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Egypte

Une nouvelle Constitution pour un avenir incertain

dimanche 06/01/2013 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

L’adoption de la nouvelle Constitution, votée par référendum le mois dernier, marque une nouvelle étape dans la prise du pouvoir par les Frères musulmans. Malgré les nombreuses manifestations en faveur du non et la création du Front de Salut National (FSN), la lutte est rude pour les opposants aux Frères. À cela s’ajoutent des difficultés économiques et sécuritaires qui plongent l’Égypte dans un avenir sombre et incertain.

« Tu connais la situation en Égypte maintenant. C’est très dur  ». Mohamed, professeur d’arabe au lycée français du Caire, était dans la rue le 25 janvier 2011 pour dénoncer le régime autoritaire de Hosni Moubarak. Aujourd’hui, presque deux ans après la chute du raïs, le quadragénaire est très inquiet pour l’avenir de son pays.

Approuvée par 64 % des votants, la nouvelle Constitution renforce les islamistes au pouvoir qui, de façon démocratique, espèrent faire élire un nouveau Parlement à majorité barbue. Pourtant, les méthodes utilisées par le président Mohamed Morsi depuis son élection, le 24 juin 2012, sont loin de faire l’unanimité auprès des Égyptiens. Après s’être attaqué aux médias et à la justice, le Frère a émis dans une « Déclaration constitutionnelle » que les décrets et les lois promulgués sous son autorité seraient exemptés de tout contrôle judiciaire, même en cas de violation des droits humains. Suite à cette annonce, en novembre dernier, Mohamed Morsi a dû faire face à une crise sans précédent. Actuellement le gouvernement travaille sur une loi portant atteinte au droit de manifester et au droit de faire grève (voir Restrictive draft law on right to protest incites fear, anger de Jano Charbel).

« Par des méthodes démocratiques, les Frères ont réussi à s’engouffrer dans une brèche vacante du pouvoir. », explique un diplomate français, basé en Égypte. « Mais la situation est des plus critiques, car les Frères sont incapables de proposer un projet gouvernemental. Et il faut ajouter à cela la chute catastrophique du tourisme, l’insécurité, aucune présence étatique dans les rues. ». Le tourisme, l’un des piliers de l’économie du pays, peine à se remettre en marche. Si ce n’est l’instabilité politique et la peur des islamistes au pouvoir, l’insécurité permanente dans la capitale et la région du Sinaï fait fuir les touristes. « L’Égypte est une poudrière économique.  », souligne le diplomate avant d’ajouter « La liberté est une chose, mais la sécurité en est une autre. » Régulièrement, les manifestations finissent en affrontements mortels entre deux groupes rivaux et les rares présences policières n’arrivent plus à imposer leur autorité (voir Affrontements sanglants au Caire entre opposants et Frères musulmans de Christophe Ayad).

Une opposition impuissante

La formation d’une nouvelle coalition, le FSN, coordonnée par l’ancien prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei, et les manifestations des opposants n’ont pas réussi à lutter contre le vote de cette nouvelle Constitution. Après le référendum, le FSN a tenté de dénoncer les nombreuses fraudes recensées durant les votes, mais sans aucun résultat. À présent, l’adoption de cette Constitution ouvre la voie à une islamisation plus poussée de la législation. Elle représente une réelle menace pour les femmes et la communauté copte, premières victimes des islamistes qui souhaitent imposer scrupuleusement les principes de la charia (loi islamique).

Dans un discours devant le Sénat, le 29 décembre 2012, Mohamed Morsi a voulu se montrer rassurant, en garantissant l’égalité pour tous, et il a de nouveau invité « tous les partis au dialogue ». Le FSN refuse toujours cette proposition qui serait synonyme de collaboration. À présent, les figures politiques de l’opposition préfèrent se concentrer sur les prochaines élections parlementaires, qui devraient avoir lieu au printemps selon le Président. Cependant entre instabilité politique, crise économique et insécurité permanente, les Égyptiens se désolidarisent peu à peu de la scène politique. Seuls 33 % de la population ont participé au dernier référendum. Parfois la nostalgie du régime Moubarak se fait sentir et le regret de ne pas avoir fait le bon vote à la dernière présidentielle traverse les esprits. (voir Égypte : une opposition vaincue ou prête à remonter la pente ? de Sophie Anmuth)

Dans trois semaines, les Égyptiens fêteront les deux ans de la révolution du 25 janvier. Anniversaire, rassemblements ou nouveaux affrontements, l’avenir reste incertain mais une chose est certaine : la place Tahrir n’a pas fini de faire parler d’elle.

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