Relations internationales

« La Russie fait partie de l’Europe »

dimanche 20/12/2009 - mis à jour le 20/12/2009 à 15h16

Andreï Gratchev, journaliste et ancien porte-parole de Mikhaïl Gorbatchev était l’invité de l’Institut de Coopération avec l’Europe Orientale (ICEO), le lundi 14 décembre à la Faculté de Médecine de Montpellier, pour animer une conférence sur les relations entre l’Union européenne et la Russie. A cette occasion, il brosse un tableau en demi-teinte de la situation des droits de l’homme.

« L’Europe ne s’arrête pas à l’Oural. Avec la Russie, elle peut même aller jusqu’au Pacifique. » Ainsi commence la conférence tenue par Andreï Gratchev, ancien porte-parole de Mikhaïl Gorbatchev, ex-président de l’Union soviétique « Gorbatchev a mis à mal le totalitarisme. Mais, il regrette de ne pas avoir accompli le processus de démocratisation jusqu’au bout. Une telle entreprise de modernisation aurait été trop lourde à supporter pour les épaules d’un seul homme. » affirme le porte-voix du père de la Perestroïka.

Pour la liberté de pensée

Malgré la chute du bloc soviétique, la corruption gangrène toujours la société russe. « Au sommet du pouvoir, entre l’introduction des lois et leurs applications, il y a un “no man land”. S’il y a bien un pays où l’Union européenne(UE) peut avoir l’espoir d’exporter son modèle, c’est bien en Russie. » avoue le conseiller de l’époque de la Glasnost. En effet, l’UE, est fondée sur des valeurs de liberté et de démocratie. Le nouveau traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, promeut ces idées en intégrant notamment la Charte des droits fondamentaux comme outil juridique.

Dans son dialogue avec Moscou, l’Europe, ne manque pas de bonnes volontés pour taper du poing sur la table. Pour preuve, l’ONG russe de défense des droits de l’homme “Memorial” recevait mercredi dernier à Strasbourg de la main du Parlement européen le prestigieux Prix Sakharov “pour la liberté de pensée”.
Memorial, fondée en 1989, recense les crimes commis au nom de l’URSS et enquête sur les exactions perpétrées en Tchétchénie. En juillet dernier, une de leur collaboratrice, Natalia Estemirova, a été assassinée dans le Caucase. Elle était une amie d’Anna Politkovskaia, journaliste russe connue pour son opposition à la politique du président Poutine, elle aussi abattue, à Moscou en octobre 2006.

« La presse subit des pressions quotidiennes »

Les assassinats de journalistes est l’un des aspects les plus inquiétants de la situation des droits de l’homme et la liberté de la presse en Russie.
Andreï Gratchev est l’une des plumes de “Novaïa Gazeta”, le journal d’Anna Politkovskaïa, le “journal des fusillés”. La publication qui ne tire pourtant qu’à 325 000 exemplaires détient un funeste record depuis 2000, six de ses collaborateurs ont été supprimés par des tueurs à gages. « La presse subit des pressions quotidiennes et cela, prend parfois la forme d’actes malveillants à l’encontre des journalistes qui essayent de mener des enquêtes. Mais comparé à ça, aujourd’hui le gouvernement russe a décidé d’enseigner “l’Archipel du goulag” de Soljenitsyne à l’école. C’est difficile de faire une comparaison, ça dépend si on regarde le verre à moitié vide ou à moitié plein. » explique Gratchev.

La Russie est 153e dans le classement 2009 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Pour Amnesty international, l’association de défenses des droits humains, la liberté de la presse n’est qu’un leurre : « tous les journaux sont muselés » constate Amnesty qui lance pour la première fois des campagnes pour les droits économiques sociaux et culturels. L’Union européenne a donc beau jeu de tenir le rôle de moraliste, alors qu’au même moment ses pays membres entretiennent avec la société russe Gazprom un partenariat énergétique et gazier. Pieds et poings liés, la communauté des vingt-sept ne paraît pas crédible dans son rôle de gendarme des droits de l’homme.

Association ICEO : info association-iceo.fr

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1 réaction

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  • « La Russie fait partie de l’Europe »

    21 décembre 2009 21:01, par C.L.

    repondre message

    Merci pour cet article ! C’est bien vrai qu’en termes de respect des libertés fondamentales, les dites grandes démocraties, ont du travail ! Assez des grands discours, des grands idéaux, il nous faut de l’action ! Ce dont on est loin, à voir où en est le sommet de Copenhague !
    Aujourd’hui, comme vous le soulignez, les intérêts économiques, gaziers, pétroliers, priment sur tout ! Il faudrait que cela change.
    On se bat pour le pétrole, mais pas pour l’eau. Sans pétrole on pourra vivre, mais sans eau ?
    Tant de questions à régler pour les générations futures...

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