Italie

Il Cavaliere resserre les rênes médiatiques

lundi 18/10/2010 - mis à jour le 23/10/2010 à 22h02

Menacé récemment par la tenue de législatives anticipées et de nouveau au cœur de l’actualité judiciaire avec une enquête pour fraude fiscale via sa société Mediaset, Silvio Berlusconi multiplie les actions pour empêcher les journalistes de mettre en péril une popularité mise à mal par des scandales à répétition.

Après un vote de confiance au Parlement et le ralliement in extremis des dissidents de son parti menés par Gianfranco Fini, Il Cavaliere a échappé à des législatives anticipées et semble assuré de préserver sa mandature jusqu’en 2013.

De quoi préoccuper les Italiens encore soucieux de la liberté de la presse qui font face à un Président du Conseil qui mélange fonctions politiques et médiatiques.

Détenteur de trois chaînes de télévision privées, de la maison d’édition Mondadori ainsi que d’organes de presse au sein de son groupe Mediaset, Berlusconi n’hésite pas à intervenir auprès de la direction de la télévision publique Rai lorsque des journalistes le dérangent.

Pressions sur la Rai

A l’image du journaliste Michele Santoro, présentateur de l’émission politique Anno Zero sur Rai 2 qui, après avoir été démis une première fois de ses fonctions puis remis en place par la justice, a été suspendu le 13 octobre pour une durée de dix jours.
Cette sanction fait officiellement suite aux insultes que le journaliste avait adressées au directeur général de la Rai lors de son émission de rentrée. Officieusement, selon les médias, il s’agirait d’une sanction pour son indépendance d’esprit et son obstination à passer outre les avertissements de l’entourage du Cavaliere, notamment en invitant une escort girl sur son plateau pour évoquer les cachets reçus lors des soirées passées avec Berlusconi.

Sur la Rai News 24, c’est Corradino Mineo, homme de gauche, qui s’est vu destitué de son émission et demeure en mauvaise posture.
Egalement sur la liste noire de Berlusconi, Serena Dandini, présentatrice de l’émission satirique Parla Con Me, sur Rai 3, a pour le moment réussi à préserver son poste.

Autrefois le pluralisme devait être assuré par la répartition des différentes chaînes publiques entre les trois grands courants politiques : démocratie chrétienne, parti socialiste et parti communiste.
A partir des années 90, l’arrivée de Berlusconi couplée à la chute des partis traditionnels corrompus, ont remis en cause cette répartition qui s’est faite plus inégale, Rai 1 a été dirigée par des proches du Cavaliere, Rai 2 par l’ex-allié Gianfranco Fini et la ligue du Nord et Rai 3 restant la plus à gauche.

Les médias refusent le bâillon

Berlusconi a poussé le vice jusqu’à vouloir imposer le silence aux journalistes par des moyens légaux.
En témoigne le projet de loi sur l’interdiction de la publication des écoutes policières menées dans le cadre d’une affaire judiciaire.
Surnommée « loi bâillon », elle avait conduit à une levée de boucliers et à une journée de grève des journalistes en juillet dernier.
La mobilisation avait fini par faire plier le gouvernement qui avait amendé son texte, permettant la publication des écoutes, à certaines conditions.

Les chiens de garde de la démocratie semblent donc encore en position de refuser la laisse qu’on voudrait leur imposer, une chance car l’Italie était en 49e position au dernier classement mondial de la liberté de la presse effectué par Reporters Sans Frontières.

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