De l’Élysée à Pierresvives : Shepard Fairey, le géant du street-art

Pour la première fois en France, une rétrospective de Shepard Fairey alias « Obey » est exposée au domaine de Pierresvives, à Montpellier.

Il détourne les affiches de propagande communiste russe ou chinoise, exploite la publicité américaine des années 1950, ou imagine un portrait original de Barack Obama. Shepard Fairey, star du street art de 47 ans, est exposé à Pierrevives jusqu’au 13 janvier, pour une retrospective unique en France. L’exposition retrace ses combats et permet de mieux comprendre son travail.

Tous les deux ans, le domaine départemental organise une exposition entièrement consacrée au street-art. Cette année, ils frappent fort en exposant Shepard Fairey, géant mondial de la discipline. Selon Anne Rimbert, médiatrice culturelle et référente presse à Pierresvives, nous devons cette exposition à Jérôme Catz, le spécialiste français de l’artiste, qui avait déjà travaillé à Pierresvives il y a deux ans. Pour ce commissaire d’exposition, grand amateur de la culture street, «le travail de l’artiste est dédié au grand public, plutôt pour une éducation populaire. Et qui a une vraie vocation à s’adresser à tous, à porter la parole des minorités, des gens en difficulté, les droits de l’homme, la liberté d’expression… Autant de valeurs qui sont portées par Pierresvives. Un bâtiment qui a une population plutôt pas, ou peu, aisée dans les quartiers nord de Montpellier ».
La rétrospective regroupe 250 oeuvres réalisées depuis 1993. L’occasion de (re)découvrir ses plus célèbres visuels qui ont marqué le monde.

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« On associe Macron et Obama »

Concernant la Marianne visible lors du grand entretien du Président Macron, des questions se posent quant à l’interprétation de sa présence.

Shepard Fairey est-il l’artiste préféré des présidents ? Dimanche 15 octobre sur TF1, une œuvre de l’artiste apparaît à l’écran, derrière Emmanuel Macron, dans l’un des bureaux de l’Elysée. Jérôme Catz, le commissaire de l’exposition montpelliéraine, analyse cette stratégie de communication : «Le président de la République a bien compris quels étaient les codes et valeurs de notre société. Tout est extrêmement réfléchi. En mettant en scène cette Marianne de Shepard Fairey, on associe mécaniquement, on met sur un pied d’égalité Macron et Obama», assure-t-il. Shepard Fairey avait en effet réalisé une affiche d’Obama, qui avait été réutilisée pour sa campagne présidentielle américaine de 2008.

Intitulée « Liberté, Égalité, Fraternité », l’oeuvre avait été produite suite aux attentats du 13 novembre à Paris. Puis une reproduction murale avait été réalisée par l’artiste à la demande du maire du XIIIe arrondissement de Paris. Cette affiche était déjà présente dans le QG d’Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle.

Obey Giant, une carrière pleine de « hope »

Vingt ans d’activisme artistique et une affiche pour la campagne présidentielle d’Obama ont fait de Frank Shepard Fairey, alias Obey Giant, un artiste mondialement reconnu. Des images qui s’échangent sur le net à la vitesse du vent, un nom qui marque les murs des rues et une exposition à l’Institut d’Art Contemporain de Boston font de lui un homme complet.

Un maître du « Street Art »

AndreTheGiantSticker.gifSon nom d’artiste, Obey Giant, provient de la création d’un sticker à l’effigie de la star mondiale du catch, André the Giant. Réalisé avec un ami alors qu’ils n’étaient qu’étudiants à la Rhode Island School of Design, le sticker rencontre un succès phénoménal et se transforme en campagne internationale . On y voit le visage du catcheur accompagné de la mention « André the Giant has a posse ». Avec la reconnaissance débute sa carrière de graphiste et d’illustrateur.

Né en Caroline du Sud le 15 février 1970, Frank Shepard Fairey appartient à cette catégorie d’artistes américains qui s’est passionnée pour les contre-courants dans les années quatre-vingt. Du punk rock au skate board, en passant par le collage de stickers dans les rues et la critique d’un monde à l’image de « Big Brother », il exploite tous les mouvements à contre-courants jusqu’à trouver son propre style. 3128525867_7645e4ea41-2.jpg

De 1989 à 1996, il produit plus d’un million de stickers, le plus souvent artisanalement. Il co-dirige un temps le studio BLK/MRKT Inc. puis fonde avec son épouse l’agence de design graphique Studio Number One. On lui doit un logo pour Mozilla, l’affiche du film « Walk the line », des pochettes d’albums…

Obey Giant s’engage pour Obama


Frank_Shepard_Fairey.jpgVingt ans après son premier succès, il revient sur le devant de la scène artistique avec une série d’affiches pour la campagne présidentielle d’Obama. Sur la version retenue, le candidat aux présidentielles regarde au loin. La mention « hope » sous son visage traduit le bouleversement que représente son élection. Sur l’affiche originale on pouvait lire « Progress » plutôt que « Hope » mais le message correspondait moins à la campagne retenue par le candidat afro-américain, en pleine crise économique. Il aurait distribué à ses frais 300 000 autocollants et 500 000 affiches pendant la campagne, en admettant se financer par la vente d’affiches et de dérivés.

Martin Luther King, Bob Marley ou le Che sont tous entrés dans l’histoire avec un portrait d’eux mondialement diffusé. Avec cette affiche, Obama pourrait se faire une place de choix dans l’histoire contemporaine.

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