Guantanamour au Chêne Noir : la der des ders

lundi 14/12/2009 - mis à jour le 17/12/2009 à 08h09

La toute dernière représentation de la pièce de Guantanamour, jeudi 10 décembre à Avignon, a rappelé le face à face haletant et poétique d’une situation insoutenable entre un détenu et un geôlier sur l’ancienne base militaire américaine. Après sept ans de tournée internationale, retour sur un théâtre politique et humaniste qui a su dépasser la réalité.

La pièce Guantanamour, réalisée par Gérard Gelas en 2002, s’est produite une dernière fois ce 10 décembre au Théâtre du Chêne Noir à Avignon. Lieu même, ou elle s’était révélée au grand public il y a déjà sept ans. Écrit trois mois seulement après l’ouverture du camp de Guantanamo, ce récit rappelle dans un huit clos saisissant « les tragédies humaines engendrées par les guerres » selon l’auteur.
Répondant aux événements du 11 septembre 2001, le site se révélait être un lieu secret et hors de droit, une zone interdite et isolée, dont aucune information ne sortait mise à part la connaissance des couloirs de la mort. Avec pour seule inspiration une photo parue sur le site internet Le Monde en janvier 2002, l’imaginaire de l’auteur s’est avéré rejoindre une triste réalité. Après s’être promis de jouer cette pièce jusqu’à la fermeture du camp, et face aux derniers engagements du président américain, Barack Obama, cette ultime représentation a rappelé un sujet toujours brulant d’actualité.

JPEGIls étaient nombreux à assister à cette dernière. Certains déjà venus, discutent de leurs premiers sentiments à l’époque et de la situation actuelle. D’autre, novices, s’étonnent de toute cette agitation. Tout le monde se presse et se dépêche lorsque les portes s’ouvrent.
Dans une espace grillagé se trouvent deux hommes. Rassoul, prisonnier soupçonné d’être un membre d’Al Quaïda, vêtu d’orange et attaché à une civière, et Billy Harst, son geôlier et soldat américain (GI). Deux hommes, que tout sépare, se rencontrent et se parlent. La parole, qui d’abord oppose par la haine et le mépris partagé entre ces deux individus, va leur permettre aussi de briser les cadres de la méfiance et de la peur.
Rassemblés par les circonstances et victimes tous deux d’un conflit qui les dépasse, la violence des mots et des gestes passera le pas à un dialogue bouleversant d’humanité. Interprété avec force par Damien Rémy et Guillaume Lanson, il les amène chacun à se reconnaître une commune révolte, celle de la vie et des valeurs universelles. L’apprivoisement de ces deux individus rappelle la nécessité de se parler malgré toutes les différences d’idéologies ou d’interdits. « Cette pièce est prémonitoire, en permanence avec l’actualité » a déclaré à la fin de la représentation un spectateur étonné d’apprendre qu’elle avait sept ans.

Ce sentiment d’humanisme se retrouve dans différents témoignages, comme celui de l’aumônier du camp de Guantanamo, James Yee, ou des gardiens.
D’après le journal américain Newsweek, Teddy Hold brooks, soldat et geôlier sur le site, s’était converti à l’Islam au contact eu détenu Ahmed Errachidi au sein même de l’ancienne base américaine. Après avoir quitté l’armée en 2005, il évoque la « curiosité » et la « compassion réciproque » qu’il a eu avec les prisonniers. Dénonçant les conditions de détention et d’enquête, il a révelé que des « actes avilissants et sadiques » avait été commis par les soldats sur des détenus. Cela, dans un sentiment de « vengeance » face aux évenements du 11 septembre 2001. Il a repris contact avec A.Errachidi, libéré en mai 2007, qui lui avait confié « avoir des difficultés à s’habituer à sa liberté reconquise, d’essayer de réapprendre à marcher normalement, les pieds libres de toute attache et de dormir dans l’obscurité, après avoir passé des années à dormir sous un faisceau de lumière ».

Le Capitaine James Yee, connu sous le nom de Youssef Yee et converti à l’Islam en 1991, était lui l’aumônier musulman de l’armée américaine sur le camp. Soupçonné d’espionnage, il a été arrêté en septembre 2003 en Floride, en possession de documents secrets, dont il sera innocenté par la suite. L’aumônier qui lui a succédé, avait pour consigne de n’établir aucun contact avec les détenus et d’écouter seulement les soldats américains musulmans. Une grande suspicion est portée au sein de l’armée, sur les soldats et les interprètes de confession musulmane en services dans le camp de Guantanamo, et tend à s’observer davantage sur l’ensemble du corps militaire. Le proche événement de Fort Hood, qui a fait 12 morts le 5 novembre dernier au sein d’une base militaire américaine, réactualise le constat d’un dangereux malaise.

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