Nouvelle-Calédonie: « On n’est pas prêt pour l’indépendance »

En novembre 2018, les Calédoniens trancheront par référendum : quitter ou rester dans la République française. Céleste, Jade, Florian et Jocelyne, quatre étudiants calédoniens de Montpellier sont à l’image de leur territoire… en plein questionnement.

« Il faut couper le cordon ombilical avec la France ». Florian, jeune Kanak de 24 ans, originaire de Lifou, en Nouvelle-Calédonie, se dit « indépendantiste modéré ». Cet étudiant en gestion des littoraux et des mers, à l’université Paul Valéry de Montpellier, considère « la France comme un parent et la Calédonie comme un enfant, qui doit s’émanciper, se débrouiller tout seul ». Mais attention, il n’est pas question pour lui de couper toutes relations avec la métropole. « Des accords bilatéraux avec la France et l’Union Européenne, sur la défense ou la diplomatie, seraient souhaitables », précise-t-il. Sur les questions économiques, le jeune kanak est plus évasif. Selon lui, «  la Calédonie est riche avec ou sans la France, et il faut savoir utiliser cette richesse ».

Ce n’est pas l’avis de Jade, 19 ans, étudiante en science politique, qui défend l’idée que le Caillou n’est pas prêt à quitter le giron français. « Il ne faut pas oublier que la France nous donne quelques milliards ». La jeune femme, née en métropole, vit depuis ses 2 ans en Nouvelle-Calédonie. « Mais je ne pourrai pas voter pour le référendum, parce que ma mère s’est inscrite sur les listes électorales après 1998. ». La liste référendaire a des critères spécifiques établis, en partie, lors de l’accord de Nouméa en 1998. Si elle avait pu voter, la voix de Jade se serait portée en faveur des loyalistes, qui veulent rester au sein de l’État français.

Pourquoi se séparer de l’État français ?

La question du futur référendum n’est pas encore tranchée précisément. On sait tout de même, selon les mots du Premier ministre, Édouard Philippe, qu’elle « doit porter sur la pleine souveraineté, être sans ambiguïté et précise ». Les Calédoniens devront donc répondre par « oui » ou par « non », à une question concernant l’indépendance de l’archipel.

La Nouvelle-Calédonie dispose déjà d’une relative autonomie dans la République. Elle a son propre gouvernement, son assemblée et son sénat coutumier. L’État n’incarne plus que les fonctions régaliennes : la défense, la monnaie, la justice, le maintien de l’ordre, le contrôle de l’immigration, l’enseignement supérieur et la recherche. Ceci vient d’un long processus de décolonisation, entamé après les événements tragiques de 1988.
Pour Florian, le Kanak, « ce référendum est la fin de ce processus et doit permettre d’apaiser les tensions dans la population ».

Jocelyne, autre jeune Kanake originaire de l’Île des Pins, étudiante en master d’histoire militaire et métiers de la défense, espère aussi « que cela va permettre au pays d’aller de l’avant ». Mais elle-même, tout comme Jade, sait que cette question de l’indépendance reste hyper clivante et pourrait réveiller d’anciens conflits.

Inégalités et identités nourrissent les désirs d’indépendance

Quand on les questionne sur les motivations du vote indépendantiste, les étudiants énoncent les problèmes de discrimination envers les populations locales. Au niveau de l’emploi, « de nombreux cadres viennent de métropole », explique Céleste, jeune Calédonienne de 21 ans, en étude de sciences sanitaires et sociales à l’université Paul Valéry à Montpellier. D’origine wallisienne, elle est née et a grandi en Nouvelle-Calédonie, à Nouméa. « Dans les prises de décision, ce qui compte, c’est le fric et la performance, alors que ça devrait être axé sur les besoins des Calédoniens », ajoute-t-elle.

Selon Jade, la métropolitaine, les discriminations se voient aussi dans la vie de tous les jours : « Il doit y avoir cinq ou six boîtes de nuit sur Grande Terre, et bizarrement les Kanaks ont beaucoup de mal à y entrer  ».
Les questions identitaires sont un autre enjeu central. « C’est très très important en Nouvelle-Calédonie », insiste Céleste. Elles reviennent au cœur de la discussion lorsque sont abordés la hausse de l’immigration asiatique, la perte de repères d’une frange de la jeunesse, tiraillée entre modernité et tradition, ou le besoin de reconnaissance vis-à-vis de l’État français. « Même si ça n’est pas en lien direct avec l’indépendance, les gens rapprochent les problématiques », ajoute Jade à cette analyse.

Une indépendance trop précoce ?

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Après réflexion, même les plus revendicatifs finissent par hésiter quant à un avenir en dehors de l’État français. Florian, l’indépendantiste modéré, avance que toute « la population n’est pas encore prête pour un tel pas ». Jocelyne, qui voit des bienfaits dans l’indépendance ne pense pas voter « oui » au prochain référendum, pour l’instant. « Aujourd’hui il n’y pas assez de personnes formées pour reprendre le pays en mains  ». Si le « non » l’emporte, deux autres consultations référendaires pourraient avoir lieu avant 2022.
L’inquiétude la plus prégnante reste le manque d’intérêt des jeunes vis-à-vis de l’enjeu. « Pour être franche, la plupart des jeunes suivent des idées, sans avoir vraiment creusé la question », commente Céleste. « On manque d’informations pour se faire une opinion ». Sur ce point, l’avis des quatre étudiants calédoniens converge. Tous critiquent le manque de communication des partis, des médias ou de l’administration. « Aujourd’hui, personne ne sait vraiment ce qu’implique ce référendum, les politiques expliquent les enjeux à leur sauce », critique Florian. « Il faut vraiment que cela change, parce que c’est une question cruciale pour le futur de la Calédonie et les gens devraient pouvoir voter en connaissance de cause », conclut Céleste, le regard tourné vers l’avenir.