L’art thérapie, quand les mots ne suffisent plus

Agressions sexuelles. Mort. Attentats. Les traumatismes sont parfois tellement profonds et indicibles, qu’il apparaît impossible de trouver les mots pour en parler et avancer. Quand la thérapie classique ne suffit plus, l’art thérapie peut parfois prendre le relai.

Il y a 3 ans, la France connaissait les attentats les plus meurtriers sur son sol. 130 morts. 413 blessés, physiquement. Mais mentalement, ils sont des centaines à être touchés : survivants, proches, aidants. Aujourd’hui, ils se battent encore contre l’enfer du quotidien post-traumatique. Ce soir du 13 novembre 2015, nombre d’entre eux étaient venus admirer des artistes. Certains, pour essayer de se reconstruire, ont trouvé refuge dans l’art.

« Dans le traumatisme, la personne a perdu la parole »

En réponse au besoin de ces victimes, l’association Art-Thérapie Virtus a lancé 13 Or de vie, un projet d’accompagnement de personnes victimes des attentats du 13-Novembre 2015 par des ateliers d’art-thérapie. D’octobre 2016 à janvier 2017, ce projet proposait aux victimes 13 ateliers d’art-thérapie. Une aide qui a été utile comme nous l’explique Emmanuelle Cesari, porteuse du projet, « les personnes victimes des attentats reviennent vers nous en ce moment et jusqu’à ce qu’elles n’en aient plus besoin, car nous dispensons des suivis art-thérapeutiques gratuits ».

Si pour Sabrina Luque, art-thérapeute, cette pratique « s’adresse à chacun », pour Emmanuelle Cesari, également art-thérapeute : « l’art est un apport spécifique dans le soin des personnes traumatisées qui ont subi l’effroi, qui fait que la parole n’existe pas. Les thérapies classiques sont basées sur la parole, le propre de l’être humain. Dans le traumatisme, la personne a été déshumanisée, elle a perdu la parole donc elle s’exprime par l’art pour retrouver peu à peu la parole et son humanité ». Catherine, 37 ans, s’est mise à la peinture pour extérioriser. Elle fait partie des victimes psychiques : « la peinture a été salvatrice. C’était un exutoire, une façon d’extérioriser ce que j’avais enfoui au fond de moi. Chose que je ne réussissais pas à faire par la parole » explique-t-elle dans un entretien avec Grazia.

« La production artistique permet de s’exprimer autrement que par la parole »

« Le propre du traumatisme est de figer le passé qui ressurgit en reviviscence dans le présent » confie Emmanuelle Cesari. C’est ce blocage dans le passé qu’il convient de surmonter dans toute thérapie, pour reprendre vie. Mais « la production artistique permet de s’exprimer autrement que par la parole (dessin, la peinture, l’écriture, le théâtre, le modelage, la musique, etc.) » nous explique Sabrina Luque.

Selon Sabrina Luque, « il existe de nombreuses méthodes en art-thérapie [mais] de manière générale, c’est l’aspect cathartique de l’art qui est principalement utilisé ». Elle, pratique l’art-thérapie évolutive : « une séance comporte une phase de production, d’analyse et de transformation d’une œuvre ». Alors que le patient libère ses émotions par le biais de cette production, il fournit des informations conscientes et inconscientes qui permettent de comprendre la situation bloquante. « Le langage de l’inconscient étant le symbole, l’art-thérapeute accompagne le patient à transformer symboliquement sa production artistique », permettant ainsi de faire évoluer le patient sur le plan inconscient ».

Emmanuelle Cesari nous confie que tout traumatisme entraine un deuil, « le principal deuil à faire dans les attentats est celui de la culpabilité du survivant ». Un chemin qui peut se faire par l’art-thérapie quand les maux dépassent les mots.