Régionales 2010 en Languedoc-Roussillon

Georges Frêche : l’anti-parisianisme comme thème de campagne pour les régionales

dimanche 07/02/2010

En entrant en conflit ouvert avec la direction du Parti socialiste, à la suite de son désormais fameux « dérapage », Georges Frêche a renoué avec un tropisme bien commode : l’anti-parisianisme. Très sollicité dans les médias depuis sa petite phrase sur Laurent Fabius, le président de la région Languedoc-Roussillon n’a de cesse de s’en prendre à cet élitisme donneur de leçon parisien auquel il oppose sa proximité avec les Languedociens.

Georges Frêche n’est pas franchement catholique. Ni même très Orthodoxe d’ailleurs. La chose n’est plus à démontrer. Le dernier psychodrame politico-médiatique qu’a provoqué sa sortie sur Laurent Fabius illustre avec éclat son goût pour la provocation et, souvent, la grossièreté.

Politisée à outrance, la petite phrase de Georges Frêche sur la « tronche pas catholique » de M. Fabius, a une nouvelle fois, provoqué l’ire de nombre de responsables socialistes. Cette énième bisbille entre le président de la région Languedoc-Roussillon et les caciques de la rue de Solférino souligne, s’il en était besoin, les rapports conflictuels qu’entretient « l’Empereur de Septimanie » avec la direction d’un parti qui l’a exclu en 2007.

Surtout, ce nouvel imbroglio illustre avec acuité l’anti-parisianisme récurent qui anime Georges Frêche. Un anti-parisianisme qui fait figure de maître mot, de constante dans la stratégie politique de l’ancien maire de Montpellier.

Cette appétence à opposer Parisiens contre Languedociens n’est certes pas nouvelle, mais le nouveau différend qui l’oppose à Martine Aubry et à la direction du Parti socialiste en offre une illustration criante. Très sollicité par les médias à la suite de son nouvel écart de langage, Georges Frêche n’a eu de cesse de s’insurger contre ce « parisianisme », avec sur le fond la dénonciation d’un certain élitisme, donneur de leçon, éloigné des réalités locales, "provinciales".

Les diatribes du Président de la région Languedoc-Roussillon à l’égard de la capitale et, de facto, de la direction du parti, ont en fait commencé avant que l’Express ne révèle ses propos sur Laurent Fabius.

Répondant aux questions de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, le 15 janvier, Georges Frêche fustige d’entrée ces « journalistes parisiens qui ne sont jamais venus ici, qui ne me connaissent pas, qui n’étaient pas nés quand j’ai commencé ma carrière politique et qui donnent des leçons de morale en permanence ». Une critique que la nouvelle frasque de l’imperator ne va faire qu’amplifier.

A nouveau sur Europe 1 le 29 janvier, interrogé cette fois par Marc-Olivier Fogiel, Georges Frêche dénonce « un complot parisianiste », « un show parisien ». « On en a marre en Languedoc-Roussillon des Parisiens avec leurs escarpins vernis qui nous donnent des leçons » s’époumonait il, avant de déplorer le « divorce complet entre les élites et le peuple ».

Très en verve ce jour là, l’ancien maire de Montpellier réitère sa semonce au micro de Jean Jacques Bourdin sur RMC. « Nous en avons assez d’être perturbés par les trublions du VIe arrondissements » s’emporte-t-il. Et de fustiger les « petites querelles politiciennes, [...] la politicaillerie » des dirigeants socialistes, rue de Solferino.

Des dirigeants avec lesquels il aime se montrer quelque peu provocateur. Comme à l’antenne de [France-Info] où il lance avec aplomb qu’il possède à lui seul « plus de diplôme que presque tout le bureau national du PS réuni ». Une pique qu’il reprend lors d’un déplacement à Nîmes où, avec une émotion suspecte dans la voix, il rappelle que ses parents « se sont battus pour [lui] permettre d’avoir plus de diplôme que tout le bureau national du PS réuni ».

Hors micro, l’imperator poursuit sa critique contre les caciques socialistes. Dans un communiqué de presse, Georges Frêche, revenant sur l’investiture de Mme Mandroux, s’en prend à une décision « concoctée par le clan Aubry ». Et de se poser en victime, « coupable de ne pas penser comme dans les salons parisiens »...

La presse se fait également l’écho de cet anti-parisianisme stratégique du président de région. Vendredi 5 février, Le Républicain Lorrain consacre son éditorial à « L’emmerdeur » Georges Frêche. Pierre Fréhel rappelle que « son ancrage local et son anti-parisianisme assumé font de lui un adversaire coriace ». « Frêche est donc l’empêcheur, ce qui l’autorise à jouer les emmerdeurs pour régler ses comptes personnels avec quelques éminences parisiennes » estime l’éditorialiste.

L’éditorial de La Dépêche du 3 février revient lui sur « Le cas Frêche ». Jean-Claude Souléry semble prendre la défense d’un homme qui « parle sans lever le petit doigt, par à-coups, par rafales, une vraie tramontane à décorner les Parisiens et autres gens de cour ». Et l’éditorialiste de déplorer le « fantastique décalage entre le discours d’une élite nationale - soumise au jugement médiatique - et la réalité, beaucoup plus prosaïque, du terrain ».

Paul Alliès, secrétaire national à la rénovation du PS se veut quant à lui plus sévère. Sur son blog, il présente Georges Frêche comme « l’incarnation de la lutte contre Paris ». « Frêche a reconverti la tradition vitupérante du socialisme viticole en protestation urbaine » poursuit le professeur.

Le nouveau conflit qui l’oppose à la direction du PS a donc porté l’anti-parisianisme frêchiste à son paroxysme, avec comme corolaire une certaine exacerbation du localisme. Car la critique du parisianisme renforce de facto le sentiment d’appartenance à une identité régionale.

Georges Frêche se plait à rappeler sa proximité avec les Languedociens dans presque chacune de ses interventions. « Ici, ça étonne beaucoup de parisiens mais les gens m’aiment » déclarait-il ainsi à l’antenne d’Europe 1. Sur la même antenne, face à un impertinent Marc Fogiel tentant à plusieurs reprises de le taxer de populisme, il reprend son traditionnel refrain : « Ici je suis dans le réel, je fréquente les gens et ils m’appuient ; ce n’est pas le VIe arrondissements qui va régler les problèmes dans ce pays ». Et de rappeler qu’« ici, les gens [l]’aiment, c’est une chose qu’à Paris ils ont du mal à comprendre, parce que les élites parisiennes sont mal aimées à l’heure actuelle ».

Parfois, cette ode au peuple Languedociens, frisant le populisme, tourne au pathétique. Comme lors du déplacement à Nîmes où, presque larmoyant, à la limite du comique, il fait cette déclaration : « Ce qu’à Paris ils ont du mal à comprendre, c’est que les gens m’aiment, et l’amour du peuple, quand dans ses yeux vous voyez le respect et l’amour, alors, vous êtes le maître du monde » ...

Parisiens contre Languedociens, voilà en substance la stratégie politique de l’ « Empereur de Septimanie ». Stratégie que le dernier psychodrame politico-médiatique a illustré avec éclat. S’appuyant sur de solides réseaux, ce localisme est en tout cas en mesure de permettre au baron Georges Frêche de conserver, pour un nouveau mandat, son trône régional.

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