« Il faut aller aux JO pour le respect des Chinois »

Par le 15 avril 2008

Ça l’a mise en colère. Et puis non. Elle s’est dit finalement que les médias ne s’informent pas assez eux-mêmes. Pour Shuang Gao-Fuzier, artiste peintre chinoise, le débat sur le boycottage des Jeux olympiques de Pékin est « ridicule et inutile ».

La mauvaise aventure parisienne de la flamme ne va pas, selon la jeune feamme, toucher le régime chinois. « Ils sont préparés pour ça. » La doctorante en arts visuels note que les images à la télévision ont montré surtout des drapeaux tibétains, moins de chinois. Elle dit « rester zen ». Mais sort presque de ses gonds lorsqu’elle défend son pays. « La relation de la Chine avec le Tibet est moins simple qu’on le pense. Parler de la colonisation du Tibet par les Chinois, ce n’est pas raisonnable ». Sa seule crainte concerne les sportifs. « Les victimes de tout cela, ce ne sont ni les Chinois ni le gouvernement chinois ni les Tibétains mais les sportifs. A Paris, ils ont tué l’esprit des Jeux olympiques. »

L’artiste souligne que « la France fait partie des pays qui critiquent le plus la Chine. Mais pour parler des problèmes d’un pays, il faut connaître son histoire, sa culture, sa philosophie, son économie… Surtout pour un État aussi vaste et compliqué que la Chine. Et d’ajouter : Il faut laisser les choses suivre leur rythme naturel, ne pas dire qui est mieux ou moins bien en matière de droits de l’homme. Et respecter les peuples. » Shuang Gao-Fuzier a quitté la Chine en 1998 pour venir faire ses études aux Beaux-Arts de Montpellier. Mariée à un Français, elle n’a pas changé de nationalité. « Je le lui ai interdit », s’exclame ce dernier, tout sourire. La jeune femme a arrêté ses études, puis les a reprises en 2006. Sa thèse porte sur l’art contemporain chinois au féminin et touche aux droits de l’homme, « car tout est lié ».

« On est tellement fiers de notre culture »

L’artiste ne nie pas qu’il y a des problèmes et que des Chinois souffrent. « Ils n’ont pas l’habitude des grands rassemblements, ils préfèrent se taire. C’est culturel. » La Chine censure les médias. Mais sa famille sait ce qui se passe autour des JO. « On ne peut pas tout cadrer. Et l’État ne le veut pas. » Shuang vient d’une famille plutôt privilégiée et atypique. Du côté maternel, ses grands-parents ont travaillé au service de l’empereur. Née en 1976, la jeune femme n’a pas connu la révolution culturelle. Mais son grand-père, du côté paternel, a été emprisonné pendant quatre ans, car engagé dans l’armée du parti nationaliste contre les communistes. Maintenant, elle « sent que ses parents sont contents. Il n’y a plus la guerre civile. » Elle-même a été heureuse en Chine. « J’ai été empreinte d’une éducation communiste. On le voit bien. Mais j’allais très bien. Et si l’on n’est pas totalement libre, il y a des portes ouvertes. » Surtout, « on est tellement fiers de notre culture ».

Shuang Gao-Fuzier préside l’Association des artistes chinois de France, dont le siège se trouve à Montpellier. Elle vient en aide à ceux qui arrivent sans connaître un mot de français. Mais elle promeut également la culture traditionnelle à travers des cours, des stages hebdomadaires ouverts à tous. Dans son atelier de Maurin, elle enseigne calligraphie et peinture. « On a tellement été écrasé par le passé… Malgré tous les inconvénients, on veut montrer qui nous sommes. Il faut aller à ces JO pour le respect du peuple chinois. Pour comprendre la Chine, il faut venir la voir, la vivre, la sentir. »

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à propos de l'auteur

Auteur : Audrey Montilly

Diplômée de l’IUT de journalisme de Lannion, j’ai pu effectuer plusieurs stages. En PQR mais également en télévision, à TV7 Bordeaux. Expérience très enrichissante puisqu’en télévision locale, j’ai pu effectuer des reportages de A à Z, de la prise d’image, au montage, en passant par la rédaction des commentaires. Puis je suis partie un an à Québec. Cours à l’Université Laval et stages, à Radio Canada, au service télévision. Une licence info-com et un master 1 de science politique en poche, j’ai pu intégrer le master 2 journalisme. Entre temps, deux étés à la Dépêche du Midi à Agen, un autre à Ouest-France, à Nantes, en 2007. J’ai longtemps hésité entre la presse écrite et la télévision. Entre l’écrit et l’image. Si j’ai privilégié l’écrit, le web pourrait me permettre d’allier les deux.