Violences sexuelles : les associations réclament plus de moyens

vendredi 24/11/2017 - mis à jour le 25/11/2017 à 21h17

Depuis les révélations de l’affaire Weinstein, les plaintes augmentent. Et les associations de lutte contre les violences faites aux femmes, submergées, dénoncent le manque de moyens auquel elles font face.

580 000 femmes seraient victimes, chaque année, de violences sexuelles, dont 52 500 de viols*. Des chiffres en hausse par rapport aux années précédentes mais encore sous-estimés.

Chaque jour, de nouvelles révélations. Les femmes dénoncent, accusent, dans les médias, sur les réseaux sociaux. Elles parlent, suite aux premières accusations d’agression sexuelle portées sur le producteur Harvey Weinstein révélées par le New York Times, début octobre.

Au niveau judiciaire, les plaintes déposées pour violences sexuelles ont augmenté de 30% en gendarmerie (source AFP) et de 23% en zone police (selon le ministère de l’Intérieur). Cette augmentation pourrait être liée et provoquée par les révélations de l’affaire Weinstein.

DES ASSOCIATIONS SUBMERGÉES

Les associations de défense contre les violences faites aux femmes dénoncent le manque de moyens nécessaires pour répondre à l’ensemble des besoins des victimes. Depuis l’affaire Weinstein les appels affluent. Pour l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), en un jour, ils reçoivent plus de plaintes qu’en une semaine d’ordinaire. Certaines associations, comme l’AVFT, disposent d’une équipe réduite de seulement quatre à cinq personnes, hormis les stagiaires. .

LA NÉCESSITÉ D’UN PLAN D’URGENCE

Majoritairement financées par l’État, ces associations sont inquiétées par l’annonce d’une baisse des contrats aidés. Laurence Rossignol, sénatrice PS de l’Oise et ancienne ministre du Droit des femmes, appelle au maintien des contrats aidés dans les associations d’aide aux femmes victimes de violences sexuelles. Pour elle, il est nécessaire de déclencher un plan d’urgence, de «  doubler le budget » des associations venant en aide aux femmes et de ne surtout pas supprimer de contrats aidés dans ce secteur mais, au contraire, d’en créer de nouveaux. « Il faut un vrai plan de mobilisation et d’action pour que cette parole libérée soit une parole utile pour les femmes », précise-t-elle.

Une pétition lancée par la militante féministe Caroline de Haas sur le site change.org va dans le même sens. Près de 130 000 signataires – dont de nombreuses personnalités : Florence Foresti, Laure Adler, Valérie Donzelli, etc. - demandent au président Macron la mise en place d’un plan d’urgence qui prévoit notamment le doublement des subventions aux associations et le lancement d’une campagne nationale de prévention.

LE DÉBUT D’UN PROFOND CHANGEMENT ?

Et après ? Les associations espèrent que ce mouvement fera réellement bouger la société. Latifa Drif du planning familial 34 estime que « ça a déjà changé quelque chose dans le sens où cela suscite des paroles et des débats. Il n’y a plus de tabou. Et le fait que d’autres personnes que nous [les associations ndlr] se saisissent de ces questions, que le sujet est mis sur la place publique, que maintenant la loi est bien connue de tous, est une bonne chose ».

L’association Mémoire Traumatique et Victimologie espère quant à elle « que ce mouvement soit un véritable tournant historique et qu’il suscite une indignation et une prise de conscience à hauteur du scandale humain et du problème majeur de santé publique que représentent ces violences sexuelles » puis ajoute que «  l’ampleur, la gravité, l’impunité, ainsi que le caractère sexiste et discriminatoire de ces violences sexuelles sont indignes de sociétés démocratiques qui se prétendent égalitaires ».

Du côté des forces de l’ordre, les critiques concernant la prise en charge de la parole des victimes commence à porter ses fruits. Le 10 novembre, une note de Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, adressée aux militaires et aux préfets, évoque la volonté d’une meilleure prise en charge. La note précise que « les militaires doivent être à même de détecter l’ensemble des signaux faibles de violences faites aux femmes, qui doivent ensuite donner lieu à une prise de plainte systématique » (Source AFP). Richard Lizurey, insiste également sur «  l’attention particulière » qu’il faut avoir concernant « la détection et la matérialisation des cyber-violences ou des victimes exprimant leur détresse sur internet [...], phénomène qui tend à s’amplifier ».

Le président de la République, quant à lui, s’exprimera sur ce sujet le 25 novembre, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Mais déjà, le hashtag #SoyezAuRdv créé par cinq militantes féministes, rappelle à Emmanuel Macron la nécessité d’un plan d’urgence.

Une journée de mobilisation sur Montpellier

À l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, des conférences, débats, projections... seront organisés à Montpellier, ce samedi 25 novembre.

Dans le cadre de « Zonta dit non aux violences faites aux femmes », la Ville et le Zonta seront présents de 11h à 16h en centre-ville, en présence d’associations de défense et de promotion des droits des femmes.

Une conférence-débat sera aussi donnée au centre Rabelais à 18h, ce samedi 25 novembre, en présence de journalistes de Libération.
Le 30 juin 2017, le journal Libération publiait un article sur la banalisation des meurtres conjugaux, écrit par les journalistes Juliette Deborde, Gurvan Kristanadjaja et Johanna Luyssen. Ils reviendront sur leur enquête.

* Selon une enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) publiée en 2016

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