ZAT : un rendez-vous culturel à encourager mais à améliorer

jeudi 17/11/2011 - mis à jour le 05/04/2012 à 16h55

C’est autour du bassin Jacques Coeur que se terminait cette troisième édition des ZAT (Zones Artistiques Temporaires) qui a secoué pendant tout le week-end le quartier Port Marianne et son nouvel hôtel de ville. Promenade au coeur de cet évènement artistique pour recueillir le ressenti et l’opinion des visiteurs et artistes conviés.

Une manifestation qui a remporté l’adhésion populaire

En ce dimanche ensoleillé, les spectateurs étaient encore nombreux au rendez-vous pour découvrir les ultimes représentations et installations centrées autour du bassin Jacques Cœur. Tous restent pour ne pas manquer le spectacle pyrotechnique, clôturant trois jours d’effervescence artistique et expérimentale. La foule semble globalement séduite par cette troisième édition tant au niveau de la programmation que de l’ambiance et l’organisation. Anne, infirmière de 30 ans est conquise par ces ZAT auxquelles elle assiste pour la première fois. « C’est très agréable ; cela me donne l’impression que Montpellier est une ville dynamique capable d’organiser de grands rendez-vous accessibles à tous car gratuits.
Se retrouver ensemble autour de cet évènement, c’est très convivial »
. Pour bon nombre de visiteurs les ZAT apparaissent d’abord comme une idée de sortie originale, qui leur permet de se retrouver et venir participer à de nouvelles activités.

Le thème du monstre du Loch Lez retenu pour cette édition a également remporté l’adhésion populaire, jugé à la fois instructif et décalé. Alors que pour Dorothé, orthophoniste de 30 ans, « Le résultat est complètement loufoque et le plus drôle, c’est que tout le monde se prête à cette loufoquerie », Nelly, jeune maman, insiste sur le fait qu’il « est important de faire revivre et connaître les vieilles légendes urbaines ». Une thématique divertissante et pédagogique à l’image des chantiers de fouilles archéo-mythologiques, dont le but était de trouver des traces de la créature marine. Cécile Martinez chargée de communication à l’INRAP (institut national de recherches archéologiques préventives) explique que cette animation a suscité un vif intérêt et étonnement auprès de promeneurs ne s’attendant pas à croiser des scientifiques ici. « Nous sommes ravis car cela nous permet de toucher un public très différent de celui qui peut être amené à venir sur des sites de fouilles ou dans des musées archéologiques. Notre intervention a marché très fort. »

Le monstre du Loch Lez dessiné par Réno Lemaire {JPEG}

Une proposition artistique innovante

Les artistes conviés sont eux-aussi séduits par le parti pris artistique des ZAT. Ils sont amenés à composer avec le thème choisi afin de faire émerger un spectacle spécialement créé pour cette manifestation. Athanaze Kabré, de la compagnie du fil (basée à Ouagadougou) a décidé de se livrer à une présentation et un partage des visions des monstres qu’ont les habitants de sa terre natale : le Marigo. L’artiste africain estime que les ZAT incarnent un projet singulier qui mérite d’être encouragé et accompagné de façon conséquente. « En ce qui concerne ma prestation je parle de causerie et non de spectacle ; je veux vraiment que ce soit un échange. Je crois que dans les ZAT, la population peut facilement s’emparer des propositions qui lui sont faites ». Dans le même esprit décalé, Nidal Qannari, comédien de la compagnie Ici Même Production (basée à Rennes) joue le personnage Medhi Demmoua, qui raconte l’histoire de son père, enlevé par le monstre du Loch Lez. Pour ce conteur, les ZAT se démarquent des autres festivals reconnaissables qui reviennent chaque fois à la même période et au même endroit. Le fait de créer à partir d’un contexte prédéfini, « c’est un paramètre sur mesure dans le processus créatif qui fait que cet endroit qu’on investit, d’un coup existe d’une manière insolite et créative. Tout le monde est rassemblé autour d’une même histoire, invention et loufoquerie ».

Les spectateurs ont, quant à eux, salué l’idée de composer avec un support aquatique autour duquel toutes les interventions gravitent et fédèrent les passants. Pour Nelly (citée plus haut), les ZAT incarnent une véritable proposition artistique décalée et enrichissante pour l’ensemble du public. « Les spectacles sont à la portée des adultes comme des enfants, et se déroulent dans un environnement très plaisant. Cela donne un autre regard sur ce nouveau quartier. » A ce sujet, son compagnon rajoute que « C’est une bouffée d’air qui rend ce quartier plus chaleureux. Les nouveaux appartements de Port-Marianne sont froids. Le côté festif et loufoque que l’on découvre aujourd’hui donne envie de revenir s’y balader ». La volonté de l’équipe des ZAT d’explorer le quartier autrement, en le métamorphosant, fusionne ainsi avec une opération de communication centrée autour de l’inauguration du nouvel hôtel de ville. Une opération marketing sous couvert de culture visiblement réussie pour la municipalité montpeliéraine.

Un évènement culturel qui ne tient pas toutes ses promesses

Mais tous les avis recueillis ne se veulent pas aussi dithyrambiques. Cédric, un informaticien de 37 ans nous explique qu’il apprécie ce mode de fonctionnement peu cadré. Mais cette possibilité de naviguer au grès de ses envies entre diverses propositions artistiques ne lui suffit pas. « J’aimerais bien que ça aille plus loin dans cet esprit foutraque, varié et participatif. Il faudrait que ce côté très convivial soit encore plus poussé ». Pour d’autres, les programmations sont trop inégales, notamment entre les spectacles prévus au niveau du nouvel hôtel de ville (jugés plus audacieux) et ceux découverts autour du bassin Jacques Cœur.

De son côté, Leila attend avec impatience que ce rendez-vous culturel se déplace dans un quartier populaire comme celui de la Paillade. La jeune femme trouve qu’il y’a trop de monde par rapport à l’attente et l’accès aux spectacles, ce qu’elle ne percevait pas quand elle participait aux quARTiers libres (ancêtres des ZAT). « Quartier libre, c’était des artistes déjà ancrés dans le quartier. Ils ouvraient leurs portes, fenêtres et communiquaient plus directement avec le passant. Là, c’est la création d’un évènement dans un endroit qui à l’origine ne s’y prête pas. Avec les ZAT on est plus dans l’artistique pure et dure, qu’on prend et qu’on pose. Alors qu’avec les quARTiers libres on était plus dans la proximité et l’aspect festif du quartier. ». Son homologue Cédric (cité plus haut) surenchérit en expliquant que les ZAT ne sont pas en quête d’authenticité. Pour cet aficionado des rendez-vous culturels montpelliérains, les manifestations populaires et festives à échelle humaine disparaissent progressivement car la ville prend de moins en moins de risques. Les rares évènements festifs impulsés par la capitale languedocienne, comme les Estivales sont alors écrasés par l’affluence et deviennent avant tout commerciaux. On pénètre, selon ses dires, en pleine « fête à neuneu ». «  Ces évènements sont peut être victimes de leur succès, mais dans ce cas, il faudrait peut-être voir à en faire des plus petits et plus souvent ».

Une manifestation culturelle coûteuse sur la sellette

Le reste des mécontentements se cristallisent autour de la légitimité de cet évènement. Entre ceux qui n’ont pas la moindre idée de la signification de ces trois lettres et ceux qui regrettent de ne pas avoir été mis au courant plus tôt de l’évènement, cette troisième édition des ZAT (Zones Artistiques Temporaires) n’a pas échappé aux reproches. Pour Marie-France, retraitée de la fonction publique, les 500 000 Euros accordés par la municipalité pour chaque ZAT sont emblématiques d’une ville qui dépense beaucoup trop d’argent et n’hésite pas à répercuter cette addition salée sur le contribuable. « Ils ont construit une nouvelle mairie mais ont dépassé le budget imparti. Avait-on besoin d’une chose aussi énorme au moment où il y a des restrictions de personnels, de crédit et au moment où les gens vivent difficilement ? Je trouve que c’est limite, et je sais que beaucoup de gens pensent comme moi, plusieurs personnes me l’ont dit ».

Un débat qui secoue actuellement toute l’équipe des ZAT et place cet évènement artistique sur la sellette. Avec l’arrivée du nouvel élu adjoint à la culture, Philippe Saurel, ce festival, qu’il assure jusqu’à présent ne pas vouloir supprimer, pourrait subir une mutation profonde. Une meilleure gestion des deniers publics, plus d’acteurs locaux, populariser davantage le public, tels seraient les trois axes directeurs des futures politiques soumises aux ZAT. De quoi peut-être combler la frustration des spectateurs quelque peu déçus par cette troisième édition.


Montpellier : ZAT N° 3 par http://www.dailymotion.com/villedemontpellier"

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