Maghreb

Dialogue de sourds au Sahara Occidental

vendredi 12/11/2010 - mis à jour le 16/11/2010 à 11h36

Le 10 octobre dernier, entre 10 000 et 20 000 Sahraouis militant pour l’autodétermination du Sahara Occidental s’installaient à une quinzaine de kilomètres d’Al Ayoun. Leur camp appelé Gdeim Izik (‘‘camp de la liberté’’ en arabe) a été démantelé dans la violence le 8 novembre par les autorités marocaines.

Le 7 novembre, représentants marocains et sahraouis se réunissaient à Manhasset, aux États-Unis, pour discuter de l’avenir du Sahara Occidental. Le lendemain, la police et l’armée marocaines menaient l’assaut aux abords d’Al Ayoun pour démanteler le camp installé par le Front Polisario, organisation luttant pour l’autodétermination des Sahraouis. Cette intervention marocaine a provoqué de violents affrontements dans la ville d’Al Ayoun, chef-lieu du Sahara Occidental. Les chiffres, concernant cet événement, ne sont pas clairs. Selon les autorités marocaines, le bilan fait état de onze morts, dont dix policiers marocains.

Le journal algérien El Watan, quant à lui, rapporte la mort de 19 Sahraouis. 723 personnes auraient été blessées au cours de l’attaque, et 159 personnes resteraient à ce jour disparues, selon le même journal. Rendre compte de la réalité des faits est d’autant plus difficile que le gouvernement a instauré un embargo sur l’information. Les journalistes étrangers, et notamment espagnols, peinent depuis le 8 novembre à se rendre à Al Ayoun. Les autorités marocaines les en empêchent pour des questions de ‘‘sécurité’’.

Une terre sans statut juridique

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Sahara

(cc) Daniel Lobo

Cette attaque marocaine en terre sahraouie n’a fait qu’accroitre un climat politique déjà très tendu. Le Sahara Occidental est, depuis le retrait de l’Espagne en 1975, considéré par l’ONU comme territoire non autonome et sans administration. Autant dire une terre sans statut juridique, qui a donné lieu à une violente lutte de souveraineté entre le Maroc et les indépendantistes de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), fondée en 1975 par le Front Polisario. Depuis 1991 et la fin des hostilités directes, le Maroc administre 80% du territoire quand le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, ennemi historique de son voisin chérifien, en administre 20%. Une situation qui n’aurait dû être que temporaire.

Des négociations bilatérales avortées

Le groupement sahraoui a demandé à maintes reprises l’organisation, par le biais de l’ONU, d’un référendum d’autodétermination où le peuple choisirait entre l’indépendance du Sahara Occidental, l’autonomie sous souveraineté marocaine, et le rattachement complet au royaume chérifien. Ce dernier milite activement pour que la seconde solution soit choisie sans passer par l’aval des Sahraouis. C’est sur ce point que portait la réunion informelle des deux parties à Manhasset la semaine dernière. Le démantèlement du camp Gdeim Izik et le blocus pratiqué sur Al Ayoun ont précipité l’échec annoncé des négociations.

Le Front Polisario a depuis durci le ton à l’égard du Maroc. Son porte parole, Mohammad Abdelaziz a exigé que soit mise en place une commission d’enquête internationale sous l’égide de l’ONU. La classe politique marocaine, elle, se félicite de la bonne gestion de la crise. Quand les uns réclament une enquête sur une attaque meurtrière, les autres saluent l’action pacifique menée par ses forces de l’ordre. Un véritable dialogue de sourds, donc, tandis que la communauté internationale demeure muette.

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