La place de la Nation de la capitale burkinabé était bondée de monde! Plusieurs centaines de milliers de personnes -plus d’un million selon les organisateurs- réclamaient hier, mardi 28 octobre, le retrait immédiat du projet de loi qui vise à modifier l’article 37 de la Constitution.
Les organisateurs ont qualifié la mobilisation de véritable «succès». Manifestations, sit-in, grève de zèle, etc… Sous le bruit des sifflets, le pays a tourné au ralenti : les services privés et publics étaient clos, faisant de Ouagadougou une ville morte -elle qui habituellement ne cesse de vibrer aux ronflements de ses bécanes.
Parmi la foule, des pancartes scandaient des slogans dignes d’une révolution, à l’image de «Blaise Dégage !!!» Le hashtag #BlaiseDégage s’est répandu comme une trainée de poudre hier sur le réseau social de microblogging Twitter. Les opposants politiques au Président Blaise Compaoré dénoncent un «coup d’Etat constitutionnel».
« Un coup d’Etat constitutionnel »
L’article 37 de la Constitution stipule que le Président ne peut cumuler plus de deux mandats : «Le Président du Faso est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une fois.» Toutefois, arrivant au terme de son second mandat en 2015, Blaise Compaoré a entrepris un changement constitutionnel pour faire passer de 2 à 3 le nombre de quinquennats présidentiels.
Lundi 27 octobre, le gouvernement a approuvé ce projet de loi. Il doit désormais être validé par l’Assemblée Nationale, dont le vote a lieu demain. Le Parlement doit approuver le texte au 3/4 pour être adopté, sans quoi un référendum sera organisé. Les députés ont désormais une lourde tâche qui leur incombe.
La modification de la Constitution permettrait à Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat, le cinquième au total, après les deux précédentes modifications de la Constitution en 1997 et en 2000. Et la nouvelle loi, n’étant pas rétroactive, donnerait à l’actuel Président l’opportunité de se représenter pour trois nouveaux mandats, soit quinze ans de plus à la tête de l’Etat après déjà 27 ans d’activité présidentielle [[Blaise Compaoré est parvenu au pouvoir en 1987 par un putsch, dans lequel son prédécesseur Thomas Sankara a été assassiné. Élu en 1991, 1998, 2005 et 2010, le Président du Faso a déjà procédé à la modification de la Loi Fondamentale à deux reprises, en 1997 et 2000 pour se maintenir au pouvoir.]].
Une jeunesse fortement mobilisée
L’opposition politique s’organise depuis des mois pour empêcher Blaise Compaoré de monopoliser à nouveau la présidence et en appelle à la «désobéissance civile». La manifestation d’hier a mobilisé une large partie de la population et notamment les jeunes. Les moins de 25 ans représentent 60% des dix-sept millions d’habitants du Burkina Faso et n’ont donc connu qu’un seul chef de l’Etat, la classe politique n’ayant été que très peu renouvelée pendant plus d’un quart de siècle.
Une telle mobilisation reste rare en Afrique subsaharienne où déjà plusieurs pays procèdent – ou ont procédé – à une modification constitutionnelle. Des débordements ont eu lieu, après le sit-in de la place de la Nation, entre les forces de l’ordre et une partie des manifestants. Cette dernière a tenté de faire le blocus du rond-point des Nations Unies, à proximité du Parlement. Dispersés par la police avec des grenades lacrymogènes, les manifestants ont répliqué en jetant des pierres et en barricadant les routes. Face à la protestation, le porte-parole du gouvernement a tenu un discours serein mais ferme en appelant au respect des lois.
À Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du pays, la statue de Blaise Compaoré a même été renversée. Les syndicats ont appelés à la grève aujourd’hui. Les écoles et universités resteront quant à elle fermées jusqu’à la fin de la semaine. Les choses sont donc en train de changer au Burkina Faso. Signes que le rapport de force semble évoluer au «pays des hommes intègres».