et empêche qu’on le prenne au sérieux. À l’exception d’Ariane Ascaride, qu’il a dirigé pendant plus de trente ans, aucun acteur n’est juste dans son interprétation. Grégoire Leprince-Ringuet en tête, est constamment dans la surenchère. Cette justesse de ton fait défaut à cette Histoire de fou, dans laquelle on ne croit réellement jamais et qui manque cruellement de folie.

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