Nicolas Mangold : « les agences pensent envoyer des Hommes sur Mars vers 2035-2040 »

L’atterrissage de la mission InSight, le 26 novembre dernier, offre l’occasion de se plonger dans l’actualité de Mars. Nicolas Mangold, scientifique au Laboratoire de Planétologie et Géodynamique à Université de Nantes partage les dernières découvertes sur la planète rouge.

Quelles sont vos principales missions dans l’étude de Mars ?

Je m’occupe principalement de la mission Curiosity, le rover – sonde capable de se déplacer sur un astre – à la surface de Mars. Je travaille sur les données de ChemCam , la caméra de navigation  du rover dotée d’un laser, et sur la sonde exoMars Trace Gas Orbiter de l’Agence Spatiale Européenne. Cette dernière, en orbite depuis deux ans, analyse la surface de Mars par des images orbitales, couleurs et stéréo. Moi mon crédo c’est plus les aspects géologiques et environnementaux de la planète.

 A quoi servent ces instruments ?

SuperCam, qui est l’héritière de ChemCam analyse non seulement la chimie, mais aussi la minéralogie des roches grâce à des spectromètres. Ces caméras sont un peu les yeux du rover. En plus d’un intérêt scientifique, elles ont un intérêt opérationnel. Elles permettent de repérer directement les roches intéressantes. Quand on traverse des couches sédimentaires, c’est comme si on remontait le temps. Les sédiments anciens nous permettent de comprendre la chimie de l’eau qui se trouvait à cet endroit, et les circonstances de dépôt. C’est l’objectif principal de Curiosity avec la recherche de matière organique tel que le carbone.

Quelles sont les découvertes majeures de ces dernières années ?

Premièrement, ce sont les sédiments lacustres qui n’avaient jamais été observés, avec des minéraux argileux ce que l’on appelle des phyllosilicates, des roches altérées par de l’eau liquide. Pour créer cela à la surface, il faut pas mal de temps. Ce qui montre l’existence de conditions aqueuses prolongées. De la matière organique a également été observée dans ces sédiments lacustres. Elle reste cependant en faible quantité et est liée soit à du soufre soit à du chlore. Ce n’est pas de la matière organique facile à comprendre ou à relier à de la vie éventuelle. Par contre, s’il y a eu des bactéries à ce moment-là, les conditions étaient favorables à leur développement, et donc au développement de la vie.

À quand sont estimées ces conditions favorables à la vie ?

Il y a entre 3,5 et 3,6 milliards d’années. C’est une date un peu imprécise. C’est à cette période que l’on retrouve le plus de minéraux argileux, mais aussi des vallées fluviales à la surface. Il y a 3,8 milliards d’années Mars avait également un champ magnétique, indispensable au maintien d’une atmosphère. Mais il y a 3 milliards d’années, la planète gèle et n’a quasiment pas évolué depuis. On essaie de comprendre la raison de cette transition. Aujourd’hui, il n’y a plus d’eau liquide à la surface de Mars. Même si parfois on dépasse 0 degré, l’eau est souvent déjà passée sous forme de vapeur. Les traces d’eau sur Mars datent plutôt d’avant 3 milliards d’années. C’est pour cela que les rovers sont envoyés dans des régions très anciennes pour étudier cette période de temps.

Combien de temps le rover Curiosity restera-t-il sur Mars ?

Éternellement, puisqu’il ne reviendra pas sur Terre. Tout dépend de l’état des instruments et du logiciel de bord. Opportunity, le rover précédent, a duré presque 15 ans. Curiosity peut continuer à fonctionner très longtemps. Pour l’instant après 6 ans et 20 km à la surface de Mars, le rover se porte bien.

Quelle est la différence avec la mission InSight atterrie sur Mars le 26 novembre ?

InSight c’est complètement nouveau. Il ne s’agit pas de rechercher la vie sur Mars, mais de comprendre son activité interne que l’on connaît mal. On sait à peine la taille du noyau. On sait que le volcanisme s’est arrêté il y a quelques dizaines de millions d’années. La sonde InSight sera placée dans un endroit très plat, une ancienne plaine volcanique sélectionnée pour guetter les signaux sismiques émis par les tremblements de Mars. En étudiant les données des sismomètres, on va pouvoir reconstituer la forme du manteau et la taille du noyau. Un autre instrument va s’enfoncer dans le sol pour mesurer le flux de chaleur qui remonte de l’intérieur de Mars. La planète n’est pas refroidie complètement, ses flux nous informent sur son activité interne. Cela va permettre de comprendre les modèles d’évolution et les modèles climatiques de la planète.

Est-il envisageable d’envoyer une personne sur Mars, ou est-ce encore impossible techniquement ?

Ce n’est pas de la science-fiction, par contre les échelles de temps données pour 2023 par certains privés comme Elon Musk sont complètement irréalistes. Ce serait envoyer des gens au suicide. Il faut de grosses fusées, des sondes capables de déposer des Hommes sur Mars. On doit aussi penser aux radiations que les astronautes vont prendre pendant le trajet, et comment survivre sur place. Le transit risque de durer plus de deux ans parce ce que  Mars sera de l’autre côté du Soleil. Il faudra donc récupérer l’orbite terrestre. On n’a jamais vu quelqu’un dans l’espace pendant deux ans. Les agences y pensent pour 2035-2040. Elles ont imaginé différents scénarios comme mettre en orbite une petite station spatiale autour de Mars avant d’y déposer des astronautes. Peut-être que le transit passera par la Lune. Mars est la seule planète envisageable pour l’exploration humaine. C’est la plus proche avec Vénus. Sauf que Vénus c’est infaisable. Il fait 400 degrés avec une atmosphère d’acide sulfurique. Même une sonde automatique ne peut survivre plus de deux heures.

La Science est-elle un moteur dans de ce type de projets ?

Non, c’est plus une question politique. On est hors de la science dans le sens où la Science va plutôt être un moteur lorsqu’il s’agit de l’usage d’un robot, d’un instrument de mesure ou d’un rover. S’il y a des astronautes qui font géologue, c’est très bien, mais on en a pas forcément besoin. Pour ces missions-là, la science passe derrière les impératifs politiques et technologiques.

Collision de trous noirs pour « demain » à Andromeda

« Deux trous noirs dans la constellation Andromeda vont « bientôt » se heurter », selon le groupe d’études de l’Observatoire National Astronomique Japonais. Il vient de publier aujourd’hui cette première découverte sur l’ensemble de la Terre dans le journal scientifique américain The Astrophysical Jounal Letters.

« 500 ans peuvent être assimilés à « demain » dans le monde astronomique », précise Iguchi, le chef d’équipe, dans le journal japonais Nikkei. « Le trou noir joue un rôle très important. Cette découverte nous donnera la clef essentielle afin de savoir comment la galaxie a été formée », explique-t-il.

Cette équipe a continué d’observer deux trous noirs qu’elle a découvert en 2003. Elle a profité de deux radiotélescopes, dont l’un se situe à Nobeyama, au Japon, et l’autre à l’IRM (Institut de Radioastronomie Millimétrique) de Grenoble.

Il s’avère que ces deux trous noirs :

– ont une pesanteur extrêmement forte (environ 1 milliard de fois supérieure à celle de notre soleil),

– sont l’une et l’autre très proches (1/50e d’une année-lumière),

– vont se heurter dans 500 ans.

On a toujours pensé que la galaxie grandissait du fait de trous noirs qui se heurtent et fusionnent, mais c’est la première fois que l’on découvre des trous noirs qui se heurteront très prochainement.